Une détérioration portée par l'énergie et les industries mécaniques, malgré la résilience du secteur offshore
Après une relative amélioration observée en 2023 et 2024, le commerce extérieur tunisien montre de nouveaux signes de dégradation en 2026. Au terme des six premiers mois de l'année, le déficit commercial des marchandises atteint 12,6 milliards de dinars, contre 9,9 milliards à la même période de 2025, soit une aggravation de 2,67 milliards de dinars (+27 %). Cette évolution résulte d'une progression des importations (+13,3 %), supérieure à celle des exportations (+9 %), sous l'effet notamment de l'alourdissement de la facture énergétique et de l'aggravation du déficit de plusieurs secteurs industriels, en particulier les industries mécaniques et électriques.

Cette détérioration intervient alors que l'économie tunisienne semblait avoir engagé une trajectoire de normalisation après le pic historique de déficit enregistré en 2022. Les chiffres du premier semestre laissent désormais entrevoir un retour vers des déséquilibres extérieurs plus prononcés, même si leur composition diffère sensiblement de celle observée lors du choc des prix internationaux de l'énergie.
Les exportations progressent, mais les importations accélèrent davantage.
Entre juin 2025 et juin 2026, les exportations de marchandises sont passées de 31,8 à 34,6 milliards de dinars, soit une progression de 9 %. Cette évolution demeure favorable et confirme le maintien d'un appareil exportateur relativement dynamique.
Dans le même temps, les importations ont augmenté plus rapidement encore, passant de 41,7 à 47,2 milliards de dinars, soit une hausse de 13,3 %. L'écart de rythme entre les deux flux explique l'essentiel de l'aggravation du déficit commercial.
En valeur, les importations supplémentaires atteignent près de 5,5 milliards de dinars, contre une progression des exportations de 2,8 milliards, ce qui se traduit mécaniquement par une dégradation du solde de 2,67 milliards de dinars.
Cette évolution ne traduit toutefois pas uniquement une détérioration de la compétitivité extérieure. Une partie importante de cette hausse des importations concerne les intrants industriels et les équipements nécessaires à l'activité des entreprises exportatrices, en particulier celles opérant sous le régime offshore.
L'énergie demeure le principal facteur de détérioration.
Comme c'est le cas depuis de nombreuses années, le secteur énergétique constitue la première source d'aggravation du déficit commercial.
Au premier semestre 2026, le déficit du poste Énergie et lubrifiants atteint 6,8 milliards de dinars, contre 5,2 milliards un an auparavant, soit une dégradation de 1,56 milliard de dinars. À lui seul, ce secteur explique près de 60 % de l'aggravation globale du déficit commercial.
Cette évolution résulte d'une hausse simultanée des exportations (+49 %) et surtout des importations (+33,5 %). Malgré le redressement des ventes à l'exportation, celles-ci demeurent très insuffisantes pour compenser l'alourdissement de la facture énergétique, qui reste fortement dépendante des cours internationaux et de l'accroissement des besoins du marché intérieur.
Le déficit énergétique représente désormais plus de la moitié du déficit commercial total (53,9%), confirmant une nouvelle fois la forte vulnérabilité extérieure de la Tunisie vis-à-vis des importations d'hydrocarbures.
Les industries mécaniques alimentent également le déficit.
La seconde principale contribution à la dégradation du commerce extérieur provient des industries mécaniques et électriques.
Les exportations du secteur progressent de 9 %, atteignant 16,8 milliards de dinars, mais les importations augmentent encore plus rapidement (+14 %) pour atteindre 19,9 milliards.
Le déficit sectoriel passe ainsi de 2,2 à 3,1 milliards de dinars, soit une détérioration de près d'un milliard de dinars (-0,98 milliard).
Cette évolution ne constitue pas nécessairement un signal négatif. Les industries mécaniques et électriques sont largement intégrées aux chaînes de valeur internationales et importent une part importante de leurs composants avant réexportation. L'augmentation des importations reflète donc également une intensification de l'activité industrielle et des commandes à l'exportation.
Les phosphates et le textile restent excédentaires mais s'essoufflent.
Deux secteurs traditionnellement excédentaires voient toutefois leur contribution diminuer.
Le secteur des mines, phosphates et dérivés conserve un excédent commercial de 271 millions de dinars, mais celui-ci est pratiquement divisé par deux par rapport au premier semestre 2025 (561 millions). La baisse des exportations (-19 %) explique l'essentiel de cette contraction.
Même constat pour le secteur textile, habillement et cuir, dont l'excédent passe de 1,31 milliard à 1,09 milliard de dinars, soit une diminution de 17 %. Les exportations reculent légèrement (-3 %) alors que les importations restent quasiment stables.
Ces deux secteurs continuent d'apporter une contribution positive au commerce extérieur, mais leur capacité à compenser les déficits des autres branches industrielles s'affaiblit progressivement.
L'agroalimentaire constitue la principale bonne surprise.
À l'inverse, le secteur de l'agriculture et des industries agroalimentaires affiche une amélioration remarquable.
Le déficit commercial est quasiment résorbé, revenant de 500 millions de dinars à seulement 100 millions au premier semestre 2026.
Les exportations progressent de 25 %, contre une hausse limitée des importations (+15 %), permettant une amélioration du solde de 410 millions de dinars.
Cette performance reflète vraisemblablement une campagne agricole plus favorable ainsi que la bonne tenue des exportations d'huile d'olive et d'autres produits agricoles, qui continuent de soutenir les recettes en devises.
Il s'agit de la seule contribution sectorielle ayant significativement atténué la dégradation du déficit commercial global.
Le régime offshore continue de jouer un rôle d'amortisseur.
L'analyse par régime met en évidence la dualité persistante du tissu productif tunisien.

