Valeur sélectionnée :

Sociétés Analyses financières Technique

Économie – Économie nationale

Conjoncture tunisienne, politiques publiques, finances publiques et indicateurs locaux suivis par TeraFinances.

Tunisie : les réserves en devises perdent 623 MD en une journée, le refinancement des banques bondit de 680 MD
ECONOMIE

Tunisie : les réserves en devises perdent 623 MD en une journée, le refinancement des banques bondit de 680 MD

01/10/2026 12:32 328 vues Par Moez Hadidane

Les avoirs nets en devises de la Banque centrale de Tunisie (BCT) ont reculé de 623,1 millions de dinars (MD) sur la seule journée du mercredi 30 septembre 2026. Le même jour, le volume global de refinancement des banques a bondi de 680 MD. La simultanéité des deux mouvements n'est pas fortuite, mais elle n'est pas mécanique non plus. Selon les indicateurs quotidiens de la BCT, les réserves en devises sont passées de 24 465,7 MD le 29 septembre à 23 842,6 MD le 30 septembre. Exprimées en jours d'importation, elles reculent de 96 à 93 jours, le coût d'une journée d'importation étant estimé à 255,5 MD. Dans le même temps, l'encours du refinancement accordé par la BCT aux banques a atteint 8 846,9 MD, contre 8 166,9 MD la veille et 7 783,9 MD deux jours plus tôt. En deux séances, les banques ont donc sollicité 1 063 MD supplémentaires auprès de l'Institut d'émission. Réserves : l'échéance Afreximbank pèse pour moitié La moitié de la baisse des réserves s'explique par le remboursement d'une échéance due par l'État à l'Afreximbank. Son montant s'élève à 314,2 MD. Ce paiement a été effectué depuis le compte courant du Trésor à la BCT. Ce compte n'a pourtant reculé que de 50,6 MD, de 1 612,1 MD à 1 561,5 MD. L'explication tient au calendrier : le 30 septembre était aussi la date de règlement de l'adjudication des bons du Trésor assimilables (BTA) du 22 septembre. Le Trésor y a levé 223,5 MD en nominal, à des taux moyens pondérés compris entre 8,34 % et 8,79 %. Voir notre article : Adjudication de BTA : le Trésor lève 223,5 MDT Le reliquat de la baisse des réserves, soit 308,9 MD, correspondrait à des cessions de devises par la BCT au système bancaire. Elles serviraient notamment au règlement d'importations, sans exclure d'autres paiements extérieurs. Refinancement : trois besoins cumulés La hausse de 680 MD du refinancement est passée exclusivement par la facilité de prêt à 24h. Son encours est remonté de 390 MD à 1 070 MD. Les autres instruments sont restés inchangés : appel d'offres à 2 600 MD, opérations à plus long terme à 1 896 MD, open market à 3 845,9 MD. Ce recours au guichet de dernière heure signale un besoin de liquidité constaté en fin de journée. Trois facteurs l'expliquent : Le règlement des BTA. En souscrivant les titres, les banques ou leurs clients institutionnels ont transféré environ 223,5 MD au compte du Trésor. Ces dinars ont contribué à financer l'échéance de l'Afreximbank. Le remboursement de la dette extérieure a donc pesé sur la trésorerie des banques, de façon indirecte. La fin de trimestre. Les comptes courants des banques à la BCT ont bondi de 277,2 MD, de 359,7 MD à 636,9 MD. Cette part du refinancement n'a pas servi à couvrir une fuite de liquidité. Elle reflète la constitution des réserves obligatoires ou une précaution avant l'arrêté des comptes au 30 septembre. Les achats de devises. Le reliquat, de l'ordre de 180 MD, correspondrait à une partie des devises achetées par les banques auprès de la BCT, réglées en dinars. Le retour de 27 MD de billets dans les caisses de la BCT a légèrement atténué ces besoins. Lecture croisée de la journée du 30 septembre 2026 Ventilation indicative, établie à partir des indicateurs quotidiens de la BCT et du calendrier de l'adjudication des BTA. La liquidité étant fongible, l'affectation de chaque montant à un usage précis relève de la reconstitution comptable. Le chiffre des réserves du jour est provisoire. Un lien réel, mais partiel La baisse des réserves et la hausse du refinancement sont bien liées, par deux canaux. Le premier est indirect : les dinars levés auprès des banques par l'émission de BTA ont servi à honorer l'échéance de l'Afreximbank. Le second est direct : les devises cédées aux banques ont été payées en dinars, aux dépens de leur trésorerie. Mais près de 280 MD du refinancement supplémentaire sont restés sous forme de dépôts des banques à la BCT. C'est le signe d'un besoin propre à la fin de trimestre, sans lien avec les devises. Les indicateurs des prochains jours diront si le recours à la facilité de prêt à 24h retombe une fois cette échéance passée.

