Le commerce extérieur tunisien des mines, phosphates et dérivés franchit un seuil symbolique. Au cours des neuf premiers mois de 2026, les importations dépassent les exportations, faisant apparaître un déficit de 32,1 millions de dinars, contre un excédent de 699,1 millions un an auparavant. Ce retournement résulte d’un double mouvement : une baisse de 16,5 % des exportations et une hausse de 44 % des importations, selon les données de l’INS aux prix courants reprises dans la série étudiée.
Le déficit reste limité en montant, mais il marque une rupture dans les observations disponibles. Le tableau historique de Tera Finances fait ressortir des soldes annuels constamment excédentaires de 2016 à 2025, ainsi que des excédents sur les neuf premiers mois de chaque année de 2022 à 2025. À fin septembre 2026, cette contribution positive aux échanges extérieurs s’efface.
La portée du constat doit toutefois être précisée : il s’agit du premier déficit dans la série disponible, qui ne permet pas d’affirmer qu’aucun épisode déficitaire n’a existé avant les périodes couvertes.

Des exportations en recul de 16,5 %
Sur les neuf premiers mois de 2026, les exportations des mines, phosphates et dérivés s’établissent à 1 433,1 millions de dinars, contre 1 716,2 millions durant la même période de 2025. Les recettes d’exportation diminuent ainsi de 283,1 millions de dinars.
Ce repli efface le redressement observé en 2025, lorsque les ventes à l’étranger avaient progressé de 8 % à fin septembre, après une contraction de 24,4 % en 2024.
Le recul apparaît plus marqué encore par rapport à 2022. Les exportations atteignaient alors 2 761,9 millions de dinars sur les neuf premiers mois. Quatre ans plus tard, elles sont inférieures de 48,1 % à ce niveau, soit une diminution proche de moitié en valeur.
Cette évolution traduit un affaiblissement des recettes extérieures du secteur. Les données étant exprimées aux prix courants, elle ne peut cependant pas être assimilée directement à une baisse équivalente des quantités exportées : les prix, les volumes et la composition des produits échangés peuvent tous intervenir.
Des importations en forte accélération
Dans le même temps, les importations progressent à 1 465,2 millions de dinars, contre 1 017,2 millions à fin septembre 2025. Leur augmentation atteint 448 millions de dinars, soit 44 %.
Cette hausse prolonge celle de 2025, qui s’élevait déjà à 22,6 % sur les neuf premiers mois. Elle ramène la facture des importations nettement au-dessus des niveaux enregistrés à fin septembre 2023 et 2024, tout en restant inférieure à celle de la même période de 2022, soit 1 649 millions de dinars.
Le basculement dans le déficit ne résulte donc pas d’un sommet des importations sur l’ensemble de la période comparable. Il provient de leur forte remontée, conjuguée à des exportations devenues sensiblement plus faibles.
Une dégradation du solde de 731,2 millions de dinars en un an
Le rapprochement des deux flux mesure l’ampleur du retournement. Le solde commercial passe d’un excédent de 699,1 millions de dinars à fin septembre 2025 à un déficit de 32,1 millions à fin septembre 2026 : une détérioration de 731,2 millions de dinars.
Sur le plan comptable, la hausse des importations explique 61,3 % de cette dégradation, tandis que le recul des exportations en représente 38,7 %. La progression des achats extérieurs constitue ainsi le premier facteur du retournement en valeur.
Le taux de couverture des importations par les exportations tombe à 97,8 %, contre 168,7 % un an auparavant. Pour 100 dinars importés, le secteur n’exporte désormais que 97,8 dinars, contre 168,7 dinars à fin septembre 2025.
Un excédent qui s’érode depuis plusieurs années
Le déficit de 2026 intervient au terme d’une diminution continue des excédents à période comparable. Sur les neuf premiers mois, le solde positif passe de 1 112,9 millions de dinars en 2022 à 984,5 millions en 2023, puis à 760 millions en 2024 et 699,1 millions en 2025, avant de devenir négatif en 2026.
Les données annuelles apportent un éclairage complémentaire. Le secteur avait dégagé des excédents proches de 1,25 milliard de dinars en 2022 et en 2023. Après un repli à 735,3 millions en 2024, le solde s’était redressé à 832,7 millions en 2025. Cette amélioration annuelle ne se prolonge donc pas dans les résultats des neuf premiers mois de 2026.
Ces deux séries doivent néanmoins rester distinctes : le déficit constaté à fin septembre ne préjuge pas du solde de l’ensemble de l’année.
Une contribution aux échanges extérieurs à reconquérir
L’enjeu dépasse les seuls 32,1 millions de dinars de déficit. Il tient surtout à la disparition d’un excédent qui contribuait à atténuer le déficit commercial global du pays.
Pour identifier les ressorts précis de ce retournement, une ventilation par produit, en valeur et en volume, serait nécessaire. Le regroupement « mines, phosphates et dérivés » ne permet pas, à lui seul, d’attribuer la hausse des importations à une catégorie particulière ni d’isoler les causes du recul des exportations.
Le constat est néanmoins clair : à fin septembre 2026, la baisse des recettes d’exportation et l’alourdissement de la facture des importations se cumulent, faisant passer le secteur d’une position excédentaire à une position légèrement déficitaire. Le dernier trimestre déterminera si ce basculement se confirme sur l’ensemble de l’année.
Source : données de l’INS sur le commerce extérieur aux prix courants. Série annuelle 2016-2025 et cumuls janvier-septembre 2022-2026.




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