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ECONOMIE

Liberté d’investissement : la Tunisie chute à la 164ᵉ place mondiale en 2026

Liberté d’investissement : la Tunisie chute à la 164ᵉ place mondiale en 2026

La Tunisie recule fortement dans le classement mondial de la liberté d’investissement en 2026. Avec un score de seulement 20 points sur 100, le pays se situe au 164ᵉ rang sur 175 économies, contre la 156ᵉ place et 30 points en 2025, selon le classement établi par la plateforme TheGlobalEconomy à partir des données de la Heritage Foundation.

La Tunisie perd ainsi 10 points et huit places en une année, rejoignant le groupe des douze économies les moins bien classées au monde pour cet indicateur. Son score s’établit très en dessous de la moyenne mondiale, qui atteint 53 points en 2026.

Le niveau le plus faible enregistré depuis 1995

La dégradation constatée en 2026 porte le score tunisien à son niveau le plus bas depuis le début de la série statistique, en 1995.

Sur la période 1995-2026, la Tunisie affiche une moyenne de 45 points. Son meilleur résultat, soit 70 points, remonte à 1995. Après avoir obtenu 30 points en 2025, le pays tombe à 20 points en 2026, ce qui représente une diminution d’un tiers de sa note en une année.

La Tunisie partage toutefois ce score de 20 points avec le Bhoutan, la Chine, Haïti, le Liban et le Suriname. La différence de rang entre des pays obtenant exactement la même note doit donc être interprétée avec prudence : elle ne traduit pas nécessairement un écart mesurable dans la qualité de leurs environnements d’investissement.

Le bas du classement est occupé par des économies obtenant entre zéro et 15 points, notamment la Bolivie, Cuba, le Népal, le Turkménistan, le Zimbabwe, l’Iran, le Soudan, l’Érythrée, la Corée du Nord et le Venezuela.

Un écart considérable avec le Maroc

Le classement fait apparaître un contraste particulièrement marqué entre les pays du Maghreb.

Le Maroc obtient 80 points sur 100 et occupe la 17ᵉ place mondiale, contre 75 points et la 20ᵉ position en 2025. Il devance notamment la France, les États-Unis, le Portugal et plusieurs économies émergentes.

L’Algérie, avec un score de 30 points, se classe au 141ᵉ rang mondial. Elle améliore sensiblement sa position par rapport à 2025, année durant laquelle elle n’avait obtenu que 20 points et figurait à la 160ᵉ place.

La Tunisie se retrouve ainsi distancée de 147 places par le Maroc et de 23 places par l’Algérie. L’écart avec le Maroc atteint 60 points, mettant en évidence des appréciations radicalement différentes des régimes d’investissement des deux pays. 

Que mesure réellement la liberté d’investissement ?

L’indicateur de liberté d’investissement constitue l’une des douze composantes de l’Indice de liberté économique élaboré annuellement par la Heritage Foundation, un think tank américain d’orientation conservatrice.

Il ne mesure ni le montant des investissements effectivement réalisés dans un pays ni le rendement obtenu par les investisseurs. Il ne constitue pas non plus un classement des flux d’investissements directs étrangers.

L’indicateur évalue plutôt les restrictions susceptibles de limiter la circulation des capitaux et la capacité des entreprises ou des particuliers à investir librement, aussi bien à l’intérieur du pays qu’au-delà de ses frontières.

La Heritage Foundation part d’un score théorique de 100 points, correspondant à un environnement sans restriction, puis applique des pénalités en fonction de plusieurs critères :

  • le traitement réservé aux investisseurs étrangers ;
  • la complexité du cadre réglementaire ;
  • les restrictions sectorielles ;
  • les limitations applicables à la propriété foncière ;
  • les contrôles de change ;
  • les restrictions sur les transferts et les mouvements de capitaux ;
  • les risques d’expropriation sans indemnisation adéquate ;
  • les problèmes de sécurité ;
  • l’insuffisance des infrastructures nécessaires à l’investissement ;
  • les politiques publiques créant de l’incertitude ou alourdissant le processus d’investissement.

Jusqu’à 20 points supplémentaires peuvent être retranchés lorsque les problèmes de sécurité, les déficiences des infrastructures ou d’autres politiques publiques constituent une charge indirecte importante pour les investisseurs.