Un Marché Forex Local en Tunisie : ce que propose Wassim Turki et les conditions de sa réussite
ECONOMIE

Un Marché Forex Local en Tunisie : ce que propose Wassim Turki et les conditions de sa réussite

01/10/2026 10:44 28 vues Par Tera Finances

Un carnet d’ordres centralisé, des courtiers spécialisés et un accès élargi aux détenteurs légaux de devises : le projet de Marché Forex Local défendu par Wassim Turki vise à moderniser les échanges de devises contre dinars. Ses réponses à Tera Finances précisent les contours d’une réforme qui pourrait améliorer la transparence et la circulation des liquidités. Son efficacité dépendrait toutefois des conditions d’accès, de la profondeur du marché et de la solidité du dispositif de règlement. Dans une contribution publiée sur L’Économiste Maghrébin, Wassim Turki propose la création d’un « Marché Forex Local ». Tera Finances examine les apports et les conditions de réussite de cette proposition. Sollicité par Tera Finances, l’expert-comptable, associé du cabinet AWT Audit & Conseil, a précisé l’évolution de sa réflexion, les conditions d’accès au marché envisagé et les mécanismes prévus pour gérer les tensions sur les devises. L’idée centrale consiste à réunir, sur une plateforme électronique, des ordres d’achat et de vente de devises contre dinars. Les entreprises, particuliers et bureaux de change éligibles pourraient y intervenir par l’intermédiaire de banques ou de nouveaux courtiers spécialisés. La Banque centrale de Tunisie conserverait la supervision du dispositif et la faculté d’intervenir sur le marché. Une réflexion ancienne, désormais davantage encadrée Wassim Turki situe sa première contribution en 2019. Il défendait alors une ouverture plus large de la détention des devises, accompagnée d’un marché local permettant notamment les échanges directs entre monnaies étrangères, sans rechercher la convertibilité totale du dinar. Le modèle présenté en 2026 marque un recentrage. Chaque transaction sur le MFL aurait obligatoirement le dinar pour contrepartie. Les achats resteraient soumis aux usages autorisés, aux justificatifs nécessaires et aux plafonds applicables. Les ventes à découvert seraient interdites. L’auteur présente cette évolution comme un choix pragmatique, tenant compte des contraintes macroéconomiques, du débat sur la réforme des changes et de l’orientation prise dans le cadre de la loi de finances 2026. Le MFL serait ainsi conçu comme une infrastructure susceptible d’évoluer progressivement avec la réglementation. Le maintien du dinar comme contrepartie obligatoire traduit une volonté de préserver son rôle de monnaie pivot dans les échanges. Il ne constitue cependant pas, à lui seul, une garantie contre la dollarisation : celle-ci dépend aussi de l’usage des devises dans l’épargne, les paiements, les prix et l’endettement. Une nouvelle organisation de la négociation La proposition repose sur la création d’« Intermédiaires en Forex » — les IF — agréés par la BCT. Ils exerceraient exclusivement une activité de courtage pour leurs clients, sans prendre de positions de change pour leur propre compte. La fourniture de liquidité par prise de position resterait du ressort des banques. Le capital minimum proposé pour ces intermédiaires s’élève à 1,5 million de dinars. Ce montant devrait être apprécié au regard de leurs charges technologiques, de leurs obligations de contrôle et des risques opérationnels supportés, même en l’absence de risque de marché propre. Le carnet d’ordres centralisé permettrait de confronter les intentions d’achat et de vente et de rendre visibles les prix et les quantités disponibles. L’amélioration recherchée porterait sur la transparence, la comparaison des conditions et l’exécution des opérations. Le gain pour le client devrait néanmoins être mesuré après commissions et frais de règlement. Un prix affiché plus favorable ne garantit pas un coût final inférieur, tandis que la qualité d’exécution dépendrait du volume de devises effectivement proposé aux différents cours. Des précédents internationaux, sans modèle parfaitement identique Plusieurs composantes du MFL existent déjà à l’étranger. Le marché des changes de Moscou combine appariement des ordres et contrepartie centrale. Son activité remonte à 1992, mais l’ouverture aux courtiers permettant l’accès des particuliers et des entreprises s’est développée à partir de 2012. En Inde, FX-Retail a été introduit en 2019 pour faciliter l’accès des clients des banques, notamment les particuliers et les PME, à une négociation anonyme fondée sur les ordres. Au Nigeria, EFEMS/BMatch illustre la modernisation électronique du marché interbancaire, avec un périmètre différent de celui envisagé pour le MFL. Ces expériences montrent que les outils proposés ont des précédents. L’intérêt de la contribution de Wassim Turki réside donc dans leur articulation pour la Tunisie, notamment l’association de courtiers spécialisés, de banques et de bureaux de change. Elles ne prouvent pas, pour autant, qu’une plateforme suffirait à réduire le marché parallèle. Les résultats dépendent aussi du régime de change, des restrictions d’accès et de l’offre de devises. En Égypte, par exemple, le FMI relie l’amélioration du marché à un ensemble de mesures et d’apports financiers, comprenant l’unification du taux de change, le resserrement des politiques économiques et les importants apports financiers émiratis associés au projet urbain et touristique de Ras El-Hekma.  