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ECONOMIE

Sans relever son taux directeur, la BCT durcit le ton par la réserve obligatoire

Sans relever son taux directeur, la BCT durcit le ton par la réserve obligatoire

Sans toucher à son taux directeur, maintenu à 7 % depuis le 7 janvier 2026, la Banque Centrale de Tunisie (BCT) resserre sa politique monétaire par la voie des quantités. Par la circulaire aux banques n°2026-11 du 9 octobre 2026, elle porte le taux de la réserve obligatoire sur les dépôts à vue de 1 % à 3 %, soit un triplement, à compter du 1er novembre 2026.

Un relèvement ciblé sur les dépôts à vue

La circulaire n°2026-11, signée par le Gouverneur Fethi Zouhaier Nouri après délibération du Conseil d'Administration du 7 octobre 2026, abroge et remplace l'annexe II.3 du Manuel des opérations de politique monétaire, issu de la circulaire n°2017-02 du 10 mars 2017. Cette annexe fixe le modèle de déclaration de la réserve obligatoire et, surtout, la grille des taux applicables.

La modification porte sur deux rubriques de la situation mensuelle comptable : les comptes à vue (P02010000) et les autres sommes dues à la clientèle (P02990000), d'une durée inférieure à 3 mois. Leur taux passe de 1 % à 3 %, soit une hausse de 2 points de pourcentage.

Le reste de la grille est inchangé. Les comptes spéciaux d'épargne, les autres comptes d'épargne, les comptes à terme, bons de caisse et autres produits financiers, ainsi que les certificats de dépôt, demeurent soumis à un taux de 0 %, quelle que soit leur durée.

Le mécanisme de constitution reste lui aussi identique. La réserve est calculée en moyenne sur la base du solde créditeur quotidien du compte courant à la BCT, du premier au dernier jour du mois qui suit le mois concerné. La réserve de novembre 2026, première soumise au nouveau taux, sera donc constituée en décembre 2026. Toute insuffisance reste pénalisée au taux de la facilité de prêt majoré de 2,5 points, soit 10,5 % sur la base du taux actuel de 8 %.

Une première hausse depuis avril 2010

La décision rompt avec plus de quinze ans de détente sur cet instrument. Le taux appliqué aux dépôts à court terme n'avait plus été relevé depuis la circulaire n°2010-07 du 30 avril 2010, qui l'avait porté à son plus haut historique de 12,5 %.

Entre 2007 et 2010, la BCT avait utilisé la réserve obligatoire de façon active. Fixé à 5 % en novembre 2007, le taux était monté à 7,5 % puis 10 % en 2008, avant de redescendre à 7,5 % en décembre 2008. Il était ensuite remonté à 10 % en février 2010, puis à 12,5 % en avril 2010.

Le mouvement s'est inversé en 2011, dans un contexte de forte tension sur la liquidité bancaire. Le taux a été ramené à 10 % en mars, 5 % en avril, puis 2 % en mai 2011. À cette dernière date, les dépôts à terme, certificats de dépôt et comptes d'épargne ont été exonérés (0 %). Le taux sur les dépôts à vue a été abaissé à 1 % par la circulaire n°2013-20 du 27 décembre 2013, et il y est resté près de treize ans.

Le passage à 3 % ramène ce taux à un niveau supérieur à celui de mai 2011 (2 %), mais encore loin des niveaux de la période 2008-2010.

Une inflation repartie à la hausse

La mesure intervient alors que l'inflation a repris une trajectoire ascendante. Selon l'Institut National de la Statistique, le glissement annuel de l'indice des prix à la consommation est passé de 4,8 % en janvier 2026 à 5,6 % en septembre 2026, soit une hausse de 0,8 point en huit mois.

Le mouvement n'a pas été linéaire. L'inflation a atteint 5,5 % en avril et mai, s'est repliée à 5,1 % en juillet, puis a rebondi à 5,4 % en août et 5,6 % en septembre, son plus haut niveau de l'année. Elle reste toutefois nettement inférieure au pic de 10,4 % enregistré en février 2023.

Dans le même temps, le cadre des taux est resté figé. Le taux directeur est maintenu à 7 % depuis sa baisse de 50 points de base du 7 janvier 2026. Le taux moyen du marché monétaire (TMM) s'établit à 7,00 % en septembre 2026, au sein d'un corridor borné par la facilité de dépôt à 6 % et la facilité de prêt à 8 %.

L'écart entre le TMM et l'inflation, qui mesure le taux d'intérêt réel, s'est ainsi réduit de 2,2 points en janvier à 1,4 point en septembre. La politique monétaire est donc devenue moins restrictive en termes réels, sans que la BCT n'ait modifié ses taux.

Ce que cela change pour les banques

L'effet premier est une ponction sur la liquidité bancaire. Pour chaque tranche de 10 milliards de dinars de dépôts à vue, la réserve requise passe de 100 MD à 300 MD, soit 200 MD supplémentaires à immobiliser sur le compte courant à la BCT.

Cette liquidité immobilisée a un coût d'opportunité. Le cadre réglementaire prévoit que la réserve « peut être rémunérée », mais le modèle de déclaration ne comporte aucune ligne de rémunération. À un TMM de 7 %, 200 MD immobilisés représentent un manque à gagner théorique d'environ 14 MD par an. Pour les banques en besoin de liquidité, la réserve supplémentaire devra être financée, notamment par un recours accru au refinancement de la BCT.

La mesure modifie aussi les coûts relatifs des ressources. Les dépôts à vue, ressource la moins chère des banques, deviennent plus coûteux à détenir, tandis que l'épargne et les dépôts à terme restent exonérés. L'impact sera donc plus marqué pour les établissements dont la structure de ressources repose largement sur les dépôts à vue.

Enfin, la constitution en moyenne mensuelle laisse aux trésoreries une marge de manœuvre au jour le jour. La pénalité de 10,5 % en cas d'insuffisance incite toutefois à anticiper l'ajustement dès la période de constitution de décembre 2026.

Un resserrement par les quantités plutôt que par les prix

Le choix de l'instrument est significatif. En agissant sur la réserve obligatoire plutôt que sur le taux directeur, la BCT réduit la liquidité disponible dans le système sans modifier le signal de taux qu'elle a envoyé en janvier 2026. Elle évite ainsi un relèvement du coût du crédit à l'échelle de toute l'économie.

La mesure vise en priorité la monnaie la plus liquide, celle des dépôts à vue, qui alimente le plus directement la demande. Elle intervient aussi dans un contexte où l'injection de liquidité dans l'économie a été soutenue par les facilités exceptionnelles accordées par la BCT au Trésor depuis 2024.

Plusieurs indicateurs permettront de mesurer l'effet de la décision : l'évolution du volume de refinancement des banques auprès de la BCT à partir de décembre 2026, la tenue du TMM au sein du corridor de 6 % à 8 %, et surtout la trajectoire de l'inflation au cours des prochains mois. Si celle-ci ne se stabilisait pas, la question d'un ajustement du taux directeur pourrait se poser.

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