Après s’être détendus par rapport aux sommets atteints durant les années de pénurie, les prix de l’huile d’olive pourraient repartir à la hausse en Europe à partir de l’automne 2026. Les fortes chaleurs, la sécheresse et les incendies qui ont touché plusieurs régions productrices du bassin méditerranéen font peser des incertitudes sur la prochaine récolte.
À ce stade, aucune prévision officielle définitive ne permet toutefois de quantifier la production de la campagne 2026-2027. Le risque de hausse doit donc être considéré comme un scénario possible, dont la réalisation dépendra principalement des rendements en Espagne, mais également en Italie, en Grèce, au Portugal et dans les autres grands pays producteurs, dont la Tunisie.
Une production européenne déjà orientée à la baisse
Dans ses perspectives agricoles à court terme publiées début juillet, la Commission européenne anticipait déjà une diminution de la production d’huile d’olive de l’Union européenne au titre de la campagne 2025-2026. Elle estimait néanmoins que le volume produit resterait supérieur à sa moyenne historique.
De son côté, le Conseil oléicole international avait évalué la production mondiale à environ 3,44 millions de tonnes pour la campagne 2025-2026, soit un recul de 4 % par rapport à la campagne précédente. La production des pays de l’Union européenne était estimée à 2,056 millions de tonnes, en baisse de 3 %, tandis que la consommation mondiale devait progresser de 1 %.
Cet équilibre relativement serré rend le marché particulièrement sensible à toute détérioration des perspectives de récolte. Une baisse significative de la production européenne en 2026-2027 pourrait ainsi provoquer de nouvelles tensions sur les prix à la production, avant de se transmettre progressivement aux prix de détail.
La chaleur fragilise le développement des olives.
La principale source d’inquiétude réside dans les conditions climatiques observées durant l’été 2026. Certaines régions oléicoles du sud de l’Espagne ont enregistré des températures comprises entre 42 et 44 degrés au début du mois de juillet.
Ces fortes chaleurs sont intervenues pendant une phase déterminante du développement des fruits. Elles peuvent accentuer le stress hydrique des arbres, ralentir la croissance des olives et réduire leur teneur en huile, notamment dans les exploitations traditionnelles non irriguées.
L’Espagne occupe une place centrale dans la formation des prix mondiaux, puisqu’elle constitue de très loin le premier producteur et exportateur d’huile d’olive. Toute révision importante de sa récolte est donc susceptible d’avoir des répercussions sur l’ensemble du marché méditerranéen.
Les inquiétudes ne se limitent pas au marché espagnol. Des épisodes de chaleur extrême et des incendies ont également été signalés en Italie, en Grèce et au Portugal. En Sicile, des oliveraies ont été directement détruites par les flammes. Lorsque les arbres eux-mêmes sont touchés, les pertes peuvent concerner non seulement la récolte en cours, mais également les campagnes suivantes, compte tenu du temps nécessaire à la reconstitution du potentiel de production.
Même lorsqu’ils ne détruisent pas directement les vergers, la chaleur, la sécheresse et les incendies peuvent dégrader les rendements, perturber le développement des fruits et favoriser l’apparition de certains parasites ou maladies.
Une hausse possible, mais encore difficile à quantifier
Ces éléments alimentent les anticipations d’une remontée des prix à partir de l’automne, période correspondant au démarrage de la nouvelle récolte dans les principaux pays producteurs de l’hémisphère Nord.
La hausse n’est cependant pas acquise. La récolte européenne d’olives n’a pas encore véritablement commencé et les volumes définitifs resteront dépendants des conditions climatiques des prochaines semaines. Un retour de précipitations suffisantes ou une amélioration des rendements dans certaines zones pourrait atténuer les tensions.
L’évolution des prix dépendra également du niveau des stocks disponibles à la fin de la campagne, du comportement des acheteurs, de la demande internationale et des productions réalisées hors de l’Union européenne.
