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ECONOMIE

Énergie : l’indépendance de la Tunisie tombe à 34 % au premier semestre 2026 et 27% sans la redevance

Énergie : l’indépendance de la Tunisie tombe à 34 % au premier semestre 2026 et 27% sans la redevance

Le déficit du bilan d’énergie primaire s’est creusé de 10 % à fin juin, pour atteindre 3,1 millions de tonnes équivalent pétrole. Le recul de la redevance sur le transit du gaz algérien et la hausse de la consommation de produits pétroliers ont pesé davantage que la forte progression de l’électricité renouvelable.

La dépendance énergétique de la Tunisie s’est encore accentuée au premier semestre 2026. D’après la nouvelle note de conjoncture de l’Observatoire national de l’énergie et des mines, les ressources d’énergie primaire ont diminué de 8 % sur un an, tandis que la demande progressait de 3 %.

L’écart entre les ressources disponibles et les besoins du pays a ainsi atteint 3,129 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), contre 2,838 Mtep à fin juin 2025. Le déficit du bilan d’énergie primaire s’est donc aggravé d’environ 10 % en un an.

Cette évolution ne se résume pas à la facture des importations. Elle traduit un déséquilibre physique : la Tunisie produit et reçoit sous forme de redevance une part de plus en plus faible de l’énergie qu’elle consomme. Le taux d’indépendance énergétique est ainsi tombé à 34 %, contre 38 % un an auparavant.

Des ressources en baisse face à une demande croissante

Les ressources d’énergie primaire se sont établies à 1,615 Mtep au premier semestre 2026, contre 1,756 Mtep durant la même période de 2025. Elles ont donc reculé de près de 141 000 tonnes équivalent pétrole.

La production de pétrole brut a diminué de 6 %, passant de 648 000 à 609 000 tep. Les ressources de GPL primaire ont reculé de 12 %, à 55 000 tep. Les ressources gazières, qui regroupent la production nationale (-1%) et la redevance sur le transit du gaz algérien (-27%), ont baissé de 12 %, de 997 000 à 877 000 tep.

Dans le même temps, la demande nationale d’énergie primaire est passée de 4,594 à 4,744 Mtep. Cette progression de 3 % provient principalement des produits pétroliers, dont la consommation a augmenté de 7 %, à 2,420 Mtep.

Les produits pétroliers représentent désormais 51 % de la demande primaire, contre 49 % un an plus tôt. La part du gaz naturel a, en revanche, diminué de 50 % à 47 %, sa consommation ayant reculé de 2 %, à 2,250 Mtep.

La hausse des besoins pétroliers, associée à la diminution des ressources nationales et de la redevance-gaz, explique ainsi l’élargissement du déficit primaire.

Un taux d’indépendance qui tomberait à 27 % sans la redevance-gaz

Le taux d’indépendance énergétique correspond au rapport entre les ressources d’énergie primaire et la consommation primaire. Avec 1,615 Mtep de ressources pour une demande de 4,744 Mtep, il s’établit à environ 34 % au premier semestre 2026.

Ce calcul inclut la redevance perçue par l’État tunisien au titre du passage, sur le territoire national, des gazoducs transportant du gaz algérien vers l’Italie. L’Observatoire considère cette redevance comme une ressource énergétique nationale lorsqu’elle est reçue en nature ou mise à la disposition de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz.

Sans cette redevance, le taux d’indépendance ne serait que de 27 %, contre 29 % à fin juin 2025. Le déficit primaire atteindrait alors 3,440 Mtep, au lieu de 3,129 Mtep dans le calcul qui intègre la redevance.

Cette double présentation permet de distinguer les ressources effectivement produites dans le pays de l’avantage énergétique tiré du transit du gaz algérien. Elle montre également que la dépendance extérieure de la Tunisie est plus importante que ne le suggère le seul taux officiel de 34 %.

La redevance sur le gaz algérien recule de 27 %

La redevance-gaz s’est limitée à 311 000 tep au premier semestre, contre 424 000 tep un an auparavant, soit une diminution de 27 %. Cette baisse de 113 000 tep représente à elle seule environ 80 % du recul total des ressources d’énergie primaire enregistré entre les deux périodes.

Le niveau de la redevance dépend notamment des quantités de gaz algérien transitant par la Tunisie vers l’Italie. Une diminution des flux réduit donc directement la quantité ou la valeur revenant à l’État tunisien.

À fin juin 2026, la totalité de la redevance disponible a été cédée à la STEG. L’Observatoire signale également un dépassement de 41 millions de mètres cubes des prélèvements de l’entreprise publique sur la part revenant à l’État, en cours de régularisation.

Cette comptabilisation énergétique doit être distinguée de celle de la balance des paiements. La Banque centrale classe la redevance-gaz parmi les crédits des services de transport, qu’elle soit versée en espèces ou reçue en nature. En 2024, sa valeur totale avait atteint 1,688 milliard de dinars, dont 230,6 millions sous forme de flux financiers et 1,458 milliard en nature.

Dans le bilan énergétique de l’Observatoire, c’est la quantité de gaz disponible qui est déterminante. Dans la balance des paiements, c’est la valeur économique du service de transit fourni par la Tunisie qui est enregistrée. Les deux traitements répondent donc à des objectifs statistiques différents.

