Au 30 juin 2026, les états financiers de la Société Tunisienne d’Automobiles (STA_P/E 2026e : 15,1x) font apparaître un poste entièrement nouveau : 52,52 millions de dinars de fonds bloqués en couverture de lettres de crédit. Comptabilisée parmi les placements à court terme et autres actifs financiers, cette somme était inexistante au 31 décembre 2025.
Cette évolution ne traduit ni un placement financier classique ni une perte de trésorerie. Elle constitue l’une des premières manifestations comptables de la circulaire de la Banque centrale de Tunisie n° 2026-04 du 26 mars 2026, qui modifie les conditions de financement de certaines importations, dont celles des véhicules de tourisme.
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Une nouvelle condition imposée aux importateurs
La circulaire concerne le financement des importations de produits considérés comme non prioritaires. Son annexe vise expressément les voitures de tourisme et les autres véhicules automobiles principalement conçus pour le transport de personnes.
Le texte ne supprime pas formellement les concours financiers accordés aux importateurs. Il impose toutefois une condition préalable particulièrement contraignante : les banques ne peuvent mettre ces concours à la disposition de leurs clients que si les importateurs constituent des dépôts couvrant la totalité de la valeur des importations envisagées.
L’obligation s’applique indépendamment du mode de règlement utilisé. Elle couvre notamment les crédits documentaires, les remises documentaires, les virements bancaires et les traites, ainsi que les crédits, les avances et les garanties bancaires.
Concrètement, pour obtenir l’ouverture d’une lettre de crédit ou une garantie bancaire relative à l’importation de véhicules de tourisme, l’importateur doit préalablement déposer auprès de sa banque l’équivalent en numéraire de la totalité de l’opération.
Des « fonds propres » qui ne correspondent pas aux capitaux propres comptables
L’expression « sur leurs fonds propres », employée par la circulaire, peut prêter à confusion. Elle ne signifie pas que l’importateur doit augmenter son capital social ou mobiliser exclusivement ses réserves et ses bénéfices accumulés.
L’article 2 définit les fonds propres, pour l’application de cette réglementation, comme les fonds déposés en numéraire par l’importateur auprès de l’intermédiaire agréé.
Il s’agit donc d’une exigence de couverture monétaire préalable. La banque doit constater que l’importateur a effectivement mis à sa disposition les fonds nécessaires avant de lui accorder le concours financier ou la garantie sollicitée.
Il est par conséquent normal de ne pas retrouver une augmentation de 52,52 millions de dinars dans les capitaux propres comptables de STA. Entre le 31 décembre 2025 et le 30 juin 2026, les capitaux propres de la société sont passés de 36,92 à 43,12 millions de dinars, soit une progression de 6,20 millions correspondant au résultat net du semestre. Il n’y a eu ni augmentation du capital ni apport nouveau des actionnaires.
Un transfert de trésorerie à l’intérieur de l’actif
Le blocage des fonds ne crée pas automatiquement une dette nouvelle au passif. Sur le plan comptable, STA transforme une trésorerie libre en une trésorerie affectée.
Avant leur affectation, les sommes sont disponibles sur les comptes bancaires de la société. Lorsqu’elles sont déposées en couverture des lettres de crédit, elles quittent les comptes de trésorerie libre pour être enregistrées parmi les placements à court terme et autres actifs financiers.
Les fonds restent la propriété de STA et demeurent inscrits à son actif. Ils sont toutefois affectés à la couverture des opérations d’importation correspondantes et ne peuvent pas être utilisés simultanément pour d’autres dépenses tant que l’engagement bancaire subsiste.
Cette opération ne nécessite donc pas l’apparition d’une dette de même montant. Sa contrepartie comptable immédiate se trouve dans le mouvement entre deux rubriques de l’actif : une diminution des liquidités et une augmentation équivalente des fonds affectés.
Le tableau des flux de trésorerie de STA confirme cette lecture. Il isole une sortie de 52,52 millions de dinars intitulée « Variation blocage de fonds en couverture des LC ». Cette présentation ne signifie pas que les fonds ont disparu du patrimoine de la société. Elle traduit leur reclassement hors des liquidités et équivalents de liquidités.
