En moins d’une semaine, le producteur de protéines d’insectes a perdu l’autorisation d’exploitation de son unité historique de Grombalia. Sa seconde usine, encore en cours de montage à Menzel Bouzelfa, a ensuite été détruite par un incendie consécutif à une intrusion. Dans un communiqué daté du 29 octobre 2026, l’entreprise fait le point sur la situation, annonce des recours et une plainte pénale, et se réserve le droit de poursuivre en justice les auteurs d’allégations qu’elle juge diffamatoires.
nextProtein, société à capitaux étrangers, valorise des coproduits organiques grâce aux larves de mouche soldat noire. Elle en tire des protéines et de l’huile pour la nutrition animale, ainsi que des fertilisants. L’entreprise a publié un communiqué de « clarification des faits » à la suite des événements survenus le 21 octobre dans le gouvernorat de Nabeul. Elle explique vouloir répondre à la propagation, sur les réseaux sociaux et dans certains médias, de nombreuses allégations qu’elle qualifie d’inexactes, calomnieuses et diffamatoires.
Grombalia : une autorisation révoquée sans communication préalable
Implantée en Tunisie depuis près de dix ans, nextProtein exploite à Grombalia, depuis 2020, une unité pilote qu’elle présente comme respectueuse de l’environnement. Selon l’entreprise, ce site n’a fait l’objet d’aucune plainte de riverains en six années d’activité continue. Elle rappelle avoir obtenu l’ensemble des autorisations légales d’exploitation de ses deux sites à l’issue d’un processus administratif qualifié de long, rigoureux et approfondi. Au cours de ce processus, elle dit avoir fourni toutes les justifications scientifiques, la documentation technique et les garanties réglementaires requises. La dernière autorisation remonte à mai 2025.
Cette autorisation a été révoquée par un arrêté du gouvernorat de Nabeul daté du 16 octobre 2026, qui ordonne la suspension de l’activité du site de Grombalia. L’entreprise affirme que la décision a été prise sans communication ni entretien préalable. Elle indique appliquer scrupuleusement les décisions administratives tout en faisant valoir ses droits devant les juridictions compétentes, dans un esprit de « dialogue constructif » avec les autorités de l’État.
Menzel Bouzelfa : une usine détruite avant d’avoir produit
Le soir du 21 octobre, le site de Menzel Bouzelfa a été la cible d’une intrusion, suivie d’un incendie majeur qui a détruit les installations. L’unité était alors en phase de montage des équipements et n’avait jamais démarré d’activité de production. Aucun blessé n’est à déplorer. La direction remercie la Garde nationale et la Protection civile pour leur intervention. Une plainte pénale a été immédiatement déposée, une enquête est en cours et le sinistre a été déclaré aux compagnies d’assurance.
Le même soir, en début de soirée, un habitant de Menzel Bouzelfa est décédé dans un accident de la circulation. nextProtein précise que l’accident s’est produit sur la voie publique, strictement en dehors du périmètre du site, et présente ses condoléances à la famille et aux proches de la victime.
L’entreprise prépare sa riposte judiciaire
Au-delà des procédures administratives et pénales, nextProtein indique avoir fait constater par huissier de justice les allégations diffusées à son encontre. Elle se réserve expressément le droit d’engager toutes les poursuites utiles, au civil comme au pénal. La sécurité physique, la dignité et la sérénité de ses salariés, de ses dirigeants et de leurs familles demeurent, selon elle, sa priorité absolue.
Le communiqué ne donne aucune estimation des pertes matérielles. Il ne dit rien non plus de l’impact de ces événements sur les effectifs ni d’un éventuel calendrier de reprise.
Un projet d’expansion financé il y a moins d’un an
Le site de Menzel Bouzelfa devait accueillir la seconde usine du groupe, d’une capacité de 12 000 tonnes par an. Celle-ci était financée par une levée de fonds de série B de 18 millions d’euros, bouclée en novembre 2025, dont 4 millions d’euros sous forme de dette. Le tour de table avait été co-mené par le fonds Blue Ocean de Swen Capital Partners et par British International Investment (BII), l’institution britannique de financement du développement. BII réalisait à cette occasion sa première opération directe en Tunisie. Les investisseurs historiques Mirova et RAISE Impact avaient également réinvesti.
Une visibilité réduite
Son site historique est à l’arrêt dans l’attente de l’issue des recours, et son unité d’extension a été détruite avant même sa mise en service. L’entreprise ne dispose donc plus, à court terme, d’aucune capacité de production opérationnelle en Tunisie. La suite dépendra de trois éléments : l’issue des recours contre l’arrêté du 16 octobre, les conclusions de l’enquête sur l’incendie et le règlement du sinistre par les assureurs.



Commentaires (0)
Connectez-vous pour commenter.