La Tunisie confirme sa capacité à attirer les capitaux étrangers. Selon les derniers chiffres publiés par la FIPA-Tunisia, les investissements internationaux dans le pays ont atteint 1 929,5 millions de dinars à la fin du premier semestre 2026, une performance en nette progression qui relance le débat sur l'attractivité économique du pays.
Une croissance à deux chiffres, portée par l'industrie
D'après les données communiquées par l'Agence de Promotion de l'Investissement Extérieur (FIPA-Tunisia), l'organisme public chargé de prospecter, d'accueillir et d'accompagner les investisseurs étrangers en Tunisie, les flux entrants ont progressé de 11,5 % par rapport à la même période de 2025, et de 41,7 % comparativement à 2024. Sur deux ans, la dynamique est donc particulièrement marquée.
L'essentiel de ce montant est constitué d'investissements directs étrangers (IDE), qui s'élèvent à 1 911,8 millions de dinars, soit près de 99 % du total. Leur répartition sectorielle confirme la physionomie traditionnelle de l'économie tunisienne tournée vers l'exportation :
- industries manufacturières : 72 % des flux ;
- énergie : 19 % ;
- services : 7,7 % ;
- agriculture : 1,3 %.
Le poids de l'industrie manufacturière, déjà dominant au premier trimestre (68,5 % des IDE), s'est encore renforcé au fil du semestre, tandis que la part de l'énergie recule légèrement (elle représentait 22,1 % à fin mars). Ce basculement traduit un regain d'intérêt des investisseurs pour les activités industrielles destinées à l'export.
Le retour des investisseurs de portefeuille
Signal jugé encourageant par la FIPA, les investissements de portefeuille ont bondi de 81,3 % sur un an, pour atteindre 17,7 millions de dinars, une évolution qui prolonge la tendance déjà observée au premier trimestre, où ces flux avaient triplé en un an (14,2 millions de dinars contre 3,6 millions un an plus tôt). Ce type d'investissement reste marginal dans le total des flux, mais son accélération est généralement lue comme un indicateur de confiance des marchés financiers internationaux envers la place tunisienne.
Un rythme de croissance qui ralentit au deuxième trimestre
Ces résultats s'inscrivent dans la continuité du premier trimestre 2026, où la Tunisie avait déjà enregistré 838,6 millions de dinars d'investissements internationaux, en hausse de 18,6 % sur un an et de 74,1 % sur deux ans. Les autorités tunisiennes affichent pour l'ensemble de 2026 un objectif de 4 milliards de dinars d'investissements étrangers, contre environ 3,5 milliards réalisés en 2025.
En rapprochant les deux publications de la FIPA, il est possible d'isoler la performance du seul deuxième trimestre 2026 : il représente 1 090,9 millions de dinars (1 929,5 MD de flux semestriels moins les 838,6 MD du premier trimestre), contre environ 1 023,5 millions de dinars au deuxième trimestre 2025. Le T2 2026 afficherait ainsi une croissance annuelle d'environ 6,6 %, nettement inférieure aux 18,6 % du premier trimestre : le rythme de progression en glissement annuel ralentit sensiblement d'un trimestre à l'autre. En comparaison séquentielle en revanche, les flux du T2 (1 090,9 MD) dépassent de près de 30 % ceux du T1 (838,6 MD), signe que le montant absolu continue de s'accélérer au fil de l'année, même si la comparaison avec 2025 devient moins favorable.
À mi-parcours, la Tunisie reste donc en ligne avec l'objectif annuel de 4 milliards de dinars, mais ce ralentissement du glissement annuel invite à la prudence : l'atteinte de l'objectif dépendra de la capacité du pays à relancer le rythme de croissance sur le second semestre, historiquement marqué par un flux d'annonces d'investissements plus soutenu.
Ce que ces chiffres disent — et ne disent pas — de l'attractivité tunisienne
Au-delà de la communication institutionnelle, plusieurs observateurs économiques appellent à une lecture prudente de ces résultats. Si la progression en valeur est réelle, elle s'inscrit dans un effet de rattrapage après plusieurs années de flux d'IDE atones, marquées par l'instabilité régionale, le resserrement des conditions de financement international et la prudence des investisseurs face au contexte des finances publiques tunisiennes. La concentration très forte sur l'industrie manufacturière traduit aussi la poursuite d'une stratégie ancienne — la Tunisie comme plateforme d'externalisation industrielle pour les marchés européens — plus qu'une diversification vers d'autres secteurs : la catégorie « services » de la FIPA, qui ne se limite pas aux activités à forte intensité technologique ou à haute valeur ajoutée, ne pèse encore que 7,7 % des flux.
Reste que, dans un contexte régional où la concurrence pour capter les capitaux étrangers s'est intensifiée (Maroc, Égypte, pays du Golfe), le fait que la Tunisie affiche sur l'ensemble du premier semestre 2026 une croissance à deux chiffres de ses investissements internationaux par rapport à l'année précédente — même si le rythme ralentit sensiblement d'un trimestre à l'autre, comme vu plus haut — est un signal que la FIPA et le gouvernement ne manqueront pas de valoriser, notamment à l'approche d'échéances comme le Tunisia Investment Forum, où le pays cherche à consolider son image de destination stratégique pour les investisseurs internationaux.
Sources : communiqué FIPA-Tunisia (Facebook, 19 août 2026)


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