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L’embouteilleur indien de PepsiCo prépare une coentreprise industrielle en Tunisie
BOURSE, ECONOMIE

L’embouteilleur indien de PepsiCo prépare une coentreprise industrielle en Tunisie

26/08/2026 00:41 292 vues Par Tera Finances

Le groupe indien Varun Beverages, l’un des principaux embouteilleurs de PepsiCo dans le monde, prépare son implantation en Tunisie à travers une coentreprise détenue à 75 %. Dotée d’un capital proposé de 9 millions de dinars, la future société produirait et distribuerait des boissons gazeuses, des jus, de l’eau et des produits laitiers. Le projet reste néanmoins soumis aux autorisations tunisiennes et plusieurs paramètres industriels doivent encore être précisés. Le conseil d’administration de Varun Beverages Limited a approuvé, le 25 août 2026, la constitution d’une coentreprise en Tunisie. La future société devrait porter le nom de Varun Beverages Tunisia SA, ou toute autre dénomination similaire qui serait acceptée par les autorités compétentes. Selon la déclaration réglementaire adressée par le groupe au National Stock Exchange of India et à la Bourse de Bombay, Varun Beverages détiendrait 75 % de la nouvelle société, tandis que les 25 % restants reviendraient à Bevanda (Tunisia). Le capital social proposé atteint 9 millions de dinars, souscrit en numéraire et divisé en actions d’une valeur nominale de 10 dinars. Sur cette base, la société compterait 900 000 actions. Varun Beverages en souscrirait théoriquement 675 000, correspondant à 6,75 millions de dinars, contre 225 000 actions et 2,25 millions de dinars pour Bevanda. Une société de production et de distribution Le projet porte sur la production et la distribution de plusieurs catégories de boissons : boissons gazeuses, jus, eau conditionnée et produits laitiers. La future société est classée par Varun Beverages dans le secteur des biens de grande consommation. Cette formulation indique que le projet ne devrait pas se limiter à une structure commerciale chargée d’importer et de distribuer des produits finis. Il prévoit une composante de production en Tunisie, même si le groupe indien ne précise pas encore le dispositif industriel envisagé. Aucune information n’est fournie sur le site du projet, les capacités des lignes d’embouteillage, la superficie nécessaire, le nombre d’emplois, le calendrier de réalisation ou la date de démarrage commercial. Le document ne précise pas non plus si Varun Beverages construira une nouvelle usine, reprendra une unité existante ou s’appuiera, dans un premier temps, sur des capacités de production appartenant à un partenaire local. Le capital social de 9 millions de dinars ne doit donc pas être assimilé au coût global du projet. Une unité combinant boissons gazeuses, jus, eau conditionnée et produits laitiers peut nécessiter plusieurs lignes de production, des installations de traitement de l’eau, des équipements de conditionnement, des laboratoires, des entrepôts, des moyens logistiques et, selon les produits, des dispositifs de conservation particuliers. L’enveloppe totale dépendra également du degré d’intégration retenu : fabrication locale des emballages, préparation des sirops, traitement de l’eau, chaîne du froid, stockage des matières premières et constitution du réseau de distribution. Une constitution encore soumise aux formalités du RNE Varun Beverages précise que la nouvelle société est encore à constituer. Sa création reste soumise à l’approbation préalable du Registre national des entreprises tunisien et aux autres autorisations applicables. La décision annoncée constitue ainsi une approbation formelle du projet par le conseil d’administration du groupe indien. Elle ne signifie pas encore que la société est immatriculée, que le capital a été intégralement libéré ou que les travaux industriels ont commencé. La prochaine étape consistera notamment à obtenir l’accord sur la dénomination, à finaliser les statuts, à souscrire le capital et à enregistrer la société. Le lancement de la production nécessitera ensuite les autorisations sectorielles correspondant aux différentes catégories de produits. La fabrication de boissons gazeuses, de jus, d’eau et de produits laitiers relève en effet de cadres sanitaires et techniques distincts. L’exploitation d’une ressource en eau, le cas échéant, devrait également faire l’objet des autorisations correspondantes. Le