Les achats de gaz algérien compensent la baisse de la redevance

La production nationale de gaz commercial sec a relativement résisté, avec un recul limité à 1 %, de 574 000 à 566 000 tep. Mais cette stabilité ne suffit pas à couvrir les besoins.

Les achats de gaz algérien ont augmenté de 7 %, pour atteindre 1,376 Mtep. Ils représentent désormais 61 % de l’approvisionnement national en gaz, contre 56 % au premier semestre 2025. La production tunisienne en fournit environ 25 %, tandis que la part de la redevance cédée à la STEG est tombée de 19 % à 14 %.

La structure de l’approvisionnement s’est donc déplacée vers des achats payants. La baisse de la redevance ne provoque pas nécessairement une pénurie physique si elle est compensée par des importations supplémentaires, mais elle renforce la dépendance financière de la Tunisie envers le gaz acheté à l’étranger.

La production électrique augmente de 5 %

La production nationale d’électricité a atteint 9 550 gigawattheures (GWh) au premier semestre, contre 9 058 GWh un an auparavant, soit une progression de 5 %. Ce total inclut l’autoproduction renouvelable.

La STEG a produit 8 655 GWh, en hausse de 1 %. Le gaz naturel demeure toutefois la source dominante : il a permis de produire 8 565 GWh, en progression de 2 %, et représente encore 90,8 % du mix électrique national.

La quantité d’électricité disponible pour le marché local, qui additionne la production nationale, les échanges et les achats extérieurs, a augmenté de 4 %, à 10 596 GWh.

Les achats d’électricité auprès de Sonelgaz en Algérie et de la Gecol en Libye se sont établis à 1 016 GWh, contre 1 030 GWh un an plus tôt. Ils ont donc légèrement diminué de 1 %, mais couvrent encore environ 10 % des besoins du marché local. Les flux proviennent principalement de l’Algérie.

L’augmentation de la production nationale n’a donc pas supprimé le recours aux achats extérieurs. Ceux-ci restent nécessaires pour compléter l’offre et équilibrer le réseau, notamment pendant les périodes de forte demande. La pointe électrique a d’ailleurs atteint 4 750 mégawatts à fin juin, en hausse de 5 % sur un an.

Le solaire progresse, mais le gaz domine toujours le mix

La production d’électricité primaire renouvelable a progressé de 57 %, passant de 47 000 à 74 000 tep. Sa part dans la demande d’énergie primaire a ainsi augmenté de 1 % à 2 %. Elle ne représente toutefois que 5 % de l’ensemble des ressources primaires disponibles.

Dans le secteur électrique, la part des renouvelables a atteint 9,2 % de la production nationale, contre environ 6 % au premier semestre 2025. Cette amélioration est principalement portée par le solaire.

La production des centrales photovoltaïques exploitées par des producteurs indépendants est passée de 30 à 290 GWh, soit une hausse de 871 %. L’autoproduction solaire a progressé de 42 %, de 341 à 485 GWh. En revanche, la production éolienne a chuté de 57 %, à 66 GWh, tandis que l’hydraulique est resté marginal avec 6 GWh.

La Tunisie comptait, à fin juin, environ 500 MW de panneaux photovoltaïques installés sur les toitures résidentielles et 130 MW raccordés aux réseaux de moyenne et haute tension dans l’industrie, les services et l’agriculture.

Ces capacités contribuent désormais plus visiblement à la production. Elles restent néanmoins insuffisantes pour modifier rapidement le bilan primaire, car l’électricité renouvelable représente encore une faible part de la consommation énergétique totale, dominée par les produits pétroliers et le gaz.

Une dépendance devenue plus coûteuse et plus structurelle

Le déficit commercial énergétique a atteint environ 7 milliards de dinars au premier semestre, mais ce montant ne constitue que la traduction financière d’un déséquilibre plus profond. Le pays doit satisfaire une demande de 4,744 Mtep avec seulement 1,615 Mtep de ressources comptabilisées, redevance-gaz comprise.

La progression du solaire constitue un signal favorable, mais elle intervient parallèlement à une hausse de la consommation pétrolière, à une baisse de la redevance-gaz et au maintien d’achats importants de gaz et d’électricité.

La réduction de la dépendance énergétique suppose donc plusieurs évolutions simultanées : ralentir le recul de la production nationale d’hydrocarbures, maîtriser la demande de produits pétroliers, accélérer les projets renouvelables et améliorer l’intégration de leur production au réseau.

À court terme, la redevance sur le transit du gaz algérien continuera également de jouer un rôle déterminant. Incluse dans le calcul officiel, elle porte le taux d’indépendance de 27 % à 34 %. Sa baisse montre cependant que la Tunisie ne peut pas considérer cette ressource comme un substitut stable à sa propre production.

Sources : Observatoire national de l’énergie et des mines, « Conjoncture énergétique à fin juin 2026 » et « Conjoncture énergétique à fin décembre 2025 » ; Banque centrale de Tunisie, « Balance des paiements et position extérieure globale de la Tunisie ».

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