Un chiffre d'affaires qui franchit le cap des 854 millions de dinars
La croissance commerciale du groupe est la première bonne nouvelle de l'exercice. Les revenus consolidés atteignent 854,3 MDT en 2025, contre 754,0 MDT un an plus tôt, soit une progression de +13,3 % en un seul exercice. En y ajoutant les autres produits d'exploitation — produits des activités connexes, vente d'emballages et de déchets valorisables —, le total des produits d'exploitation s'élève à 875,9 MDT.
Cette croissance est intégralement organique : le périmètre de consolidation n'a pas changé par rapport à 2024. Elle reflète à la fois l'expansion du réseau de distribution et la dynamique de consommation qui, malgré un contexte macroéconomique sous tension en Tunisie, continue de soutenir la grande distribution. La maison mère SNMVT porte à elle seule 831,3 MDT de ventes, soit 97,3 % du chiffre d'affaires consolidé. Les filiales commerciales — MONOGROS (7,1 MDT), SGS (11,8 MDT), MMT (3,6 MDT) — contribuent de façon modeste mais progressent dans l'ensemble.
Une marge commerciale solide à 21,7 %, légèrement en retrait
Le coût des ventes — achats de marchandises et approvisionnements consommés nets des variations de stocks — ressort à 690,2 MDT, laissant une marge commerciale brute de 164,1 MDT sur les seuls revenus, soit un taux de marge commerciale de 19,2 %. En intégrant les autres produits d'exploitation dans la base de calcul telle que présentée dans le tableau des soldes intermédiaires de gestion (875,9 MDT de produits totaux), la marge commerciale au sens du SIG s'établit à 185,7 MDT, représentant 21,2 % des produits d'exploitation totaux, contre 22,0 % en 2024.
Cette légère érosion de 80 points de base traduit la difficulté à préserver intégralement les marges dans un environnement d'inflation des coûts d'achat. Elle reste cependant contenue, ce qui témoigne du pouvoir de négociation fournisseur du groupe et d'une gestion active des assortiments. Pour un distributeur généraliste de cette taille en Tunisie, maintenir un taux de marge commerciale au-dessus de 21 % dans un tel contexte n'est pas un acquis.
La valeur ajoutée et l'EBE tirent vers le haut
Une fois déduites les charges externes — loyers et charges locatives (13,6 MDT), entretiens (7,3 MDT), honoraires, publicité, transport sur achats, frais de télécommunication et charges diverses, pour un total de 44,1 MDT —, la valeur ajoutée brute du groupe s'élève à 141,6 MDT, en progression de +14,5 % par rapport aux 123,6 MDT de 2024. C'est un signal positif : la croissance des produits l'emporte sur la croissance des charges externes.
Le poste qui pèse davantage cette année est celui des charges de personnel, qui passent de 76,1 MDT à 86,7 MDT (+13,9 %), reflétant les revalorisations salariales dans le secteur et l'élargissement des effectifs liés à l'extension du réseau. Ce poste représente désormais 10,1 % des revenus. Malgré cette pression, l'excédent brut d'exploitation (EBE) progresse à 50,6 MDT, contre 43,4 MDT en 2024, soit une hausse de +16,8 %. Le taux d'EBE s'améliore légèrement, de 5,8 % à 5,9 % des produits d'exploitation, signe que le groupe génère ses flux opérationnels avec une efficience croissante.
Un résultat d'exploitation en bond de +44,8 %
Les dotations aux amortissements et provisions s'inscrivent en baisse à 22,4 MDT (vs 23,9 MDT en 2024), sous l'effet de la fin d'amortissement de certains actifs incorporels et d'une politique d'investissement plus sélective. Ce phénomène mécanique amplifie la progression du résultat d'exploitation, qui s'établit à 28,2 MDT contre 19,5 MDT en 2024, soit une progression de +44,8 %. Le taux de marge opérationnelle passe ainsi de 2,5 % à 3,2 % des revenus, une amélioration structurelle significative pour un distributeur généraliste dont les marges sont par nature étroites.
Un résultat net pratiquement doublé
En descendant dans le compte de résultat, les charges financières nettes reculent de 9,1 MDT à 7,9 MDT, reflet du désendettement bancaire court terme opéré sur l'exercice. Les produits financiers progressent à 2,9 MDT (vs 2,5 MDT), portés par les revenus de placements et les produits des comptes courants bancaires. En revanche, les autres pertes ordinaires nettes se dégradent sensiblement, passant de 0,9 MDT à 2,9 MDT, sans que les notes annexes n'apportent d'explication détaillée sur cette évolution — un point à surveiller.