document réglementaire officiel de Varun Beverages ne mentionne, à ce stade, aucune convention conclue avec une institution tunisienne, aucun avantage fiscal ou foncier et aucune aide publique accordée au projet. Bevanda, le partenaire tunisien minoritaire Le partenaire choisi par Varun Beverages est présenté dans le document officiel sous la dénomination Bevanda (Tunisia). Avec 25 % du capital, elle représenterait le partenaire local de Varun Beverages et pourrait jouer un rôle dans la connaissance du marché tunisien, les procédures administratives, le développement du réseau commercial ou l’accès à des actifs industriels. La répartition précise des responsabilités entre les deux partenaires n’a pas été communiquée. Les marques à commercialiser ou à fabriquer n’ont pas encore été annoncées. Varun Beverages est un partenaire historique de PepsiCo et fabrique de nombreuses boissons sous licence. L’annonce tunisienne ne cite toutefois aucune marque destinée au marché local. Il n’est donc pas encore établi que la future coentreprise produira Pepsi, 7UP, Mountain Dew, Mirinda, Sting, Aquafina ou une autre marque du portefeuille de PepsiCo. Les droits d’embouteillage et de distribution sont généralement attribués selon des territoires déterminés et nécessitent des accords spécifiques. La future société pourrait également fabriquer des marques propres à Varun Beverages, développer des produits adaptés au marché tunisien ou produire pour le compte de tiers. Le périmètre très large annoncé — sodas, jus, eau et produits laitiers — laisse ouvertes plusieurs possibilités. La clarification des marques sera déterminante pour apprécier la portée du projet. Une licence couvrant des marques internationales déjà connues donnerait à la coentreprise un profil différent de celui d’un producteur développant de nouvelles marques locales. Quels effets pour l’économie tunisienne ? La concrétisation du projet pourrait introduire un nouvel opérateur international sur plusieurs marchés déjà structurés en Tunisie. Son incidence économique dépendra principalement de l’importance des capacités installées, du taux d’intégration locale et des matières premières utilisées. Une usine intégrée pourrait générer une demande supplémentaire pour les emballages en plastique ou en verre, les bouchons, les cartons, le sucre, les produits agricoles, le lait et les services logistiques. Le projet pourrait aussi stimuler les investissements dans la réfrigération, les entrepôts, les équipements de transport et les réseaux de distribution. Dans l’industrie des boissons, la disponibilité des produits dans les commerces, les cafés, les restaurants et les hôtels dépend fortement de la densité du réseau logistique et des équipements de froid installés chez les distributeurs. L’effet sur les importations dépendra du modèle économique. Une production utilisant des emballages et des matières premières locales pourrait créer davantage de valeur ajoutée en Tunisie. À l’inverse, une forte dépendance aux concentrés, équipements et intrants importés réduirait l’effet net sur la balance commerciale. La question de l’eau constitue un autre paramètre essentiel. Le projet inclut explicitement la production d’eau conditionnée, mais aucune information n’est donnée sur la source envisagée, les volumes prélevés ou la technologie de traitement. Ces éléments devront être examinés au regard des tensions hydriques et du cadre réglementaire tunisien. Varun Beverages, un groupe indien en expansion internationale Varun Beverages Limited est une société indienne constituée le 16 juin 1995. Son siège social est établi à New Delhi et son siège opérationnel à Gurugram, dans l’État de l’Haryana. Ses actions sont cotées au National Stock Exchange of India, sous le symbole VBL, ainsi qu’à la Bourse de Bombay. Le groupe se présente comme le deuxième plus important franchisé de PepsiCo au monde hors des États-Unis, derrière Indofood CBP, qui exploite notamment les activités de PepsiCo en Indonésie. Il prend en charge la fabrication, l’embouteillage, la distribution, la logistique et l’exécution commerciale, tandis que PepsiCo fournit notamment les marques, les concentrés et une partie de l’innovation produit. Au premier semestre 2026, Varun Beverages exploitait 53 sites de production, dont 38 en Inde et 15 dans ses territoires internationaux. Ses franchises couvrent dix pays et il dispose de droits de distribution