Une croissance de 2,5% qui dépasse enfin son niveau prépandémique
L'économie tunisienne a confirmé en 2025 le redressement amorcé l'année précédente, avec une croissance de 2,5% contre 1,6% en 2024, permettant au PIB réel de dépasser pour la première fois son niveau prépandémique de 2,2%. Cette performance doit beaucoup à une campagne agricole exceptionnelle : porté par une pluviométrie abondante, le secteur agricole a progressé de 10,3%, devenant le premier moteur de la croissance avec une contribution de 0,9 point, grâce notamment à une récolte céréalière de 19,8 millions de quintaux, contre 11,5 millions l'année précédente, et à une production d'huile d'olive en hausse de 54,5%.
Hors agriculture, l'activité a également accéléré, à 1,8% contre 1,0% en 2024, portée par le redressement de l'industrie manufacturière (+3,2%, notamment les industries mécaniques et électriques et l'agroalimentaire), par le retour à la croissance du secteur de la construction (+3,7%) après trois années de contraction, et par la bonne tenue des services marchands, en particulier l'hébergement et la restauration (+6,8%) portés par des entrées de non-résidents en hausse de 10,4% à 11,3 millions de visiteurs.
À l'inverse, le textile-habillement a poursuivi son repli (-2,6%) sous l'effet de la faiblesse de la demande européenne, de même que l'extraction pétrolière et gazière (-10,9%), pénalisée par l'épuisement progressif des gisements, tandis que les activités financières et d'assurance ont nettement reculé (-8,2%) sous l'effet du ralentissement du crédit et de nouvelles dispositions réglementaires sur les taux d'intérêt.
Sur le marché du travail, cette dynamique s'est traduite par un rebond spectaculaire des créations nettes d'emplois, à 124 000 postes contre 26 400 en 2024, et par un recul du chômage à 15,2% contre 16,5%, même si le chômage des diplômés du supérieur s'est au contraire aggravé, à 22,5% contre 16,7%, révélant des difficultés d'insertion toujours structurelles, en particulier chez les femmes diplômées (30,5% de chômage contre 11,7% chez les hommes).
Une demande intérieure vigoureuse, un déficit extérieur qui se creuse
La demande intérieure est restée le principal moteur de la croissance, contribuant à hauteur de 3 points de pourcentage, portée à la fois par la consommation des ménages, qui a accéléré à 2% en volume grâce au recul de l'inflation et à l'amélioration du pouvoir d'achat, et par une nette accélération de l'investissement, la formation brute de capital fixe progressant de 5,4% en volume contre 0,7% en 2024, portant le taux d'investissement à 15,5% du PIB.
La demande extérieure nette a continué de peser sur la croissance, mais de façon nettement atténuée (-0,4 point contre -3,1 points en 2024), les exportations profitant du dynamisme des industries mécaniques et électriques (+8,7%) et de la reprise du phosphate (+15%), tandis que le textile et l'énergie continuaient de reculer.
Ce rééquilibrage partiel n'a toutefois pas empêché le déficit commercial de se creuser de 15,2% à 21,8 milliards de dinars, portant le déficit courant à 2,3% du PIB contre 1,6% en 2024, une dégradation partiellement compensée par la progression des recettes touristiques (+7,1%) et des transferts des Tunisiens à l'étranger (+15,2%, à 11,4 milliards de dinars). Les avoirs nets en devises ont en conséquence reculé à 25 115 MDT, soit 106 jours d'importation contre 121 jours un an plus tôt.
Investissement : une accélération portée par l'industrie, un financement toujours fragile
La formation brute de capital fixe a fortement accéléré en valeur (+10,1% contre +3,1% en 2024), pour atteindre 26 760 MDT, avec une progression particulièrement marquée dans l'industrie (+17,8%, dont +35,2% pour les seules industries manufacturières) et dans les services marchands (+8,2%, tiré notamment par le logement, +21%).
L'industrie a ainsi consolidé sa deuxième place dans la structure des investissements, avec une part de 27,6% du total contre 25,8% en 2024, derrière les services marchands qui en représentent toujours plus de la moitié.
Ce dynamisme de l'investissement s'est cependant accompagné d'un creusement de l'écart de financement : bien que l'épargne nationale ait renoué avec une légère progression (+1,5%), portée notamment par la hausse des transferts de la diaspora, le taux d'épargne s'est replié à 5,3% du revenu national disponible brut, contre 5,6% en 2024, et le taux de financement intérieur de la FBCF par l'épargne nationale a reculé à 35,4% contre 38,4%, illustrant une dépendance structurelle persistante aux ressources extérieures pour financer l'investissement national.
Finances publiques : un déficit en repli, porté par les recettes fiscales
Sur le plan budgétaire, le déficit s'est réduit à 8 975 MDT, soit 5,2% du PIB contre 6,3% en 2024, sous l'effet d'une progression des recettes (+5,7%) plus rapide que celle des dépenses (+3,5%).
