Le gouvernement a abandonné l'hypothèse de 3,3 % de croissance retenue pour 2026 et table désormais sur 2,7 %. Devant les commissions des finances de l'ARP et du CNRD, le 28 octobre, le ministre de l'Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, a défendu cette révision, adossée à une croissance de 2,4 % au premier semestre. Les chiffres du premier semestre montrent pourtant que même 2,7 % suppose une accélération nette d'ici décembre.
Une révision déjà actée, désormais assumée devant les élus
La révision n'est pas nouvelle. Le projet de budget économique 2027, déposé à la mi-octobre auprès de l'ARP et du CNRD, ramenait déjà la croissance attendue pour 2026 à 2,7 %, contre 3,3 % dans les estimations initiales, soit un recul de 0,6 point. Le gouvernement y attribue cette correction à la persistance de plusieurs facteurs conjoncturels, tout en soulignant que l'activité poursuit une reprise graduelle.
L'audition du 28 octobre en a livré la justification. Selon le ministre, maintenir le chiffre de 3,3 % sans révision « pourrait induire une image ne reflétant pas fidèlement la réalité », compte tenu des évolutions internationales, régionales et nationales ainsi que de la crise énergétique. Il s'est appuyé sur les résultats préliminaires du premier semestre : 2,6 % au premier trimestre, puis 2,3 % au deuxième, soit une moyenne de 2,4 %.
L'hypothèse initiale de 3,3 % avait été présentée en séance plénière lors de l'examen de la loi de finances 2026. Elle devait alors permettre une hausse du revenu par habitant de 7,4 % sur l'année.
Ce que le premier semestre impose au second
La croissance annuelle correspond, à peu de chose près, à la moyenne des taux trimestriels en glissement annuel. Avec 2,6 % et 2,3 % déjà enregistrés, l'équation du second semestre se pose simplement.
Pour atteindre l'hypothèse initiale de 3,3 %, il aurait fallu une croissance moyenne d'environ 4,2 % aux troisième et quatrième trimestres. C'est 1,7 point de plus que le rythme du premier semestre. L'abandon de ce chiffre relève donc du constat arithmétique.
La nouvelle cible de 2,7 % reste elle-même exigeante. Elle suppose une croissance moyenne proche de 3 % au second semestre, soit environ un demi-point au-dessus du premier semestre et sept dixièmes de point au-dessus du deuxième trimestre. Autrement dit, l'économie devrait accélérer après avoir ralenti entre le premier et le deuxième trimestre.
Si le second semestre se maintenait au rythme du deuxième trimestre, soit 2,3 %, la croissance de l'année s'établirait autour de 2,4 %. L'écart avec la nouvelle hypothèse serait alors de 0,3 point, et de 0,9 point avec l'hypothèse initiale de la loi de finances. Ces calculs restent approximatifs, le résultat exact dépendant du poids de chaque trimestre dans le PIB annuel.
Des moteurs agricoles et industriels face à la contrainte énergétique
Le premier semestre a reposé sur des moteurs identifiés. Lors du Conseil ministériel du 19 août consacré au budget économique 2027, le gouvernement citait la reprise agricole, notamment dans les céréales et l'huile d'olive, la dynamique des industries mécaniques et électriques, la bonne tenue du tourisme et la progression des investissements directs étrangers. La Banque mondiale, dans son dernier bulletin de conjoncture, retient les mêmes ressorts.
Le second semestre s'ouvre sur des vents contraires. Le ministre a lui-même indiqué que le troisième trimestre est affecté par les coupures d'eau et d'électricité, qui pèsent directement sur l'activité industrielle et sur une partie des services. L'environnement énergétique s'est par ailleurs durci : la loi de finances 2026 retenait un Brent moyen de 63,3 dollars, alors que le rapport sur le projet de budget de l'État 2027 évoque un prix moyen pouvant atteindre 90 dollars en 2026.
Le scénario révisé intègre aussi une contribution extérieure défavorable. Les importations de biens et services progresseraient de 10 % en 2026, contre 7,5 % pour les exportations, et le déficit commercial atteindrait 3,9 % du PIB. Le taux d'investissement est estimé à 15,5 % du PIB, l'inflation à 5,3 % et le chômage à 14,9 %.
2027 : un objectif de 3,1 %, lui aussi ramené à la baisse
Pour 2027, le gouvernement vise une croissance de 3,1 %, objectif confirmé par le ministre lors de la même audition. Ce chiffre est inférieur de 0,7 point aux 3,8 % inscrits initialement pour 2027 dans le Plan de développement 2026-2030.
Le budget économique 2027 fait reposer cette accélération sur l'investissement et les exportations. Le taux d'investissement passerait de 15,5 % à 16,4 % du PIB, et les investissements directs étrangers de 4 000 MD à 4 800 MD, soit une hausse de 800 MD (+20 %). Les exportations progresseraient de 8 %, tandis que la croissance des importations ralentirait à 7,9 %. L'inflation reculerait légèrement à 5,2 % et le chômage à 14,5 %, le projet de loi de finances retenant pour sa part un Brent moyen de 80 dollars.
L'objectif 2027 se mesure toutefois au point de départ effectif. Si 2026 se termine autour de 2,4 %, comme le suggère la tendance du deuxième trimestre, atteindre 3,1 % exigerait un gain de sept dixièmes de point d'une année sur l'autre, et non de quatre comme le laisse entendre la comparaison avec 2,7 %.
Le quatrième trimestre comme juge de paix
En ramenant sa prévision à 2,7 %, le gouvernement a aligné son scénario sur une partie seulement du ralentissement observé. Le premier semestre plaide pour une année plus proche de 2,4 %, sauf accélération marquée en fin d'année.
Les comptes du troisième trimestre, attendus dans les prochaines semaines, permettront de mesurer l'impact des coupures d'eau et d'électricité et de dire si la cible de 2,7 % reste atteignable. Leur publication interviendra alors que le Parlement examine le projet de loi de finances 2027, dont les recettes fiscales sont construites sur un objectif de 3,1 %.




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