dans quatre autres marchés. En plus de l’Inde, le groupe est notamment présent au Népal, au Sri Lanka, au Maroc, en Zambie, au Zimbabwe, en République démocratique du Congo, en Afrique du Sud, au Lesotho et en Eswatini. Il détient également des droits de distribution en Namibie, au Botswana, au Mozambique et à Madagascar. Son portefeuille sous licence PepsiCo comprend notamment Pepsi, Pepsi Zero, Mountain Dew, Sting, 7UP, Mirinda, Evervess, Slice, Tropicana, Nimbooz, Gatorade et Aquafina. Le groupe est également présent dans les boissons lactées à température ambiante sous la marque CreamBell et développe des produits sous ses propres marques dans certains territoires. En 2025, Varun Beverages a enregistré un chiffre d’affaires consolidé provenant de ses opérations de 2,61 milliards de dollars, contre environ 2,41 milliards de dollars en 2024. Son résultat net a atteint environ 359,5 millions de dollars. Au premier semestre 2026, son chiffre d’affaires net s’est élevé à 1,76 milliard de dollars, en hausse de 19,4 % sur un an. Le résultat net a progressé de 16,9 %, à environ 283,1 millions de dollars. Au 31 décembre 2025, l’actionnariat de Varun Beverages restait dominé par la famille Jaipuria. Sa holding RJ Corp Limited détenait 25,28 % du capital, tandis que Ravi Kant Jaipuria et son fils Varun Jaipuria en possédaient directement respectivement 16,71 % et 15,43 %. Ces trois participations, qui ne correspondent pas à des actionnaires indépendants, représentaient ensemble 57,42 % du capital. Une activité dominée par les boissons gazeuses Varun Beverages ne publie pas de ventilation de son chiffre d’affaires par catégorie de boissons. Il communique en revanche la composition de ses volumes vendus. En 2025, les boissons gazeuses représentaient 73,9 % des volumes consolidés. L’eau conditionnée comptait pour 20,2 %, tandis que les boissons non gazeuses — jus, boissons sportives et autres produits — représentaient 5,9 %. Au deuxième trimestre 2026, la répartition atteignait 75 % pour les boissons gazeuses, 18 % pour l’eau conditionnée et 7 % pour les boissons non gazeuses. Ces proportions correspondent aux volumes physiques et non au chiffre d’affaires. Elles ne peuvent être directement transformées en répartition des revenus, car le prix moyen d’une caisse et les marges diffèrent selon les catégories et les pays. Sur le plan géographique, les comptes de 2025 font apparaître environ 1,70 milliard de dollars de chiffre d’affaires opérationnel réalisés en Inde, contre environ 915 millions de dollars dans les autres pays, sur la base d’un taux de change indicatif de 1 dollar pour 85 roupies. L’Inde représentait ainsi environ 65 % du total sur ce périmètre et les marchés internationaux près de 35 %. Le groupe ne fournit pas une répartition exhaustive de son chiffre d’affaires pays par pays. L’Afrique occupe toutefois une place croissante dans sa stratégie, notamment depuis l’acquisition d’entreprises et de droits de franchise en Afrique australe. Une diversification récente vers les boissons alcoolisées L’activité historique de Varun Beverages reste largement concentrée sur les boissons sans alcool. Le groupe a néanmoins commencé à se diversifier dans les boissons alcoolisées. En 2025, il a élargi son objet social à la production et à la commercialisation de boissons alcoolisées, notamment la bière, le vin et les spiritueux. Il a également conclu un accord exclusif avec Carlsberg Breweries pour tester la distribution de bière Carlsberg dans certains territoires africains. Le 25 août 2026, le conseil d’administration a approuvé la création en Inde de KIVA Spirits and Company Limited, une filiale qui serait détenue à 100 % par Varun Beverages. Cette société doit exercer dans les boissons alcoolisées prêtes à boire et les produits associés. Son capital autorisé proposé atteint environ 1,2 million de dollars, tandis que son capital libéré serait d’environ 1,1 million de dollars. Varun Beverages a nommé à sa tête Prathmesh Mishra, ancien dirigeant de Diageo en Corée, au Japon et en Inde, ayant également occupé plusieurs responsabilités chez Pernod Ricard. Cette diversification demeure récente et Varun Beverages ne publie pas encore de chiffre d’affaires distinct pour les boissons alcoolisées. Le périmètre déclaré de la future coentreprise tunisienne reste, pour sa part, limité aux boissons gazeuses, aux jus, à l’eau et aux produits laitiers.