D’où viennent alors les 52,52 millions de dinars ?
La réponse ne se trouve pas dans une seule ligne du passif. Les fonds proviennent de la trésorerie globale constituée par STA à travers son activité, le crédit accordé par ses fournisseurs, les avances de ses clients et ses différentes opérations de financement.
Avant la constitution des dépôts, l’exploitation avait généré 47,39 millions de dinars de trésorerie. Ce montant ne correspond pas uniquement au bénéfice réalisé. Il résulte surtout de l’évolution du besoin en fonds de roulement.
La principale ressource provient des fournisseurs et comptes rattachés. Leur montant est passé de 46,30 millions de dinars au 31 décembre 2025 à 87,51 millions au 30 juin 2026, procurant à STA une ressource supplémentaire de 41,21 millions de dinars.
Cette progression est presque entièrement imputable aux fournisseurs étrangers, dont les créances sur STA sont passées de 45,59 à 85,96 millions de dinars. Leur augmentation atteint ainsi 40,37 millions de dinars.
STA a donc bénéficié d’une forte progression du crédit commercial accordé par ses fournisseurs étrangers. Les véhicules et autres produits importés peuvent être comptabilisés dans les stocks ou en stock sous douane alors qu’une partie importante de leur prix demeure due aux fournisseurs. Tant que ces dettes ne sont pas réglées, elles constituent une ressource de trésorerie pour la société.
Les avances et acomptes reçus des clients ont également progressé de 0,56 à 5,87 millions de dinars, apportant 5,31 millions de dinars supplémentaires. La réduction des créances clients a, de son côté, libéré 4,89 millions de dinars.
Ces ressources ont toutefois été partiellement absorbées par l’augmentation des stocks, qui a consommé 13,29 millions de dinars au cours du semestre.
Près de 16 millions de dinars de financements nets supplémentaires
Les opérations de financement ont également contribué à la constitution de la trésorerie nécessaire.
Entre janvier et juin 2026, STA a encaissé 33,74 millions de dinars de financements à court et moyen terme et en a remboursé 17,84 millions. Le financement net reçu atteint ainsi 15,90 millions de dinars.
Cette évolution se retrouve dans les autres passifs financiers, passés de 11,76 millions de dinars au 31 décembre 2025 à 27,68 millions au 30 juin 2026.
À la clôture du semestre, ce poste comprend notamment 11,45 millions de dinars de financements de lettres de crédit, 10 millions de dinars de billets de trésorerie et 6,17 millions de dinars de crédits d’exploitation.
La présence de 11,45 millions de dinars de financements de lettres de crédit ne suffit pas à conclure à une contradiction avec la circulaire. Celle-ci ne prohibe pas les crédits documentaires : elle subordonne leur octroi à la constitution préalable d’un dépôt couvrant la totalité de la valeur de l’importation.
La circulaire exclut également de son champ certaines opérations, notamment celles ayant fait l’objet d’engagements bancaires antérieurs à son entrée en vigueur et dont l’exécution avait déjà commencé. Les états financiers ne permettent pas de distinguer la date, le produit importé et le régime réglementaire correspondant à chaque financement.
Une trésorerie qui augmente malgré le transfert vers les fonds affectés
STA disposait de 11,34 millions de dinars de trésorerie au début de l’exercice. Au cours du premier semestre, la société a dégagé 47,39 millions avant le blocage des fonds et reçu 15,90 millions de financements nets. Elle a parallèlement consacré 2,48 millions de dinars à ses investissements.
Ces mouvements lui ont permis d’affecter 52,52 millions de dinars à la couverture des lettres de crédit tout en portant ses liquidités et équivalents de liquidités à 19,64 millions de dinars au 30 juin 2026.
L’amélioration des liquidités comptabilisées au bilan est donc bien réelle : elles ont progressé de 8,29 millions de dinars par rapport au 31 décembre 2025, malgré le transfert de 52,52 millions vers les fonds affectés.