Il faut aussi distinguer les prix à la production de ceux constatés dans les grandes surfaces. Une augmentation des cours de l’huile en vrac ne se répercute généralement pas immédiatement et intégralement sur les consommateurs. Les entreprises peuvent disposer de stocks achetés antérieurement ou de contrats d’approvisionnement conclus à des prix fixés à l’avance. La transmission aux prix de détail intervient donc souvent avec un décalage de plusieurs mois.
La Tunisie en position de fournisseur stratégique
Pour la Tunisie, une éventuelle remontée des cours internationaux représenterait à la fois une opportunité commerciale et un enjeu stratégique. Le pays figure parmi les principaux producteurs et exportateurs mondiaux d’huile d’olive et constitue un fournisseur important du marché européen.
Selon les dernières indications du Conseil oléicole international, la Tunisie aurait réalisé une production record de l’ordre de 500 000 tonnes durant la campagne 2025-2026, devenant le deuxième producteur mondial derrière l’Espagne.
Cette récolte exceptionnelle s’est traduite par une forte progression des exportations. D’après les données de l’Observatoire national de l’agriculture, la Tunisie a exporté environ 352 000 tonnes d’huile d’olive entre novembre 2025 et fin juin 2026, en hausse de 56,7 % par rapport à la même période de la campagne précédente.
Les recettes correspondantes ont atteint 4,394 milliards de dinars, enregistrant une progression de 45 %. La hausse des recettes, bien qu’importante, est restée inférieure à celle des volumes, ce qui traduit un recul du prix moyen à l’exportation.
Calculé sur la base des données de l’ONAGRI, ce prix moyen ressort à environ 12,5 dinars par kilogramme sur les huit premiers mois de la campagne. Son évolution future sera étroitement liée à la prochaine récolte méditerranéenne et à la situation du marché européen.
Un scénario favorable aux exportateurs tunisiens, sous conditions
Une baisse de la production européenne pourrait renforcer la demande adressée à l’huile d’olive tunisienne et soutenir les prix à l’exportation. Les opérateurs espagnols et italiens ont historiquement recours aux approvisionnements tunisiens lorsque leur propre production se contracte.
Cette situation pourrait contribuer à améliorer les recettes d’exportation de la Tunisie et les revenus de la filière. Elle pourrait également renforcer la contribution de l’huile d’olive aux réserves en devises et à l’équilibre des échanges extérieurs du pays.
L’effet positif dépendra néanmoins du volume encore disponible à l’exportation après une campagne déjà marquée par des expéditions très importantes. Il dépendra surtout du niveau de la prochaine récolte tunisienne, lui-même soumis aux conditions climatiques et pluviométriques nationales.
Par ailleurs, plus de 80 % des quantités tunisiennes continuent d’être exportées en vrac. La Tunisie demeure ainsi fortement intégrée aux chaînes d’approvisionnement européennes, mais ne capte qu’une partie de la valeur créée lors du conditionnement, de la commercialisation et de la distribution sous marque.
Une remontée des cours offrirait donc une opportunité immédiate aux exportateurs, mais elle rappelle également la nécessité de développer davantage les ventes d’huile conditionnée et les marques tunisiennes sur les marchés internationaux.
L’automne donnera les premières indications décisives
Les inquiétudes entourant la prochaine récolte européenne sont fondées sur des risques climatiques réels et documentés. Elles ne permettent cependant pas encore d’affirmer qu’une forte hausse des prix est inévitable.
Les premières estimations fiables de la production 2026-2027, notamment en Espagne, devraient fournir à partir de l’automne une vision plus précise de l’équilibre du marché. Les niveaux de stocks, la qualité des olives et les rendements en huile détermineront alors l’orientation effective des cours.
Pour la Tunisie, l’évolution devra être suivie avec une attention particulière. Une récolte européenne réduite pourrait soutenir les prix et la demande internationale, mais l’ampleur des bénéfices dépendra des disponibilités tunisiennes et de la capacité du pays à mieux valoriser son huile au-delà des exportations en vrac.
Sources : Commission européenne, Conseil oléicole international, Observatoire national de l’agriculture, ministère espagnol de l’Agriculture et données sectorielles disponibles au début du mois d’août 2026.


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