Microfinancements d’honneur : les 8 % ne seraient pas prélevés sur les bénéfices distribuables des banques
BOURSE, ECONOMIE

Microfinancements d’honneur : les 8 % ne seraient pas prélevés sur les bénéfices distribuables des banques

23/08/2026 23:32 108 vues Par Moez Hadidane

Le décret nᵒ 2026-148 du 23 juillet 2026, publié au Journal officiel de la République tunisienne du 24 juillet, a rendu opérationnel le dispositif des microfinancements d’honneur prévu par l’article 412 ter (nouveau) du Code de commerce. Les banques doivent consacrer chaque année un montant correspondant à au moins 8 % du bénéfice net de l’exercice précédent à des financements accordés sans intérêts et sans garanties. La publication du texte avait immédiatement soulevé une question importante pour les banques et leurs actionnaires : ces 8 % constituent-ils une affectation du résultat venant réduire le bénéfice distribuable et, par conséquent, la capacité des établissements à verser des dividendes ? L’analyse du texte et du fonctionnement du dispositif conduit plutôt à écarter cette interprétation. Les 8 % ne constitueraient ni un prélèvement sur le bénéfice ni une réserve à constituer lors de son affectation. Le bénéfice de l’exercice précédent servirait essentiellement de base de calcul permettant de déterminer le montant minimal des crédits d’honneur que chaque banque devra accorder. Les 8 % fixeraient une obligation de financement, pas une ponction du bénéfice. C’est probablement la distinction la plus importante pour comprendre le dispositif. L’article 412 ter (nouveau) impose aux banques de « consacrer » chaque année au financement d’honneur un montant calculé par référence à leur bénéfice net de l’exercice précédent. L’une des lectures qui pouvait initialement être faite de cette disposition consistait à considérer les 8 % comme une retenue obligatoire du résultat : une fraction du bénéfice aurait alors été prélevée avant distribution et affectée à un fonds ou à une réserve spécifique. Une lecture attentive du mécanisme conduit toutefois à une conclusion différente : il ne s’agit pas d’une ponction des bénéfices distribuables, mais d’une obligation de financement dont le montant est calculé sur la base du bénéfice net de l’exercice précédent. Ainsi, pour une banque réalisant un bénéfice net de 100 millions de dinars, l’obligation ne consisterait pas à prélever 8 millions de dinars du bénéfice distribuable pour les placer dans une réserve. Elle consisterait à accorder au moins 8 millions de dinars de financements d’honneur selon les conditions fixées par la loi et son décret d’application. Cette distinction change considérablement l’analyse de l’impact du dispositif sur les actionnaires. Pas d’impact direct sur le bénéfice distribuable Si cette interprétation est confirmée, la dotation de 8 % ne viendrait donc pas réduire directement le bénéfice distribuable. Une banque pourrait, sous réserve naturellement des autres règles légales, statutaires et prudentielles applicables, affecter son résultat et déterminer ses dividendes sans avoir préalablement retranché les 8 % destinés aux microfinancements d’honneur. Le bénéfice net de l’exercice précédent aurait alors essentiellement une fonction de référence quantitative : il déterminerait le volume minimal de crédits que la banque doit mettre à disposition des bénéficiaires au cours de l’exercice suivant. Cette lecture conduit également à distinguer le dispositif du fonds social. La dotation au fonds social prélevée sur le résultat répond à une logique d’affectation du bénéfice. Le mécanisme prévu pour les microfinancements d’honneur relèverait, lui, d’une obligation de financement calculée en fonction du bénéfice, sans prélèvement correspondant sur ce dernier. Dans cette configuration, l’effet immédiat que nous avions envisagé sur le « gisement » de bénéfices distribuables disparaît largement. Des crédits financés comme les autres crédits bancaires Cette analyse conduit également à reconsidérer le fonctionnement comptable du « compte de la ligne de financement d’honneur » prévu par le décret. Les financements