Les contrôles de change parmi les facteurs examinés

Dans le cas tunisien, la note doit notamment être rapprochée de la persistance d’un régime de change contraignant, de restrictions sur certains mouvements de capitaux et de procédures administratives complexes.

Ces éléments ne suffisent cependant pas à expliquer, à eux seuls, la baisse de 30 à 20 points. La Heritage Foundation ne publie pas, dans la fiche consacrée à la Tunisie, le détail des pénalités ayant précisément conduit à la perte de dix points en 2026.

Il serait donc excessif d’attribuer cette dégradation à une mesure réglementaire particulière sans disposer de la grille détaillée d’évaluation. L’indice combine plusieurs appréciations qualitatives et utilise différentes sources internationales, parmi lesquelles les publications officielles, les rapports du département d’État américain, les documents de la Banque mondiale, de l’OCDE et du département américain du Commerce.

La fiche 2026 de la Tunisie estime plus généralement que son cadre réglementaire demeure insuffisamment transparent et peu efficient. Elle relève également la rigidité du marché du travail, l’influence persistante des entreprises publiques sur la formation des prix ainsi que les faiblesses du système judiciaire et de la gouvernance.

Un indicateur distinct du classement général de liberté économique

Le classement de la liberté d’investissement ne doit pas être confondu avec l’Indice global de liberté économique de la Heritage Foundation.

Dans ce dernier, la Tunisie obtient un score de 48,1 points en 2026, en baisse d’un point par rapport à 2025. Elle occupe la 156ᵉ place sur 176 pays et la 11ᵉ position parmi 14 économies de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. La Heritage Foundation classe ainsi l’économie tunisienne dans la catégorie des économies « réprimées ».

Le score global résulte de douze composantes. Outre les 20 points attribués à la liberté d’investissement, la Tunisie obtient notamment :

  • 30 points pour la liberté financière ;
  • 54,6 points pour la liberté commerciale ;
  • 59,4 points pour la liberté des affaires ;
  • 55,8 points pour la liberté du travail ;
  • 72,4 points pour la liberté monétaire ;
  • 55,7 points pour les droits de propriété ;
  • 39,7 points pour l’efficacité judiciaire ;
  • 42,1 points pour l’intégrité du gouvernement ;
  • 16 points pour la santé budgétaire.

Le score général tunisien demeure inférieur à la moyenne mondiale de 59,9 points et à la moyenne régionale de 58,6 points.

Un classement à interpréter avec prudence

L’édition 2026 repose principalement sur des données relatives à 2025, compilées jusqu’en janvier 2026. Elle ne constitue donc pas une photographie en temps réel de l’environnement d’investissement au cours de l’ensemble de l’année 2026.

Les décisions réglementaires prises après la clôture de la collecte ne peuvent pas être considérées comme la cause directe de la note publiée. Inversement, d’éventuelles réformes adoptées durant l’année 2026 ne seront pleinement prises en compte que dans une édition ultérieure.

Par ailleurs, l’indice reflète une conception libérale de l’économie, dans laquelle la réduction des contrôles publics, la libre circulation des capitaux et la limitation de l’intervention de l’État sont considérées comme favorables à l’investissement. Il constitue ainsi un signal externe important, mais ne doit pas être utilisé isolément pour évaluer l’attractivité réelle d’un pays.

Un signal défavorable pour l’attractivité tunisienne

Malgré ces précautions, le recul de la Tunisie reste significatif. Il traduit une perception particulièrement défavorable de la liberté laissée aux investisseurs pour engager, transférer et réallouer leurs capitaux.

Pour améliorer durablement son positionnement, la Tunisie devrait agir sur la prévisibilité des règles, la simplification administrative, les délais d’autorisation, la sécurité juridique des investissements et la modernisation progressive du cadre de change. L’enjeu consiste également à garantir un traitement équitable entre opérateurs, à réduire l’incertitude réglementaire et à clarifier les secteurs effectivement ouverts aux capitaux privés et étrangers.

La 164ᵉ place ne signifie pas que la Tunisie ne reçoit plus d’investissements ou qu’aucun projet rentable ne peut y être développé. Elle met toutefois en lumière un décalage préoccupant entre les ambitions affichées en matière d’attractivité et l’appréciation internationale des contraintes auxquelles les investisseurs restent confrontés.

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