Selon le rapport annuel 2025 de la Banque centrale de Tunisie sur la supervision bancaire, l'encours des créances des banques sur le secteur public a atteint 51 569 MD à fin 2025. Il représente désormais près du tiers des actifs du système bancaire et environ trois fois ses fonds propres nets réglementaires.
Un encours en hausse de près de 50 % en deux ans
L'encours des créances des banques sur le secteur public est passé de 34 721 MD en 2023 (chiffre estimé) à 43 027 MD en 2024, soit une hausse de 8 306 MD (+23,9 %). Il a atteint 51 569 MD en 2025, en progression de 8 542 MD (+19,9 %). Le rythme de croissance ralentit légèrement, mais le montant additionnel de 2025 dépasse celui de 2024. Sur deux ans, l'exposition a augmenté de 16 848 MD, soit 48,5 %.
Cette progression est nettement plus rapide que celle du bilan des banques. Le total bilan est passé de 144 179 MD en 2023 à 157 033 MD en 2024 (+12 854 MD, +8,9 %), puis à 167 432 MD en 2025 (+10 399 MD, +6,6 %). Sur deux ans, il a augmenté de 23 253 MD, soit 16,1 %, contre 48,5 % pour l’exposition au secteur public, qui a donc progressé trois fois plus vite.
En conséquence, la part des créances sur le secteur public dans le total des actifs est passée de 24,1 % en 2023 à 27,4 % en 2024, puis à 30,8 % en 2025. Cela représente un gain de 6,7 points en deux ans, dont 3,4 points sur la seule année 2025.
Rapportée à l’augmentation du bilan, la hausse de l’encours public en représente 64,6 % en 2024 et 82,1 % en 2025. Sur l’ensemble de la période, 72,5 % de la croissance des actifs bancaires ont été absorbés par le financement du secteur public.

Les titres de l'État, moteur quasi exclusif de la hausse
La dynamique repose d'abord sur les bons du Trésor et les obligations souveraines. Leur encours est passé de 19 249 MD en 2023 à 26 118 MD en 2024 (+6 869 MD, +35,7 %), puis à 33 328 MD en 2025 (+7 210 MD, +27,6 %). En deux ans, le portefeuille de titres publics détenu par les banques a augmenté de 73,1 %. Il représente désormais 64,6 % de l'exposition totale au secteur public, contre 55,4 % en 2023. En 2025, il explique à lui seul 84,4 % de l'augmentation de l'encours global.
Crédits aux entreprises publiques : une progression régulière
Les crédits accordés aux entreprises publiques progressent à un rythme plus modéré mais continu. Ils sont passés de 12 722 MD en 2023 à 14 432 MD en 2024 (+1 710 MD, +13,4 %), puis à 16 598 MD en 2025 (+2 166 MD, +15,0 %). Leur croissance s'accélère donc en 2025. Leur poids dans l'exposition totale recule toutefois, de 36,6 % en 2023 à 32,2 % en 2025, sous l'effet de l'expansion plus rapide des titres de l'État.
Le rapport de la BCT ne précise pas le taux de créances classées sur ces entreprises. Il n'est donc pas possible de mesurer, à partir de cette source, la qualité de ce portefeuille ni le niveau de couverture qui lui est associé. C'est pourtant sur ce compartiment que se concentre la part la plus importante du risque de crédit lié au secteur public.
Les prêts syndiqués à l'administration en net repli
Les prêts syndiqués accordés à l'administration suivent la tendance inverse. Leur encours est revenu de 2 751 MD en 2023 à 2 477 MD en 2024 (-274 MD, -9,9 %), puis à 1 643 MD en 2025 (-834 MD, -33,7 %). Sur deux ans, il a baissé de 1 108 MD, soit 40,3 %. Il ne pèse plus que 3,2 % de l'exposition totale, contre 7,9 % en 2023. Ce recul traduit l'amortissement progressif de ces concours, alors que le financement de l'État passe de plus en plus par les émissions de titres.
Une exposition équivalente à près de trois fois les fonds propres
Pour la première fois, le rapport rapporte cette exposition aux fonds propres nets réglementaires. Elle en représente 2,9 fois à fin 2025, ce qui correspond à des fonds propres nets d'environ 17,8 milliards de dinars pour l'ensemble du secteur. Les données ne sont pas disponibles pour 2023 et 2024. L'évolution de ce multiple ne peut donc pas encore être mesurée.
Au total, les chiffres de la BCT montrent une place croissante du financement de l'État et de ses démembrements dans les bilans bancaires. Près d'un dinar d'actif sur trois est désormais adossé au secteur public, et cette proportion a augmenté sans interruption depuis 2023.



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