Une délégation de l’institution américaine de financement du développement a rencontré les responsables tunisiens de l’énergie et des mines. Cette visite intervient dans un contexte d’intérêt américain pour le phosphate tunisien, notamment autour de Gasaat. Aucun lien spécifique avec ce projet ou avec le gisement de Sra Ouertane n’est toutefois publiquement confirmé.
Le secrétaire d’État chargé de la Transition énergétique, Wael Chouchane, a reçu, vendredi 25 septembre 2026, une délégation de la Société américaine de financement du développement international, la DFC, composée de Susan Waage et de Kate Lahnstein.
La rencontre s’est déroulée en présence notamment d’Omar Bouzouada, président-directeur général de la Compagnie des phosphates de Gafsa et du Groupe chimique tunisien, de Mohamed Ben Salem, directeur général de l’Office national des mines, ainsi que de représentants de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz.
Les échanges ont porté sur les possibilités de coopération et d’investissement dans l’énergie, les hydrocarbures, les énergies renouvelables et les mines. Les deux parties sont convenues de poursuivre les consultations et la coordination afin de favoriser de nouveaux projets. Les éléments rendus publics ne précisent cependant ni projet bénéficiaire, ni montant de financement, ni engagement contractuel.
La présence des principaux acteurs publics du phosphate donne à cette rencontre une dimension qui mérite attention. Elle permet de s’interroger sur les perspectives de coopération dans la filière, sans identifier pour autant les projets qui auraient été examinés.
Gasaat constitue la piste la plus documentée pour comprendre ce contexte. Comme l’expliquait Tera Finances dans son article du 17 août 2026, « Projet Gasaat : ce que prépare réellement l’appui américain de 1,536 million de dollars », un programme du département d’État américain vise à préparer la mobilisation de capitaux privés autour de PhosCo, l’entreprise australienne qui développe ce projet phosphatier en Tunisie.
L’enveloppe pouvant atteindre environ 1,536 million de dollars doit financer un accompagnement commercial, financier et technique. Elle ne correspond ni au coût de construction de la mine ni à un financement de son exploitation. Le programme affiche un objectif de mobilisation de plus de 100 millions de dollars de capitaux privés américains, qui demeure distinct d’un engagement ferme.
Un élément rend le rapprochement avec la visite particulièrement pertinent : le dispositif prévoit une coordination avec la DFC et d’autres institutions susceptibles de proposer des crédits, des garanties ou des mécanismes de partage des risques.
La question d’un prolongement de ce programme peut donc être posée. Mais la visite ne constitue pas, à elle seule, la confirmation d’une intervention de la DFC dans Gasaat. Aucun document public consulté ne permet d’affirmer que la délégation venait négocier un prêt, préparer une participation dans PhosCo ou engager un audit du projet. Une coordination envisagée dans un programme ne vaut pas décision de financement.
Le cas de Sra Ouertane appelle une réserve supplémentaire. Ce gisement du gouvernorat du Kef a suscité un intérêt chinois explicite. Selon une dépêche de l’agence TAP du 3 juillet 2025, le président d’Asia-Potash International Investment Guangzhou avait exprimé la volonté de son groupe d’accélérer les démarches pour obtenir les autorisations nécessaires au lancement de son exploitation. Cette démarche relevait alors d’une intention d’investissement et d’un processus d’autorisation, et non de la confirmation d’une entrée en production.
Cet intérêt chinois éclaire le contexte dans lequel évolue le secteur minier tunisien. Il ne démontre toutefois ni l’existence d’une offre américaine concurrente ni l’ouverture de discussions entre la DFC et les autorités tunisiennes sur Sra Ouertane. À ce stade, présenter la visite comme une compétition entre Washington et Pékin pour ce gisement serait prématuré.
Les deux dossiers doivent donc être distingués. Pour Gasaat, un programme américain documenté mentionne une coordination possible avec la DFC. Pour Sra Ouertane, l’intérêt chinois est connu, mais aucun lien spécifique avec la visite américaine n’est établi dans les informations vérifiées.
L’enjeu économique pour la Tunisie sera désormais de savoir si ces échanges débouchent sur des projets identifiés et des engagements financiers précis. Leur portée dépendra également des conditions industrielles négociées : transformation locale du phosphate, recours aux fournisseurs tunisiens, emplois, infrastructures et gestion des ressources en eau.
Une annonce nominative du ministère, de la DFC ou des entreprises concernées permettrait de franchir une première étape de clarification. Il resterait ensuite à examiner la nature des engagements, les autorisations nécessaires et le calendrier de réalisation. La rencontre confirme l’existence d’un dialogue sur les investissements dans l’énergie et les mines ; son éventuelle traduction dans Gasaat ou Sra Ouertane reste à établir.


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