Une nouvelle composition des ressources de trésorerie
Au 30 juin 2026, les placements à court terme et les liquidités représentent ensemble 72,17 millions de dinars, contre 11,34 millions de dinars de liquidités au 31 décembre 2025.
Sur ce total, 52,52 millions de dinars ont été transférés vers des comptes bloqués en couverture de lettres de crédit, tandis que 19,64 millions demeurent comptabilisés parmi les liquidités et équivalents de liquidités. Les intérêts courus sur les placements ne représentent que 14 mille dinars.
Le blocage n’a donc pas fait disparaître ces ressources et ne constitue pas une perte de trésorerie pour STA. Il en a modifié l’affectation et la présentation comptable. Les sommes concernées restent inscrites à l’actif de la société et sont destinées à couvrir le dénouement des opérations d’importation correspondantes.
Le tableau des flux de trésorerie présente néanmoins ce mouvement comme un décaissement de 52,52 millions de dinars, car les fonds transférés ne répondent plus aux critères de classement parmi les liquidités et équivalents de liquidités. Ils sont dès lors enregistrés séparément dans les placements à court terme et autres actifs financiers.
En l’absence de ce transfert, et toutes choses étant égales par ailleurs, ces 52,52 millions de dinars seraient demeurés dans les comptes de liquidités. La trésorerie de clôture aurait alors atteint approximativement 72,16 millions de dinars, au lieu des 19,64 millions effectivement présentés parmi les liquidités et équivalents de liquidités.
La circulaire de la Banque centrale n’a donc pas réduit le montant total des ressources monétaires détenues par STA. Elle a conduit à en affecter une partie importante à la couverture préalable des lettres de crédit nécessaires aux importations.
Une situation de trésorerie financière nette positive
Au 30 juin 2026, la dette financière brute de STA atteint environ 27,80 millions de dinars. Elle comprend principalement les autres passifs financiers de 27,68 millions de dinars et des emprunts non courants de 127 mille dinars. Aucun concours bancaire n’apparaît à la date de clôture.
En intégrant les placements à court terme de 52,54 millions de dinars et les liquidités de 19,64 millions, STA présente une trésorerie financière nette positive d’environ 44,37 millions de dinars.
Ce calcul reste cohérent avec la présentation comptable du bilan puisque les fonds placés en couverture des lettres de crédit appartiennent toujours à STA et figurent parmi ses actifs financiers.
Il convient néanmoins de compléter cet indicateur par une distinction entre les liquidités non affectées et les sommes destinées à couvrir les opérations d’importation. Cette information permet d’apprécier la composition de la trésorerie sans remettre en cause le calcul principal de la dette financière nette.
Une recomposition profonde du financement des importations
La circulaire de la Banque centrale n’a pas seulement déplacé 52,52 millions de dinars d’une rubrique à une autre. Elle a modifié l’organisation financière du cycle d’importation de STA.
Pour maintenir ses commandes et ses dispositifs de garanties bancaires, la société a dû affecter une somme représentant plus de la moitié du total de son bilan au 31 décembre 2025. Elle a pu répondre à cette exigence grâce, principalement, à la progression du crédit accordé par ses fournisseurs étrangers, aux avances reçues de ses clients, aux flux générés par son activité et à des financements supplémentaires.
Le bilan au 30 juin 2026 porte ainsi la marque directe de la nouvelle réglementation : à l’actif, l’apparition de 52,52 millions de dinars de fonds placés en couverture des lettres de crédit ; au passif, une forte progression des dettes fournisseurs et des autres passifs financiers.
Cette situation ne traduit pas une dégradation de la solvabilité de STA. Elle montre surtout une modification de la composition de ses ressources monétaires. La société affiche à la fois une progression de ses liquidités non affectées et la constitution d’un volume important de dépôts destinés à sécuriser ses importations.
Pour les importateurs automobiles, le principal effet de la circulaire réside ainsi dans l’obligation de constituer préalablement une couverture en numéraire équivalente à la totalité des opérations concernées. Cette exigence accroît les ressources financières à mobiliser pour chaque nouvelle importation et transforme sensiblement la structure de la trésorerie et du besoin en fonds de roulement.


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