Le projet du budget économique 2027 inscrit, pour la première fois parmi les orientations assignées au marché financier, le soutien à la finance durable à travers deux mesures : l'adoption d'un système national d'octroi du label « Entreprise verte ou durable » et la création d'un indice de durabilité au niveau de la Bourse et du secteur des assurances. Ces mesures s'insèrent dans un ensemble plus large de réformes visant à élargir le rôle du marché des capitaux dans le financement de l'économie.
Un marché en hausse, mais aux fragilités structurelles
Le document, consacré dans son chapitre « Politique financière et financement de l'économie » aux orientations de la politique financière et monétaire pour 2027, part d'un constat. Le marché boursier a réalisé une performance qualifiée de remarquable au cours des premiers mois de 2026 : le Tunindex a progressé de 44,3 % et la capitalisation boursière de 39,8 % à fin août, et ce malgré les fortes fluctuations enregistrées fin juillet. Le texte y voit le signe de la capacité du marché à absorber les chocs et de la confiance continue des investisseurs.
L'année 2026 a également été marquée par la poursuite de l'adaptation du cadre réglementaire, avec la publication, le 23 janvier 2026, d'un règlement du Conseil du marché financier (CMF) révisant les dispositions relatives à la lutte contre le blanchiment d'argent, le financement du terrorisme et la prolifération des armes. Ce règlement appelle les intermédiaires en Bourse et les sociétés de gestion de portefeuilles de valeurs mobilières pour le compte de tiers à mettre leurs systèmes et procédures internes en conformité. Sur le plan de la gouvernance, les statuts de la Bourse de Tunis ont été amendés le 10 mars 2026 pour intégrer, pour la première fois, deux administrateurs indépendants.
Le budget économique souligne toutefois que, malgré ces résultats, le marché financier nécessite encore des réformes profondes. Il identifie notamment le nombre limité de sociétés cotées et la prédominance du secteur bancaire, qui accapare une part importante de la capitalisation boursière et des volumes de transactions. Le document insiste sur la nécessité d'élargir la base des investisseurs, de renforcer la liquidité du marché et de développer de nouveaux instruments et produits financiers, afin de mobiliser l'épargne nationale vers l'investissement et d'accroître la contribution du marché des capitaux au financement de la croissance.
Cinq axes pour le marché financier en 2027
Le premier axe porte sur le développement du marché et le renforcement de sa capacité à mobiliser l'épargne et à offrir des sources de financement diversifiées. Il passe par l'évolution et la révision du cadre législatif et réglementaire, en cohérence avec les meilleures pratiques et expériences internationales, ainsi que par le renforcement de l'attractivité de la place et l'incitation des entreprises à l'introduction en Bourse.
Le deuxième axe concerne la diffusion de la culture financière et la facilitation de l'accès à l'information. Il est prévu de créer une plateforme numérique d'éducation financière destinée à sensibiliser les investisseurs et les épargnants à leurs droits, aux avantages et aux risques de l'investissement en Bourse ainsi qu'aux mécanismes de protection existants.
Le troisième axe vise à renforcer le rôle du marché financier dans le financement des grands projets et des partenariats public-privé, et à diversifier les instruments de financement de l'État et des collectivités locales à travers le développement du marché obligataire. Il comprend également le développement des produits d'épargne et d'investissement et des organismes de placement collectif, ainsi que la dynamisation du marché secondaire des instruments financiers et monétaires.
Le quatrième axe a trait au soutien de la transparence, en vue de consolider la confiance des investisseurs et des épargnants, et à l'amélioration du fonctionnement du marché par une meilleure coordination entre les différentes composantes du secteur financier : marché monétaire, marché financier et secteur des assurances.
Le cinquième axe, enfin, est consacré à la finance durable. Il prévoit l'adoption d'un système national d'octroi du label « Entreprise verte ou durable » et la création d'un indice de durabilité au niveau de la Bourse et du secteur des assurances. Le document ne détaille pas, à ce stade, les critères d'attribution du label, l'organisme qui en aurait la charge, la méthodologie de l'indice ni le calendrier de mise en œuvre.
Les assurances : catastrophes naturelles, agriculture et conformité
Pour le secteur des assurances, le budget économique 2027 prévoit la poursuite des efforts de développement à travers plusieurs réformes. La principale est l'élaboration d'un projet de loi instituant un régime de couverture des catastrophes naturelles. Ce chantier prolonge les travaux engagés en 2026, notamment la modélisation actuarielle en cours pour fixer les paramètres de la couverture, ainsi que la détermination, attendue au second semestre 2026, de la valeur financière globale du régime en fonction du volume des risques, et l'évaluation de la solidité de ses formules de couverture à travers un « test de résistance » des compagnies d'assurance.
Le document prévoit également la poursuite des travaux techniques relatifs aux exigences de mise en place d'une assurance agricole indicielle, en vue d'élaborer une vision globale des services d'assurance agricole couvrant les risques propres aux activités agricoles.
Les autres mesures relèvent de la conformité : poursuite du traitement des insuffisances du dispositif national de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme dans son volet assurance, révision des conventions conclues avec les bureaux de représentation des sociétés d'assurance et de réassurance étrangères et les succursales non résidentes établies en Tunisie, afin de permettre au Comité général des assurances (CGA) d'exercer son contrôle sur leur activité, ainsi que l'actualisation des mémorandums d'entente conclus entre le CGA et ses homologues étrangers pour y ajouter des clauses de coordination en matière de lutte contre le blanchiment d'argent, le financement du terrorisme et la prolifération des armes.
Une intégration plus étroite des composantes du système financier
Ces orientations s'inscrivent dans l'objectif général fixé par le budget économique à la politique financière et monétaire pour 2027 : renforcer le rôle du système financier dans la mobilisation de l'épargne et son orientation vers le financement des agents économiques, en particulier les jeunes promoteurs et les petites et moyennes entreprises, et instaurer une meilleure complémentarité entre le secteur bancaire, le marché financier et le secteur des assurances, de manière à diversifier les sources de financement et à mieux répondre aux priorités et objectifs de développement.




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