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BOURSE

ICF : l’arrêt de la production pèse sur les marges, les dividendes préservent le résultat semestriel

ICF : l’arrêt de la production pèse sur les marges, les dividendes préservent le résultat semestriel

Les Industries Chimiques du Fluor (ICF) ont traversé un premier semestre 2026 fortement perturbé par les arrêts de production et les difficultés d’approvisionnement en soufre. Si les revenus et les marges opérationnelles se sont nettement contractés, les dividendes issus du portefeuille de participations ont permis à la société de maintenir un résultat net positif.

Au 30 juin 2026, les revenus cumulés d’ICF s’établissent à 64,418 millions de dinars (MDT), contre 104,915 MDT un an auparavant, soit une baisse de 38,6 %. Ils proviennent presque intégralement des ventes de fluorure d’aluminium, qui ont généré 64,202 MDT, auxquelles s’ajoutent 0,216 MDT de ventes d’anhydrite.

Cette évolution reflète avant tout la chute des volumes vendus. D’après les indicateurs d’activité, la production semestrielle a reculé de 61,5 %. Après le redémarrage de l’usine à la fin de mars, consécutif au remplacement d’un tronçon du four, des difficultés d’approvisionnement en soufre, liées aux tensions au Moyen-Orient et à la fermeture du détroit d’Ormuz, ont provoqué un nouvel arrêt en mai. La reprise n’a été que progressive à partir du début de juin. Le deuxième trimestre montre néanmoins une amélioration par rapport au premier, même si son chiffre d’affaires demeure en baisse de 29,9 % sur un an.

Une forte consommation des stocks pour soutenir les ventes

Selon la présentation des charges par nature, les achats consommés au sens strict ont atteint 33,759 MDT. En intégrant le déstockage de la production pour 19,538 MDT, les achats consommés tels que définis pour l’analyse ressortent à 53,297 MDT, contre 80,241 MDT au premier semestre 2025. Leur diminution de 33,6 % est donc moins rapide que celle des revenus.

Ce décalage traduit une dégradation de l’équation économique : l’entreprise a dû puiser fortement dans ses stocks de produits finis et d’encours, alors que le coût de certaines matières premières s’est tendu. ICF indique notamment que le prix du soufre a plus que triplé, dépassant 1 300 dollars la tonne.

La marge brute, calculée par différence entre les revenus et les achats consommés, revient ainsi de 24,674 MDT à 11,121 MDT, soit une contraction de 54,9 %. Le taux de marge brute perd plus de six points, passant de 23,52 % à 17,26 %.

Après déduction de 9,824 MDT de charges de personnel et de 6,218 MDT d’autres charges d’exploitation, l’EBITDA devient négatif à hauteur de 4,921 MDT, contre un EBITDA positif de 7,788 MDT un an plus tôt. La marge d’EBITDA bascule, en conséquence, de 7,42 % à -7,64 %.

Les autres produits d’exploitation, en baisse à 1,296 MDT contre 2,692 MDT, ne suffisent pas à compenser cette détérioration. Après 1,843 MDT de dotations aux amortissements et aux provisions, le résultat d’exploitation ressort à -5,467 MDT, contre +8,020 MDT au 30 juin 2025, soit une dégradation de 13,488 MDT.

Rapportée au total des produits d’exploitation, la marge d’EBIT s’établit à -8,32 %, contre 7,45 % au premier semestre 2025 et 4,00 % sur l’ensemble de l’exercice 2025. Le cœur industriel de l’activité a donc enregistré une perte significative au cours du semestre.

Les dividendes compensent la perte d’exploitation

Le résultat financier s’est en revanche sensiblement amélioré. Les charges financières nettes ont été ramenées de 3,489 MDT à seulement 0,339 MDT. Les pertes de change ont reculé de 5,310 MDT à 1,512 MDT, tandis que les gains de change ont atteint 1,187 MDT. Cette amélioration a toutefois été partiellement atténuée par l’apparition de 0,144 MDT de charges d’intérêts.

Les produits des placements demeurent élevés, à 8,512 MDT contre 8,865 MDT un an auparavant. Ils sont constitués à hauteur de 8,403 MDT de dividendes, auxquels s’ajoutent 0,109 MDT de revenus de placements. Le rapprochement avec le tableau des participations montre que les dividendes proviennent essentiellement d’Attijari Bank, pour 8,094 MDT, et de la BIAT, pour 0,309 MDT. Attijari Bank représente ainsi plus de 96 % des dividendes encaissés.

Ces revenus financiers ont joué un rôle décisif : sans eux, la perte opérationnelle aurait directement pesé sur le résultat semestriel. Après prise en compte de 0,091 MDT d’autres gains ordinaires, le résultat des activités ordinaires avant impôt atteint 2,797 MDT, contre 13,971 MDT au 30 juin 2025, en diminution de 80 %.

La charge d’impôt, composée de l’impôt sur les sociétés et de la Contribution sociale de solidarité, recule de 0,962 MDT à 0,129 MDT. Le résultat net ressort finalement à 2,668 MDT, contre 13,009 MDT un an plus tôt, soit une baisse de 79,5 %. La marge nette est ramenée de 12,40 % à 4,14 %.

Un BFR toujours élevé, mais aucune dette financière à la clôture

Le besoin en fonds de roulement ressort à 61,595 MDT au 30 juin 2026, contre 63,175 MDT à fin décembre 2025, soit une légère diminution de 2,5 %. Les stocks nets ont reculé de 77,599 MDT à 73,747 MDT, tandis que les créances clients ont progressé de 19,256 MDT à 26,958 MDT. Cette hausse des créances, conjuguée au recul des dettes fournisseurs de 23,489 MDT à 21,145 MDT, continue de mobiliser une part importante des ressources de la société.

Les placements et actifs financiers à court terme s’élèvent à seulement 0,038 MDT, contre 0,088 MDT à fin 2025. Les liquidités et équivalents de liquidités diminuent parallèlement de 8,768 MDT à 5,157 MDT. Elles se composent principalement de 3,759 MDT de disponibilités en devises et de 1,393 MDT en dinars.

ICF n’affiche toutefois aucune dette financière brute à la clôture, aussi bien au 30 juin 2026 qu’à fin décembre 2025. La société a encaissé puis intégralement remboursé 21,776 MDT d’emprunts au cours du semestre. Sa dette financière nette demeure ainsi négative, traduisant une trésorerie financière nette positive de 5,195 MDT, contre 8,856 MDT six mois auparavant.

Le tableau des flux confirme cette érosion : la trésorerie a diminué de 3,611 MDT sur le semestre, sous l’effet d’un flux d’exploitation négatif de 9,766 MDT et d’un impact de change défavorable de 0,387 MDT. Les flux d’investissement ont néanmoins dégagé 6,542 MDT grâce aux produits de placements encaissés, malgré 2,034 MDT de décaissements pour acquisitions d’immobilisations.

Enfin, le rendement des capitaux propres, non annualisé, est ramené à 2,35 %, contre 10,96 % au premier semestre 2025.

ICF clôture ainsi un semestre atypique, marqué par une forte contraction industrielle, une consommation importante des stocks et un passage des marges opérationnelles dans le rouge. La solidité du portefeuille de participations et l’absence d’endettement financier ont amorti le choc, mais la qualité des prochains résultats dépendra surtout de la continuité de la production, de la sécurisation des approvisionnements en soufre et de la capacité de la société à restaurer ses marges dans un environnement géopolitique et énergétique toujours tendu.

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