effectivement accordés seraient comptabilisés comme des crédits, financés à partir des ressources de la banque — ressources propres ou refinancement — jusqu’à atteindre le minimum légal correspondant aux 8 %. Le compte prévu par le décret aurait donc davantage une fonction de suivi de l’obligation légale qu’une fonction de réserve constituée par prélèvement sur le résultat. Dans cette logique, le minimum de financement à atteindre pourrait être suivi sous la forme d’un engagement ferme hors bilan. Une fois le crédit effectivement accordé, il devient en revanche nécessaire de déterminer son traitement comptable en tant qu’actif financier. Et c’est précisément à ce niveau qu’apparaît une autre question importante. IFRS 9 : le coût pourrait apparaître au moment de l’octroi du crédit L’application d’IFRS 9 aux financements effectivement décaissés appelle également une attention particulière. Dans ce cadre, le prêt sans intérêt entre dans le champ d’application d’IFRS 9 et doit être comptabilisé initialement à sa juste valeur. Or, un prêt de 10 000 dinars remboursable ultérieurement sans aucun intérêt n’a pas, à sa date d’octroi, une juste valeur de 10 000 dinars si l’on actualise les flux futurs à un taux de marché. L’écart entre le montant effectivement décaissé et la juste valeur du crédit constitue alors un enjeu comptable majeur. Cet écart pourrait représenter le coût de l’obligation imposée par la loi et être comptabilisé immédiatement en charge, ou éventuellement présenté comme une contribution réglementaire distincte selon le traitement finalement retenu. Le crédit serait ensuite évalué au coût amorti selon la méthode du taux d’intérêt effectif, tandis que les pertes de crédit attendues — Expected Credit Losses — devraient être comptabilisées conformément au modèle de dépréciation prévu par IFRS 9. La question comptable ne disparaît donc pas. Elle se déplace. Le problème ne serait plus celui d’un prélèvement de 8 % sur le bénéfice distribuable, mais celui du coût comptable des crédits sans intérêt effectivement accordés et du risque de défaut supporté par la banque. Les dividendes ne seraient donc pas directement amputés de 8 % Cette distinction est essentielle pour apprécier l’incidence du dispositif sur la politique de distribution des banques. Sur la base des bénéfices de l’exercice 2025, les 8 % représentent une enveloppe que nous estimons à environ 143 millions de dinars, soit l’équivalent de près de 16,6 % des dividendes distribués en 2026 par les banques concernées au titre de l’exercice 2025. Une comparaison mécanique entre ces 143 millions de dinars et les dividendes pouvait laisser penser que le nouveau dispositif risquait de réduire directement la capacité de distribution des établissements. Si l’analyse comptable exposée précédemment est retenue, ce ne serait pas le cas. Les 143 millions de dinars représenteraient le volume minimal de crédits à accorder, et non une somme à soustraire des bénéfices distribuables. Cela ne signifie toutefois pas que le dispositif sera sans incidence sur la rentabilité future. Un impact indirect sur les bénéfices futurs reste possible. Les financements d’honneur sont accordés sans intérêts et sans garanties. Les banques doivent également supporter les coûts d’étude, de traitement, de suivi et de recouvrement sans pouvoir facturer les commissions habituellement associées à ces opérations. À cela s’ajoute le traitement IFRS 9 évoqué précédemment. La différence entre le montant décaissé et la juste valeur initiale du crédit pourrait générer un coût comptable dès l’octroi. Les banques devront ensuite constater les pertes de crédit attendues et, en cas de dégradation de la qualité du portefeuille, supporter les provisions puis les pertes éventuelles. Le dispositif pourrait donc peser légèrement sur les bénéfices futurs, mais par un canal très différent d’une ponction directe de 8 % sur le résultat distribuable. C’est cette distinction qui doit être retenue : pas nécessairement 8 % de bénéfice distribuable en moins, mais potentiellement des coûts et des risques supplémentaires susceptibles