La Banque africaine d'import-export (Afreximbank) et l'Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO) ont officialisé, samedi 31 octobre 2026 à Abuja, la création de la Banque africaine de l'énergie (Africa Energy Bank – AEB). Dotée d'un capital autorisé de 5 milliards de dollars, la nouvelle institution panafricaine entend financer les projets énergétiques du continent, au premier rang desquels le pétrole et le gaz. Ses premières opérations sont attendues au début de l'année 2027.
Une assemblée inaugurale pour poser les fondations
L'annonce a été faite à l'issue de l'assemblée générale inaugurale de la banque, tenue dans la capitale nigériane, selon un communiqué conjoint des deux institutions promotrices. Cette première assemblée a adopté les résolutions fondatrices relatives à la direction et à la gouvernance de l'établissement.
L'Égyptien Helmy Ghazi a été nommé premier président de la banque. Le premier conseil d'administration a également été constitué ; il réunit des représentants des secteurs public et privé ainsi que d'institutions africaines de référence en matière de politiques publiques. La présidence de l'assemblée générale revient, pour un mandat d'un an, au ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, président en exercice du Conseil des ministres de l'APPO.
L'AEB se définit comme une institution financière panafricaine, supranationale et indépendante. Son siège provisoire occupe plusieurs étages de l'Africa Trade Centre d'Abuja, bâtiment d'Afreximbank, dont le gouvernement nigérian avait remis les clés aux promoteurs le 2 février 2026, dans l'attente de la construction d'un siège définitif.
Un capital autorisé de 5 milliards de dollars, une première tranche en cours de mobilisation
Le montant de 5 milliards de dollars correspond au capital autorisé, c'est-à-dire au plafond de fonds propres que la banque est habilitée à lever, et non à un capital effectivement libéré. Le capital souscrit et le capital versé n'ont pas été officiellement communiqués à ce stade.
Selon des informations relayées par la presse ivoirienne, une première tranche de 1,25 milliard de dollars est en cours de mobilisation, dont plus de 500 millions de dollars seraient déjà disponibles. Pour élargir son tour de table, la banque entend attirer des capitaux auprès des États, des compagnies pétrolières nationales, des institutions financières et des investisseurs privés.
Portée à l'origine par les 18 États membres de l'APPO, l'AEB dispose néanmoins d'un mandat panafricain. La priorité sera donnée aux gouvernements ayant ratifié son traité d'établissement, les pays non membres pouvant y accéder à travers des projets de coopération régionale.
Combler le vide laissé par les bailleurs traditionnels
Les promoteurs estiment à environ 200 milliards de dollars les besoins d'investissement énergétique de l'Afrique. Dans le même temps, les financeurs internationaux se désengagent des hydrocarbures : la Banque mondiale ne finance plus l'amont pétrolier et gazier depuis 2019, et la Banque africaine de développement a, elle aussi, cessé d'investir dans les projets liés aux énergies fossiles. C'est en réponse à ce retrait, accéléré au lendemain de la COP26, que le projet de banque a vu le jour.
L'AEB interviendra sur l'ensemble de la chaîne de valeur énergétique : exploration et production, transport, traitement, raffinage et distribution. Le segment intermédiaire, qui comprend les pipelines, les terminaux méthaniers ainsi que le stockage et le traitement du gaz, fait partie de son périmètre.
Trois objectifs sont affichés : renforcer les capacités productives du continent, réduire sa dépendance aux importations de produits pétroliers et développer le commerce intra-africain de l'énergie. Le mandat de la banque inclut également la promotion d'une participation africaine accrue dans le secteur et l'accompagnement d'une transition énergétique « juste », adaptée aux trajectoires propres à chaque pays.
Un lancement plusieurs fois reporté
La création formelle intervient au terme d'un long processus. Annoncé en mai 2022, le projet s'est concrétisé juridiquement le 3 juin 2024 au Caire, avec la signature de l'accord d'établissement et de la charte de la banque par l'APPO et Afreximbank. Le Nigeria a ensuite été retenu, en juillet 2024, pour accueillir le siège de l'institution.
Le démarrage effectif a en revanche été repoussé à plusieurs reprises. Initialement annoncé pour juin 2024, il a successivement été programmé pour le 28 janvier 2025, pour juin 2025, puis pour le 1er juillet 2026. La remise des clés du siège d'Abuja, le 2 février 2026, avait marqué l'entrée dans la phase finale de mise en place, sous l'égide d'une commission de préparation du lancement présidée par l'Algérie.
Prochaine étape : les premiers financements
Avec cette assemblée inaugurale, la Banque africaine de l'énergie dispose désormais d'une existence juridique, d'un siège, d'un président et d'organes de gouvernance. Elle n'est toutefois pas encore opérationnelle : ses premières opérations sont attendues en janvier 2027.
Aucun engagement de financement n'a été annoncé à ce stade. La nouvelle direction devra rendre l'institution opérationnelle, mobiliser des capitaux au-delà de la première tranche et instruire ses premiers dossiers. Le rythme auquel la banque parviendra à transformer son capital autorisé en fonds propres effectifs, puis en financements, déterminera sa capacité à peser sur un besoin d'investissement estimé à quarante fois son plafond de capital.



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