Le gouvernement tunisien table sur une croissance de 3,1 % en 2027, après 2,7 % attendus pour l’ensemble de 2026, selon le projet de budget économique cité par l’agence TAP. Ce scénario traduit l’ambition d’une accélération de l’activité, alors que les projections de la Banque mondiale et du FMI dessinent une trajectoire plus modérée. L’enjeu sera de transformer cet objectif en investissements réalisés, en capacités de production supplémentaires et en recettes budgétaires durables.
La Tunisie ambitionne de porter sa croissance économique à 3,1 % en 2027, selon une dépêche de TAP du 16 octobre rapportant les données du projet de budget économique, dont l’agence indique avoir obtenu une copie. Le gouvernement retient également une progression de 2,7 % pour 2026. Ce dernier chiffre constitue une prévision pour l’année entière, et non un résultat définitivement constaté.
L’accélération envisagée atteindrait ainsi 0,4 point de pourcentage entre les deux exercices. Elle suppose que l’économie tunisienne consolide sa reprise et trouve des relais suffisamment solides pour dépasser son rythme actuel.
Les données provisoires des comptes nationaux font ressortir une croissance de 2,4 % au premier semestre 2026, également reprise dans le dernier Tunisia Economic Monitor de la Banque mondiale. L’INS indique, pour le seul deuxième trimestre, une progression du PIB réel de 2,3 % sur un an et de 1,4 % par rapport au trimestre précédent.
Atteindre 2,7 % sur l’ensemble de 2026 demanderait donc un second semestre plus dynamique que le premier. Le scénario retenu pour 2027 prolonge cette perspective d’accélération. Il se distingue toutefois des trajectoires plus prudentes envisagées par les institutions financières internationales.
La comparaison des scénarios fait apparaître un gouvernement plus optimiste que les institutions internationales :
Pour 2027, l’écart atteint ainsi 0,9 point avec la Banque mondiale et 1,1 point avec le FMI. La divergence concerne aussi le sens de l’évolution : le gouvernement prévoit une accélération, tandis que les deux autres scénarios indiquent un ralentissement.
La Banque mondiale relie sa prévision de 2,3 % en 2026 aux répercussions du conflit au Moyen-Orient sur le pétrole et la demande extérieure. Son tableau de projections retient 2,2 % en 2027, puis 2,1 % en 2028. Son résumé souligne qu’une croissance durablement plus élevée suppose des réformes structurelles.
Les performances sectorielles éclairent cette prudence. La Banque mondiale décrit une reprise soutenue par l’agriculture, l’agroalimentaire, les industries mécaniques et électriques ainsi que le tourisme, mais freinée par les difficultés de l’énergie, du textile et de la construction. La croissance globale masque donc des trajectoires contrastées.
Sur le plan économique, cette configuration pose une question centrale : comment élargir la reprise au-delà des secteurs qui la portent déjà ? Une amélioration agricole peut soutenir l’activité, mais demeure exposée aux conditions climatiques. Le tourisme et les industries exportatrices dépendent, pour leur part, de la demande étrangère. Une accélération durable nécessite également une progression de l’investissement productif, une meilleure exécution des projets et un accès au financement compatible avec les besoins des entreprises.
En l’absence d’une consultation directe du projet de budget économique 2027, il serait toutefois prématuré d’attribuer au gouvernement des hypothèses sectorielles précises. L’objectif de 3,1 % devra être apprécié à la lumière des contributions attendues de chaque branche, des investissements programmés et des conditions retenues pour leur réalisation.
Cette discussion dépasse le seul diagnostic conjoncturel. La croissance constitue aussi une hypothèse déterminante pour l’équilibre budgétaire. Une activité inférieure aux attentes peut réduire les bases imposables, peser sur les bénéfices et la consommation, et compliquer la réalisation des recettes prévues.
L’effet n’est cependant ni automatique ni proportionnel : les recettes dépendent aussi de l’inflation, de la composition de la croissance, des mesures fiscales et du recouvrement. Un point de croissance réelle en moins ne peut donc être converti directement en un montant de recettes perdues sans disposer du cadrage budgétaire détaillé.
Dans cette perspective, les scénarios internationaux offrent des références utiles pour tester la résistance du budget. Examiner les conséquences d’une croissance proche de 2 % à 2,2 %, parallèlement à l’objectif de 3,1 %, permettrait d’identifier les marges de financement nécessaires et de mieux protéger les dépenses prioritaires.
L’ambition gouvernementale fixe un cap. Sa crédibilité se mesurera surtout à la capacité de l’économie à mobiliser l’investissement et à diffuser la reprise à davantage de secteurs, tout en préservant les équilibres financiers.
Le projet de budget économique pour 2027 constitue l’un des documents de référence des orientations économiques et sociales de l’État, aux côtés du plan de développement 2026-2030 et des projets de loi de finances et de budget de l’État pour 2027.
Références
- TAP, 16 octobre 2026 : « Projet-Budget économique 2027 : La Tunisie ambitionne une croissance économique de 3,1 % ».
- INS, 15 août 2026 : La croissance économique au deuxième trimestre 2026.
- Banque mondiale : Tunisia Economic Monitor — Tunisia’s Water Challenge: From Scarcity to Resilience, été 2026,
- FMI : World Economic Outlook — Resilience Under Strain, Urgent Choices, octobre 2026.




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