Le groupe tunisien d'ingénierie STUDI International va investir 1,4 million de dollars australiens (AUD) dans PhosCo, par l'intermédiaire de l'une de ses filiales africaines, et devient le partenaire d'ingénierie privilégié du projet de phosphate de Gasaat, à Kasserine, pour les études de préfaisabilité et de faisabilité bancable. Le protocole d'accord, annoncé le 7 octobre 2026, ne lie pas les parties et ne garantit pas l'attribution des contrats.
Le dossier Gasaat franchit une nouvelle étape. Deux jours après les résultats de forage du 5 octobre, que nous présentions dans notre article consacré à la découverte de Sekarna Nord et à l'extension de la minéralisation à Gasaat, la société australienne PhosCo, cotée à l'ASX sous le code PHO, a annoncé le 7 octobre 2026 un partenariat avec STUDI International. Cette fois, l'annonce ne porte plus sur la géologie du gisement : elle concerne l'ingénierie du projet et l'entrée d'un nouvel actionnaire au capital de PhosCo.
Un protocole de 24 mois, sans engagement ferme
Le protocole d'accord conclu avec STUDI International fait du groupe tunisien le partenaire d'ingénierie et de conseil privilégié de PhosCo. Son champ couvre les infrastructures, le transport, les ports, la construction, l'industrie, l'eau, l'énergie, l'environnement, la planification, le conseil financier, les systèmes d'information géographique et la gestion de projet. Il inclut en premier lieu l'étude de préfaisabilité, puis l'étude de faisabilité bancable, c'est-à-dire le niveau d'étude sur lequel s'appuient les prêteurs pour décider d'un financement.
Le cadre prévoit que la relation puisse se prolonger sur les étapes suivantes : ingénierie détaillée, achats, développement du projet, appui à la construction, mise en service, puis éventuelles extensions. Un comité conjoint de représentants des deux parties examinera la planification des études, la stratégie d'infrastructures, le calendrier, les achats, le financement et les relations avec les parties prenantes.
Le protocole reste toutefois non contraignant. Chaque volet de travail devra faire l'objet d'un accord spécifique, conclu à des conditions de marché. PhosCo conserve l'entière discrétion du choix de ses prestataires, sous réserve d'examiner en priorité les offres de STUDI et de négocier de bonne foi, et peut recourir à des consultants miniers spécialisés ou à d'autres cabinets. L'accord est conclu pour 24 mois, prolongeables d'un commun accord, et chaque partie peut y mettre fin avec un préavis de 90 jours. Il ne transfère ni ne dilue la propriété de PhosCo sur le projet, ses permis ou ses données. La société précise elle-même qu'aucun accord définitif n'est garanti.
1,4 million AUD souscrits à 0,15 AUD par action
Le volet financier porte sur la souscription de 9 523 810 actions ordinaires nouvelles au prix unitaire de 0,15 AUD, soit environ 1,43 million AUD avant frais. Chaque action souscrite est assortie d'une option non cotée, soit 9 523 810 options, exerçables à 0,20 AUD jusqu'au 29 juin 2029. Le prix d'exercice dépasse de 0,05 AUD, soit 33,3 %, le prix de souscription des actions.
En cas d'exercice intégral de ces options, STUDI apporterait environ 1,90 million AUD supplémentaires, ce qui porterait son engagement total potentiel à près de 3,33 millions AUD. Cet apport complémentaire reste optionnel et dépendra notamment de l'évolution du cours de PhosCo d'ici à 2029.
L'investissement reste soumis à la finalisation de la documentation juridique, attendue sous 30 jours. L'émission est programmée pour le 13 novembre 2026. Elle s'inscrit dans la capacité de placement dont dispose déjà PhosCo au titre des règles de cotation de l'ASX, ce qui la dispense d'un vote des actionnaires. Le formulaire déposé auprès de l'ASX indique qu'aucune autorisation externe n'est requise, et que l'opération ne fait intervenir ni intermédiaire ni garantie de placement. Le produit sera affecté à l'exploration et aux études de Gasaat, aux démarches d'autorisation et au fonds de roulement.
STUDI, un ingénieriste tunisien à vocation panafricaine
Selon la présentation qu'en fait PhosCo, STUDI International est un groupe d'ingénierie dont le siège est à Tunis et qui conçoit des infrastructures en Afrique depuis 1970. Il emploie environ 700 personnes, est intervenu dans plus de 40 pays et réalise plus de 90 % de son chiffre d'affaires hors de Tunisie. Il figurait au 115e rang du classement 2024 des 225 premiers bureaux d'études internationaux établi par la revue Engineering News-Record.
Ses références couvrent plus de 180 projets portuaires, dont sept ports de commerce tunisiens, plus de 2 400 projets routiers et autoroutiers, des études ferroviaires et 161 barrages. Le groupe travaille avec la plupart des bailleurs de fonds du développement, dont la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, la Banque européenne d'investissement, l'AFD et la KfW. PhosCo met en avant la pertinence de ces compétences pour les infrastructures dont dépendra Gasaat : énergie, eau, route, rail et logistique portuaire. Son directeur général, Taz Aldaoud, souligne aussi l'avantage que représente, pour le projet, l'ancrage tunisien du partenaire.
Cette arrivée modifie la composition des partenaires du projet. Jusqu'ici, l'écosystème de Gasaat réunissait surtout des acteurs étrangers et institutionnels : la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), l'appui américain de 1,536 million de dollars destiné à mobiliser des capitaux privés autour du projet, puis la visite de la DFC, l'agence américaine de financement du développement, que nous évoquions dans notre article du 29 septembre. Avec STUDI, un groupe privé tunisien entre au tour de table de PhosCo, même si la souscription transite par une filiale africaine du groupe.
De l'exploration aux études d'ingénierie
L'accord prend place à une étape précise du projet. Comme nous l'indiquions dans notre précédent article, les analyses de laboratoire des quatre sondages annoncés le 5 octobre, à Douar Ouled Hamouda (DOH) et à Sekarna Nord, restent attendues. Les ressources déclarées de Gasaat demeurent à 166,6 millions de tonnes à 20,6 % de P₂O₅. PhosCo confirme la publication de son étude de cadrage actualisée d'ici la fin du mois d'octobre.
Le partenariat avec STUDI vise les étapes suivantes. Dans la séquence décrite par le protocole, les études de préfaisabilité et de faisabilité bancable précèdent l'ingénierie détaillée, les achats, l'appui à la construction et la mise en service. L'accord ne fixe toutefois aucun calendrier pour ces différentes phases.
Plusieurs paramètres restent à préciser
Les documents publiés ne précisent pas la part du capital de PhosCo que représentera la participation de STUDI, avant et après l'exercice éventuel des options. La filiale africaine qui portera la souscription n'est pas non plus nommée.
L'annonce du 7 octobre marque ainsi un rapprochement capitalistique et technique entre PhosCo et un acteur tunisien de l'ingénierie. Elle ne constitue ni un engagement ferme sur les contrats d'études, ni une décision d'investissement sur Gasaat.



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