Les recettes fiscales, qui représentent 90% des ressources budgétaires, ont progressé de 7,3% à 44 750 MDT, portées notamment par un bond de 20% de l'impôt sur les sociétés non pétrolières (+32,6%), tandis que la fiscalité pétrolière reculait sous l'effet de la baisse du baril et du recul de la production d'hydrocarbures.
La pression fiscale s'est établie à 25,9% du PIB, en léger repli par rapport à 2024. Du côté des dépenses, la masse salariale et les charges de compensation ont continué de représenter l'essentiel des dépenses courantes, l'État parvenant néanmoins à contenir leur progression par rapport aux prévisions initiales.
Les besoins de financement de l'État ont diminué de 6% à 27,2 milliards de dinars, couverts à hauteur de 85% par des emprunts intérieurs, tandis que le ratio de la dette publique reculait de 2,8 points à 82,1% du PIB, contre 84,9% en 2024.
Endettement total : un rééquilibrage vers la dette intérieure
L'endettement total de l'économie a ralenti sa progression (+3,9% contre +4,5% en 2024), pour atteindre 266 414 MDT, sous l'effet d'un net repli de l'encours extérieur (-9,9%) partiellement compensé par la poursuite de la progression de l'endettement intérieur (+9,6%). Cette évolution a accentué le rééquilibrage de la structure du financement au profit des ressources domestiques, dont la part est passée à près de 75% du total contre 71% en 2024 et 67% en 2023.
L'État demeure le premier bénéficiaire de cette dynamique, son endettement intérieur ayant bondi de 23,5% sous l'effet notamment de la hausse des souscriptions bancaires en bons du Trésor, tandis que l'endettement des autres agents économiques non financiers progressait plus modérément (+2,7%), porté principalement par les institutions de dépôts, le leasing et la microfinance.
Au final, le taux d'endettement global de l'économie s'est établi à 154,3% du PIB, en repli par rapport aux 160,5% de 2024, cette amélioration masquant toutefois des trajectoires opposées entre une dette extérieure en net recul (38,9% du PIB contre 46,7%) et une dette intérieure toujours en expansion (115,4% du PIB contre 113,8%).
Salaires et pouvoir d'achat : des ajustements ciblés
Dans un contexte de désinflation, l'année 2025 a également été marquée par l'entrée en vigueur, au 1er janvier, de revalorisations du salaire minimum décidées mi-2024 : le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) est ainsi passé de 491,504 à 528,320 dinars pour le régime de 48 heures hebdomadaires, et de 417,558 à 448,238 dinars pour le régime de 40 heures, tandis que le Salaire Minimum Agricole Garanti (SMAG) a également été relevé. Ces ajustements, conjugués au recul de l'inflation, ont contribué à soutenir le pouvoir d'achat des ménages et, partant, la consommation privée.
Par ailleurs, face à la persistance des difficultés d'insertion des jeunes diplômés, l'État a engagé en 2025 un ensemble de mesures ciblées : recrutement exceptionnel dans la fonction publique, prise en charge partielle des contributions patronales pour l'embauche dans le secteur privé, renforcement des dispositifs de formation, et poursuite des programmes d'auto-entrepreneuriat et d'entreprises communautaires, complétés par des accords internationaux élargissant les opportunités professionnelles à l'étranger.
Des perspectives 2026 portées par la consolidation de la demande intérieure
Pour 2026, le ministère de l'Économie et de la Planification table sur une accélération de la croissance à 3,3%, qui serait tirée par la consolidation de l'activité industrielle, notamment les industries mécaniques et électriques et l'agroalimentaire destinées à l'exportation, par la progression des industries extractives, avec une production de phosphate brut attendue à 5,5 millions de tonnes, ainsi que par le maintien du dynamisme des services, en particulier l'hôtellerie, la restauration et les services financiers.
Ces perspectives favorables demeurent toutefois exposées aux mêmes vulnérabilités qu'en 2025 : la montée des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, susceptible de perturber les flux commerciaux et d'alimenter de nouvelles pressions inflationnistes via les prix de l'énergie, ainsi que la fragilité persistante du financement intérieur de l'investissement, qui continuera de peser sur la capacité de l'économie tunisienne à réduire durablement sa dépendance aux ressources extérieures.
Au total, l'exercice 2025 dessine le portrait d'une économie tunisienne qui renoue avec une croissance plus solide et un marché du travail globalement mieux orienté, tout en révélant, derrière l'embellie agricole et la maîtrise budgétaire, des fragilités structurelles toujours présentes : insuffisance chronique de l'épargne intérieure, dépendance aux financements extérieurs, et difficultés persistantes d'insertion professionnelle des jeunes diplômés.


Commentaires (0)
Connectez-vous pour commenter.