Carthage Cement a publié ses états financiers intermédiaires arrêtés au 30 juin 2026. Le semestre est marqué par un repli du chiffre d'affaires, largement absorbé par une meilleure maîtrise des achats, et par un désendettement net qui conforte la structure financière du cimentier.
Un chiffre d'affaires en repli, une marge qui résiste
Les revenus reculent de 5,7%, à 173,1 MDT contre 183,6 MDT un an plus tôt, le ciment (87,8% du chiffre d'affaires) en étant le principal moteur avec un repli de 8,0%, partiellement compensé par le béton prêt à l'emploi (+18,0%) et le clinker, dont les volumes plus que triplent. Intégrant une production immobilisée en forte hausse (+29,9%, à 5,7 MDT), le total des produits d'exploitation limite son repli à 4,9%, à 178,8 MDT.
Les achats consommés reculent plus vite que les ventes (-10,5%, à 73,4 MDT), tirés par la baisse du petcoke, de l'énergie et des emballages. La marge brute se maintient ainsi quasiment stable en valeur (105,4 MDT, -0,5%) et progresse en taux, de 56,3% à 58,9% des produits d'exploitation courants (53,1% sur l'ensemble de 2025).
De l'EBITDA au résultat net : la maîtrise des coûts compense la hausse des salaires
Malgré une charge de personnel en hausse de 14,9%, l'EBITDA ne recule que de 4,1% (67,4 MDT) et son taux de marge s'améliore légèrement, à 37,7% contre 37,4% un an plus tôt (32,3% sur 2025). Après des dotations aux amortissements en baisse de 4,7% (26,6 MDT), le résultat d'exploitation (EBIT) s'établit à 40,8 MDT, en repli limité de 3,7%, pour un taux de marge de 22,8% contre 22,5% au 30 juin 2025 et 18,0% sur l'exercice 2025 entier (comparaison à nuancer, ce dernier chiffre portant sur douze mois).
Le passage à 25,6 MDT de résultat des activités ordinaires avant impôt (-10,6%) s'explique par des charges financières nettes allégées de 7,7% (-19,6 MDT, grâce à la baisse des intérêts sur emprunts), des produits financiers stables (2,6 MDT) et des produits des placements en repli de 15,9% (1,5 MDT, cohérent avec une trésorerie moyenne plus faible). L'écart provient surtout des autres gains ordinaires, qui chutent de 3,5 MDT à 0,2 MDT : le semestre 2025 avait bénéficié d'un gain exceptionnel de 3,4 MDT lié à la réception gratuite d'une pièce industrielle dans le cadre du règlement amiable des litiges de construction, effet qui ne s'est pas reproduit en 2026.
Résultat net, impôt et rentabilité financière
La charge d’impôt reste marginale (0,4 MDT, taux effectif de 1,6%), la société demeurant sous plusieurs contrôles fiscaux non clôturés (provision de 2,8 MDT au passif). Aucun élément extraordinaire n’apparaît dans les comptes. Le résultat net ressort à 25,2 MDT, en baisse de 10,7%, pour un taux de marge nette de 14,1% (15,0% au 30 juin 2025 ; 10,3% sur 2025) et un bénéfice par action de 0,073 dinar contre 0,082 dinar un an plus tôt.
Le rendement des fonds propres non annualisé s’établit à 7,3%, contre 8,6% au 30 juin 2025. Annualisé simplement, il ressortirait à environ 14,5%, au-dessus du ROE de 12,2% effectivement réalisé sur l’ensemble de 2025.
Bilan : BFR stable, dette en repli
Le besoin en fonds de roulement reste quasi stable à 70,0 MDT (70,5 MDT au 31 décembre 2025, -0,7%), la hausse des stocks et des créances clients étant compensée par celle des avances clients et par un dividende à payer de 22,3 MDT (0,065 DT/action, décidé le 24 juin 2026, payé le 12 août). Les placements et autres actifs financiers progressent à 71,5 MDT (+6,8%), portés à plus de 80% par le compte courant rémunéré détenu auprès de l'actionnaire BINA CORP, tandis que les liquidités reculent à 52,4 MDT (-8,0%).
La dette financière brute (emprunts et concours bancaires) recule de 1,8%, à 291,4 MDT, et la dette nette de 3,1%, à 167,4 MDT au 30 juin 2026 contre 172,7 MDT au 31 décembre 2025 — un désendettement poursuivi malgré le dividende à venir.
Des flux de trésorerie sous pression
Les flux d'exploitation chutent de 45,1% (31,0 MDT contre 56,4 MDT au 30 juin 2025), sous l'effet d'encaissements clients en repli plus marqué que les décaissements fournisseurs. Les flux d'investissement s'accentuent (-17,0 MDT contre -13,0 MDT), tandis que les flux de financement s'allègent (-27,4 MDT contre -35,8 MDT). La trésorerie du semestre se contracte donc de 13,4 MDT, contre une génération de +7,6 MDT un an plus tôt, portant la trésorerie de clôture à 31,7 MDT, en repli de 29,8% par rapport aux 45,2 MDT du 31 décembre 2025.
Conclusion
Carthage Cement traverse un semestre commercialement moins porteur, mais préserve l'essentiel de sa rentabilité grâce à la maîtrise de ses coûts d'achat. Le repli du résultat net tient surtout à la disparition d'un gain exceptionnel de 2025, non à une dégradation structurelle. La société poursuit son désendettement net tout en s'apprêtant à distribuer un dividende, et reste engagée dans plusieurs procédures judiciaires et arbitrales dont l'issue demeure incertaine.


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