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ECONOMIE

BCT et dinar : Sadok Rouai revisite les origines de la souveraineté monétaire tunisienne

BCT et dinar : Sadok Rouai revisite les origines de la souveraineté monétaire tunisienne

À l’occasion du 68ᵉ anniversaire de la Banque centrale de Tunisie, l’économiste Sadok Rouai publie un ouvrage consacré à la naissance de l’institut d’émission et du dinar. Fondé sur les archives de la Banque de France et du Fonds monétaire international, ce travail retrace les négociations, les choix et les contraintes qui ont accompagné la construction de la souveraineté monétaire tunisienne au lendemain de l’indépendance.

Comment la Tunisie s’est-elle dotée de sa propre banque centrale et de sa monnaie nationale ? Derrière les dates fondatrices se dessine une histoire de négociations et de décisions économiques, dans laquelle les autorités tunisiennes, la France et le Fonds monétaire international occupent des places déterminantes. C’est cette histoire que Sadok Rouai explore dans La Genèse de la création de la Banque centrale de Tunisie et du dinar — Le rôle de la France et du FMI, paru chez Arcadia Éditions en septembre 2026.

En 592 pages, l’auteur revient sur les conditions dans lesquelles la jeune Tunisie indépendante a entrepris de maîtriser ses instruments monétaires. Sa démarche propose une lecture progressive de cette conquête : la souveraineté se construit à travers des transferts de compétences, des arbitrages et une appropriation des institutions nécessaires à son exercice.

De l’indépendance politique à la souveraineté monétaire

L’un des fils conducteurs de l’ouvrage est le décalage entre l’accession à l’indépendance politique et la maîtrise effective des leviers monétaires. Au lendemain du 20 mars 1956, la Tunisie demeure liée à un système financier hérité du Protectorat, notamment pour l’émission monétaire, les changes et les réserves.

Selon la lecture développée par Sadok Rouai, la création de la BCT et du dinar s’inscrit dans une démarche par étapes, conforme à l’approche de Habib Bourguiba. Les autorités tunisiennes doivent faire émerger un cadre national tout en négociant la transition avec la France et en mobilisant l’expertise internationale.

L’ouvrage invite ainsi à regarder au-delà de l’acte fondateur pour comprendre le travail institutionnel qui l’a rendu possible : préparer les statuts d’une banque centrale, organiser le transfert du privilège d’émission et définir les modalités de fonctionnement d’une monnaie nationale.

La France et le FMI dans les coulisses de la transition

Le recours aux archives de la Banque de France et du FMI constitue un apport central de cette recherche. Il permet à l’auteur de reconstituer les échanges et les positions des acteurs extérieurs qui accompagnent, ou contraignent, les choix tunisiens.

Le livre retrace notamment les premiers contacts avec le FMI, établis dès novembre 1956, puis les missions de Jan Viktor Mladek en 1957 et 1958. Ses travaux contribuent à la réflexion sur l’organisation de la future banque centrale et sur les principes devant guider son action.

Parallèlement, les discussions avec la France portent sur les conditions du transfert du privilège d’émission. Les travaux de Jean Bolgert et les négociations de 1958 éclairent cette dimension concrète de la construction monétaire : donner à la Tunisie les moyens institutionnels et techniques d’exercer sa souveraineté.

Créée le 19 septembre 1958 et inaugurée le 3 novembre suivant, la Banque centrale de Tunisie apparaît, dans ce récit, comme l’aboutissement d’une phase décisive de négociations et le point de départ d’une nouvelle étape.

Le dinar, une affirmation nationale à l’épreuve des choix économiques

La naissance du dinar prolonge cette transformation. Instituée par la loi du 18 octobre 1958, à raison d’un dinar pour mille francs, la nouvelle monnaie devient l’une des expressions les plus tangibles de l’indépendance.

L’ouvrage s’intéresse également aux décisions qui suivent sa création. Après la dévaluation française de décembre 1958, la Tunisie choisit de ne pas suivre le mouvement. Pour Sadok Rouai, cet épisode met en évidence la rencontre, parfois difficile, entre l’affirmation politique de la souveraineté et les contraintes de l’environnement économique extérieur.

Le récit se prolonge jusqu’à l’ajustement monétaire de 1964 et au premier accord de confirmation avec le FMI. Il montre ainsi que la création d’une monnaie ouvre un processus durable de décisions et d’adaptation.

Un regard nourri par une double expérience institutionnelle

Économiste de formation, Sadok Rouai a commencé sa carrière à la Banque centrale de Tunisie, où il a notamment travaillé aux études, aux relations internationales et à la supervision bancaire. Il a rejoint le FMI en 1987 et y a exercé pendant plus de trois décennies les fonctions de conseiller principal auprès d’un administrateur.

Ce parcours nourrit son intérêt pour les relations entre décisions nationales et environnement monétaire international. Avec ce nouvel ouvrage, il propose aux lecteurs de revenir aux documents et aux négociations qui ont accompagné la naissance de deux institutions centrales de la Tunisie indépendante : sa banque centrale et sa monnaie.

Au moment où la BCT marque son 68ᵉ anniversaire, cette plongée dans ses origines offre l’occasion de mieux comprendre les étapes d’une conquête dont le dinar demeure, dans la vie quotidienne, l’expression la plus familière.

Sadok Rouai, La Genèse de la création de la Banque centrale de Tunisie et du dinar — Le rôle de la France et du FMI, Arcadia Éditions, septembre 2026, 592 pages.

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