Au final, le résultat des activités ordinaires avant impôts atteint 20,3 MDT (+69,7 %). Après impôt sur les bénéfices (4,4 MDT), contribution sociale de solidarité (0,6 MDT) et effet légèrement négatif de l'impôt différé, le résultat net consolidé s'établit à 15,3 MDT. La part revenant au groupe ressort à 14,0 MDT, contre 6,9 MDT en 2024 — soit une progression de +104 %. La marge nette consolidée passe de 0,9 % à 1,6 % des revenus, un niveau qui reste modeste en valeur absolue mais dont la dynamique est indéniable.
Trésorerie : un retournement spectaculaire
Le tableau des flux de trésorerie est sans doute l’élément le plus éloquent de cet exercice. Les flux opérationnels atteignent 72,7 MDT — contre seulement 27,8 MDT en 2024 —, portés par un fort encaissement client (935,8 MDT) et une maîtrise relative des décaissements fournisseurs et de personnel. C'est la démonstration que la rentabilité opérationnelle se traduit désormais en cash réel.
Après les flux d'investissement (-25,7 MDT, dont -19,6 MDT d'acquisitions d'immobilisations) et les flux de financement (-8,7 MDT, solde net de remboursements et de nouveaux tirages d'emprunts), la variation de trésorerie positive de +38,3 MDT porte la trésorerie nette de clôture à +33,0 MDT, contre -5,4 MDT fin 2024. Ce retournement de près de 38 MDT en un seul exercice constitue le signal le plus fort de l'amélioration de la santé financière du groupe.
Endettement : désendettement marqué, rééquilibrage structurel
La lecture du bilan révèle un rééquilibrage important de la structure de financement. Les emprunts bancaires à long terme progressent de 37,3 MDT à 44,6 MDT, traduisant le recours à un financement long plus adapté aux cycles d'investissement du groupe. En contrepartie, les concours bancaires et passifs financiers courants chutent de 64,7 MDT à 39,3 MDT (-25,4 MDT), grâce notamment au remboursement quasi-intégral des concours bancaires court terme (de 29,7 MDT à 0,6 MDT).
La dette financière nette — emprunts court et long terme diminués de la trésorerie — passe ainsi de 77,2 MDT à 35,4 MDT, soit un allègement de plus de 40 MDT en un an. Le ratio dette nette sur EBE s'améliore de 1,8x à 0,7x, plaçant le groupe dans une zone de confort financier qu'il n'avait sans doute pas connue depuis plusieurs exercices.
Une rentabilité financière qui retrouve de l'éclat
Le ROE — retour sur capitaux propres part du groupe — calculé en rapportant le résultat net part du groupe (14,04 MDT) aux capitaux propres moyens consolidés, ressort à 26,7 %, contre environ 15 % en 2024. Ce niveau est remarquable pour un distributeur généraliste tunisien, même s'il convient de le nuancer : il est en partie amplifié par l'effet de levier financier, les capitaux propres restant relativement modestes (59,6 MDT) face à un bilan total de 418,6 MDT.
Ce que ces résultats révèlent — et ce qu'ils laissent en suspens
L'exercice 2025 confirme que SNMVT-Monoprix a franchi un palier. La croissance est soutenue, les marges s'améliorent progressivement, le cash opérationnel est au rendez-vous et l'endettement se résorbe. Ce sont les quatre conditions nécessaires à une trajectoire financière saine, et le groupe les réunit simultanément pour la première fois depuis plusieurs années.
Plusieurs points méritent néanmoins d'être suivis de près.
- La masse salariale croît au même rythme que le chiffre d'affaires, ce qui limitera mécaniquement les gains de marge si la dynamique commerciale venait à ralentir.
- Le gonflement spectaculaire des effets à payer fournisseurs — de 58,0 MDT à 89,9 MDT — soulève des questions sur l'allongement éventuel des délais de règlement, un indicateur de tension sur le besoin en fonds de roulement à surveiller.
- La dégradation des autres pertes ordinaires (de 1,4 MDT à 3,8 MDT) reste inexpliquée dans les notes annexes.
- Enfin, les commissaires aux comptes relèvent une irrégularité formelle persistante : la filiale MONOGROS détient 1,49 % du capital de la société mère SNMVT, en contravention avec l'article 466 du Code des sociétés commerciales — une situation que la gouvernance du groupe devra régulariser.
L'assemblée générale ordinaire, convoquée pour le 17 juin 2026, disposera d'une image financière consolidée en nette amélioration. Elle devra aussi tracer les contours de la prochaine étape de développement d'un groupe qui, au-delà de la grande distribution alimentaire, porte des actifs immobiliers, agroalimentaires et logistiques dont la valorisation consolidée reste à optimiser.


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