Les entreprises opérant sous le régime général enregistrent un déficit commercial de 22,6 milliards de dinars, contre 19,4 milliards un an auparavant, soit une aggravation de 3,14 milliards de dinars (+16,2 %).
À l'inverse, les entreprises du régime offshore continuent de dégager un excédent commercial élevé, qui atteint désormais 10 milliards de dinars, contre 9,5 milliards un an auparavant.
Les exportations offshore progressent de 5,8 %, tandis que les importations augmentent de 6,5 %, permettant néanmoins un renforcement de l'excédent de près de 470 millions de dinars.
Sans cette contribution des entreprises totalement exportatrices, le déficit commercial tunisien aurait dépassé 22 milliards de dinars dès le premier semestre.
Ces chiffres illustrent une nouvelle fois le rôle stratégique du secteur offshore dans l'apport de devises et dans l'équilibre des comptes extérieurs.
Un déficit annuel susceptible de retrouver les niveaux de 2022
Si les tendances observées au premier semestre se poursuivent durant la seconde moitié de l'année, le déficit commercial de 2026 pourrait s'établir entre 24 et 26 milliards de dinars.
Une telle évolution rapprocherait la Tunisie du record historique enregistré en 2022, lorsque le déficit annuel avait atteint 25,2 milliards de dinars, sous l'effet de l'explosion des prix internationaux de l'énergie et des matières premières.
La situation actuelle présente néanmoins plusieurs différences. En 2022, l'aggravation du déficit résultait principalement d'un choc exogène sur les prix mondiaux. En 2026, la hausse des importations semble davantage liée au redémarrage de l'activité économique, au renforcement des achats industriels et à une demande intérieure plus soutenue, même si la facture énergétique demeure un facteur déterminant.
L'évolution des cours du pétrole au second semestre, le niveau des exportations industrielles ainsi que la campagne agricole détermineront si le déficit commercial restera légèrement inférieur au record de 2022 ou s'en rapprochera davantage.
Dans tous les cas, la poursuite de cette tendance exercera une pression accrue sur les besoins de financement extérieur, les réserves en devises et, plus largement, sur l'équilibre du compte courant. Si la dynamique des exportations demeure encourageante, la Tunisie devra continuer à renforcer sa compétitivité industrielle et accélérer sa transition énergétique afin de réduire durablement sa dépendance aux importations, principal facteur de fragilité de son commerce extérieur.


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