Attirer les devises informelles sans ouvrir tous les achats Dans ses réponses à Tera Finances, Wassim Turki apporte une précision essentielle : « La détention d’un compte en devises ne donne pas un droit d’achat illimité sur le MFL. » Pour les entreprises, les achats resteraient adossés à des opérations licites. Pour les particuliers, l’accès serait encadré par les avoirs légalement détenus, les usages autorisés et les plafonds fixés par la BCT. Cette distinction détermine la portée du projet. Une meilleure rémunération des devises cédées, des procédures simples et un cadre sécurisé pourraient convaincre certains détenteurs de privilégier le circuit officiel. Les bureaux de change serviraient de points d’accès de proximité. En revanche, une demande aujourd’hui exclue par la réglementation ne deviendrait pas admissible du seul fait de la création du MFL. Le dispositif pourrait donc attirer une partie de l’offre informelle sans absorber l’ensemble de la demande du marché parallèle. Le périmètre du dispositif pourrait ensuite s’élargir progressivement, au rythme des évolutions réglementaires. Il faut également distinguer la réduction de l’écart entre prix d’achat et de vente dans le circuit officiel de la diminution de la prime pratiquée sur le marché parallèle. La concurrence pourrait agir sur le premier ; la seconde dépendrait aussi de la disponibilité des devises et des possibilités légales de les acquérir. La préservation des réserves : un effet potentiel à mesurer L’auteur reconnaît que le MFL ne résoudrait pas le déficit structurel de la balance commerciale. Il mise sur une meilleure circulation et un meilleur recyclage des devises privées, issues notamment des exportations, du tourisme et des transferts des Tunisiens à l’étranger, pour réduire la sollicitation de la BCT. L’hypothèse mérite d’être examinée, mais son effet ne serait pas automatique. Le passage par une banque commerciale n’implique pas nécessairement un prélèvement sur les réserves de la banque centrale. Une banque peut, par exemple, acheter les recettes d’un exportateur puis fournir ces devises à un importateur. La mise en relation de ces mêmes flux sur une plateforme pourrait améliorer leur allocation ou leur coût, sans créer à elle seule une économie équivalente de réserves publiques. Le bénéfice supplémentaire dépendrait notamment des devises effectivement attirées vers le circuit officiel, au-delà de celles qui y circulent déjà, ainsi que de l’évolution des achats. C’est sur cette base qu’il faudrait évaluer l’impact du MFL. En période de tension, le marché ne garantirait pas l’exécution. Interrogé sur une demande durablement supérieure à l’offre, Wassim Turki décrit quatre mécanismes : ajustement du cours, attente ou exécution partielle des ordres, suspension temporaire en cas de variation excessive et intervention ciblée de la BCT. Cette réponse précise une limite importante : un carnet d’ordres organise la rencontre entre acheteurs et vendeurs, mais ne garantit pas que chaque besoin trouve immédiatement sa contrepartie. Les bandes de variation et les suspensions pourraient limiter les mouvements désordonnés. Elles ne créeraient toutefois aucune liquidité supplémentaire. Si les vendeurs refusent les prix autorisés, certains ordres resteraient en attente, avec des conséquences possibles sur les échéances de paiement des entreprises. Wassim Turki précise à Tera Finances que le MFL aurait vocation à remplacer le marché interbancaire des changes par un marché élargi aux entreprises, aux particuliers et aux bureaux de change éligibles, les banques demeurant participantes au dispositif. Les modalités de cette transition ainsi que les obligations des banques, notamment en matière de fourniture de liquidité, resteraient à définir. Une sécurité à construire dans les règles de fonctionnement Le projet prévoit une contrepartie centrale, un fonds de garantie et des transferts de compte à compte, sans passage des fonds des clients par les comptes propres des IF. Ces mécanismes répondent à des objectifs distincts. Pour les devises, le paiement contre paiement — Payment versus Payment, ou PvP — conditionne le transfert d’une monnaie au transfert de l’autre. Une contrepartie centrale s’interpose, quant à elle, entre acheteur et vendeur et assume des obligations qui exigent des ressources financières et une gestion rigoureuse des risques. La crédibilité du système dépendrait donc des garanties exigées, du financement du fonds, des procédures de défaut et de la continuité informatique. La traçabilité des transactions faciliterait les contrôles, sans remplacer la vérification de l’origine des fonds et de la licéité des opérations. Le MFL ouvre ainsi une piste de modernisation du marché tunisien des changes. Pour passer de la proposition au dispositif opérationnel, il faudrait définir son cadre juridique, ses coûts, ses règles d’accès et ses mécanismes de liquidité. Sa réussite se mesurerait à la qualité d’exécution, au coût total pour les utilisateurs et aux flux supplémentaires orientés vers le circuit officiel.

Publicité
Publicité
Publicité