Le projet de loi de finances 2027 prévoit un déficit de l’État de près de 15 milliards de dinars, un sommet historique en valeur absolue. Rapporté à la richesse nationale, il reste toutefois en deçà du pic atteint en 2020, année de la crise sanitaire.
L’équilibre du budget de l’État pour 2027 repose sur une équation simple. Les recettes propres sont attendues à 53 930 millions de dinars (MD), en progression de 3,3 %. Les dépenses, intérêts de la dette publique compris, atteignent 68 895 MD, en hausse de 8,4 %. Les dépenses progressent ainsi plus de deux fois plus vite que les ressources propres de l’État. Il en résulte un déficit budgétaire hors dons et confiscations de 14 965 MD, soit environ 5 milliards de dollars. C’est le niveau le plus élevé jamais inscrit dans un budget tunisien. Par rapport aux 11,4 milliards de dinars prévus par la loi de finances 2026, le déficit augmente de près de 3,6 milliards de dinars, soit une hausse de 31,7 %.
Un record en valeur, pas en proportion
La lecture change lorsque le déficit est rapporté au PIB. Le déficit prévu représente 7,5 % du PIB nominal de 2027. Ce taux est élevé, mais il n’est pas inédit. En 2020, le déficit avait atteint 11 229 MD, soit 9,4 % du PIB de l’année. L’économie s’était alors contractée sous l’effet de la pandémie.

La trajectoire de long terme aide à situer ce chiffre. En 2009, le déficit hors dons ne dépassait pas 1,6 milliard de dinars, soit 2,7 % du PIB. Il était ensuite tombé à 0,5 % en 2010. Après 2011, il s’est installé durablement entre 4 % et 6,6 % du PIB, avec un pic en 2013 et un autre en 2016-2017, à environ 6 %. L’année 2019 avait marqué un point bas relatif, à 4,1 milliards de dinars et 3,4 % du PIB.
Le choc de 2020 a ensuite fait passer le déficit à un autre ordre de grandeur. Il s’est stabilisé entre 10 et 11,4 milliards de dinars de 2021 à 2024. Exprimé en pourcentage du PIB, il a reculé progressivement : 7,6 % en 2021, 7,9 % en 2022, 7,6 % en 2023, puis 6,3 % en 2024. Ce mouvement a abouti en 2025 au niveau le plus bas de la période post-Covid, soit 9 milliards de dinars et 5,2 % du PIB. La loi de finances 2026 a interrompu cette baisse, avec 11,4 milliards de dinars et 6,1 % du PIB. Le PLF 2027 accentue cette remontée, avec un déficit supérieur d'environ deux tiers à celui de 2025.
Avec les dons, un profil similaire
Le déficit peut aussi être calculé en intégrant les dons et, le cas échéant, les revenus des confiscations et des privatisations. Sur cette base, il atteint 14 615 MD selon le PLF 2027. C’est également un record en valeur absolue, en hausse de 32,7 % par rapport aux 11 milliards de dinars de la LF 2026. Il représente 7,3 % du PIB, contre 10 400 MD et 8,7 % en 2020.

L’écart entre les deux mesures du déficit renseigne sur l’apport des ressources exceptionnelles. Il ressort à 350 MD en 2027, contre plus de 800 MD en 2020. La part des dons et confiscations dans l’atténuation du déficit tend donc à se réduire. L’effort de couverture repose de plus en plus sur l’endettement.
Un besoin d’emprunt de 26,7 milliards de dinars
Le besoin de financement de l’État part du déficit avec dons, soit 14 615 MD. Deux charges s’y ajoutent. La première est le remboursement programmé du principal de la dette publique, qui atteint 13 307 MD en 2027. La seconde correspond aux prêts et avances nets du Trésor, pour 200 MD. On retranche ensuite 1 400 MD d’autres ressources de trésorerie. Le besoin d’emprunt de l’État ressort ainsi à 26 723 MD.
Le service du principal de la dette pèse presque autant que le déficit lui-même. Il représente à lui seul près de la moitié des emprunts à mobiliser. Une part importante des nouveaux emprunts sert donc à rembourser les dettes arrivant à échéance.
Le financement repose principalement sur le marché intérieur, qui doit fournir 19 846 MD, soit près des trois quarts du total. Les financements extérieurs se limitent donc à environ 6,9 milliards de dinars. Au sein de la part intérieure, 9 800 MD proviendraient de la Banque centrale de Tunisie. Cela représente près de la moitié des emprunts intérieurs et plus du tiers du besoin global.
Le PLF 2027 confirme ainsi une orientation déjà visible dans les derniers exercices : le financement de l’État s’appuie de plus en plus sur les ressources domestiques et sur la banque centrale.




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