Portée par le repli des dividendes remontés de sa filiale de distribution Air Liquide Tunisie Services, Air Liquide Tunisie voit son résultat net reculer de 25,2 MDT à 16,9 MDT au 30 juin 2026, un tiers en moins qu'un an plus tôt. L'activité gazière proprement dite, elle, résiste mieux qu'il n'y paraît : le repli des ventes ne s'accompagne pas d'une dégradation des marges, et le bilan reste solide, même si le besoin en fonds de roulement mérite d'être surveillé.
Une mécanique industrielle qui résiste mieux qu'il n'y paraît
Le chiffre d'affaires d'Air Liquide Tunisie, tiré des ventes de gaz et de matériel, recule de 8,5 % au premier semestre 2026, à 17,0 MDT contre 18,6 MDT un an plus tôt. La société limite cependant la casse en réduisant plus vite encore son coût d'achat de matières, si bien que le taux de marge sur coût matières progresse, de 45,7 % à 48,7 % des revenus. Les charges d'exploitation, qui regroupent charges de personnel, autres charges externes et impôts et taxes, restent quasiment stables à 6,75 MDT, une légère hausse des autres charges externes venant compenser le repli des charges de personnel ; l'excédent brut d'exploitation ne cède ainsi que 6,4 %, à 1,54 MDT, avec un taux de marge légèrement supérieur à celui du premier semestre 2025. Seul le résultat d'exploitation accuse un repli plus net, de 25,5 % à 0,63 MDT, sous le poids des dotations aux amortissements et d'une redevance de licence versée à la maison mère française, en forte hausse sur la période.
Le dividende de la filiale, arbitre du résultat
C'est ailleurs que se joue l'essentiel de la baisse du résultat net. Les produits financiers nets progressent, portés par les intérêts de retard facturés à Air Liquide Tunisie Services sur ses factures impayées, signe d'un financement intragroupe bien réel. Mais les dividendes à percevoir de cette même filiale, comptabilisés en produits des participations, chutent de 21,7 MDT à 14,1 MDT, un repli de 35 % qui reflète un résultat 2025 moins généreux chez la filiale que celui de 2024. Résultat financier, résultat avant impôt et résultat net en subissent tous le contrecoup : ce dernier recule de 33 %, à 16,9 MDT, un montant qui reste pourtant proche du chiffre d'affaires du semestre, tant la contribution de la filiale pèse dans les comptes de la maison mère. La rentabilité des capitaux propres suit la même pente, de 27,9 % à 16,1 % en rythme semestriel non annualisé ; annualisée, elle resterait proche de 32 %, un niveau à peine inférieur aux 33 % dégagés sur l'ensemble de l'exercice 2025.
Un bilan toujours solide, un besoin en fonds de roulement à surveiller
Le bilan reste sans surprise très confortable : la dette financière, essentiellement composée d'engagements de leasing et de dépôts de garantie clients, demeure marginale, et la société conserve une trésorerie nette largement positive, de l'ordre de 43,5 MDT au 30 juin 2026 contre 50,4 MDT au 31 décembre 2025, un tassement lié au repli des liquidités et du portefeuille de placements à court terme. Le point de vigilance vient plutôt du besoin en fonds de roulement, qui bondit de 32,6 % en un semestre, à 28,0 MDT, l'équivalent de plus de neuf mois de chiffre d'affaires annuel ; les créances sur la filiale de distribution en constituent l'essentiel. Côté trésorerie, les flux d'exploitation reculent de 25 % à 1,94 MDT tandis que les investissements s'intensifient nettement, mais des arbitrages sur les certificats de dépôt permettent à la société de consommer beaucoup moins de trésorerie qu'un an plus tôt sur l'ensemble du semestre.
En somme, le premier semestre 2026 d'Air Liquide Tunisie illustre moins un essoufflement industriel qu'un effet de base sur les dividendes de sa filiale de distribution : l'activité gazière tient ses marges, le bilan reste sain, et la trajectoire annualisée de rentabilité ne s'écarte que marginalement de celle de 2025. Le sujet à suivre pour le second semestre sera la capacité de la société à contenir la dérive de son besoin en fonds de roulement.


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