d’affecter les résultats des exercices suivants. Les réserves distribuables offrent en outre une marge de manœuvre. Même dans l’hypothèse où les coûts comptables, les provisions et les défauts liés aux financements d’honneur finiraient par peser sur la rentabilité des établissements, leur traduction sur les dividendes ne serait pas nécessairement immédiate. Les banques concernées sont, par définition, bénéficiaires et plusieurs d’entre elles disposent de réserves distribuables accumulées au fil des exercices. Ces réserves pourraient permettre, au moins à court terme, d’amortir une partie de l’incidence du dispositif et de maintenir une politique de distribution relativement stable. À plus long terme, la question dépendra surtout de la qualité des crédits accordés, du niveau des défauts, du coût comptable associé aux financements sans intérêt et de la capacité des banques à absorber ces charges sans détériorer durablement leur rentabilité. Exercice 2025 : l’absence d’une réserve spécifique ne dispense pas les banques Cette nouvelle lecture éclaire également la question particulière de l’exercice 2025. La publication tardive du décret avait fait naître une interrogation : les banques auraient-elles dû, lors de l’affectation de leurs résultats 2025, constituer une réserve ou une dotation spécifique dans l’attente du texte d’application ? Si les 8 % ne constituent pas une affectation du bénéfice mais seulement la base de calcul d’une obligation de financement, l’absence d’une réserve spécifique lors de l’AGO ne ferait pas disparaître l’obligation créée par l’article 412 ter. L’assemblée générale aurait principalement permis de figer le bénéfice net servant de référence au calcul des 8 %. Dès lors, la publication du décret rend le dispositif opérationnel indépendamment de la manière dont chaque banque a précédemment affecté son résultat. Les établissements seraient ainsi tenus de recevoir les demandes de microfinancement d’honneur et de les traiter dans les conditions et délais fixés par le décret, notamment le délai maximal de dix jours ouvrables bancaires pour rendre leur décision, que leur assemblée générale ait ou non prévu une affectation spécifique au titre de ce dispositif. Cette interprétation réduit considérablement la question d’une éventuelle révision des résolutions d’affectation des bénéfices de l’exercice 2025. La question des dividendes laisse place à celle du coût réel du dispositif. L’analyse du dispositif à la suite de la publication du décret conduit donc à déplacer le centre du débat. La question n’est plus seulement de savoir si les banques devront sacrifier 8 % de leurs bénéfices distribuables pour financer les microcrédits d’honneur. Ces 8 % semblent davantage constituer un seuil minimal de crédits à accorder qu’une affectation obligatoire du résultat. La véritable interrogation devient celle du coût économique et comptable de cette obligation. Quelle sera la juste valeur initiale de ces crédits sans intérêt ? Quel taux de marché devra être utilisé pour actualiser leurs flux ? Comment sera comptabilisé l’écart entre les montants décaissés et cette juste valeur ? Quel sera le niveau des pertes de crédit attendues au sens d’IFRS 9 ? Et surtout, quel taux de défaut enregistrera, dans la pratique, une catégorie de financements accordés sans garanties ? Ces questions détermineront beaucoup plus directement l’impact du dispositif sur la rentabilité future des banques et, par ricochet, sur leur capacité à distribuer durablement des dividendes. Une doctrine comptable officielle de la Banque centrale de Tunisie ou des autorités compétentes reste donc souhaitable afin d’harmoniser le traitement du dispositif entre les établissements. À ce stade, une conclusion se dessine néanmoins : les 8 % ne devraient pas être assimilés mécaniquement à 8 % de bénéfices distribuables en moins. Le véritable coût pour les banques apparaîtra plutôt dans le traitement comptable, le coût de financement et, surtout, le risque de crédit attaché aux financements effectivement accordés.

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