Les revenus du travail provenant de l’étranger ont atteint un niveau record de 11,4 milliards de dinars en 2025. Cette progression ne tient toutefois pas uniquement aux transferts financiers. Les apports en nature, constitués principalement de véhicules importés sous le régime FCR, ont bondi de 58,7 % pour représenter près du quart du total. Une dynamique qui s’est poursuivie au cours des sept premiers mois de 2026.
Les revenus du travail occupent une place centrale dans les équilibres extérieurs de la Tunisie. En 2024, ils constituaient la troisième source de recettes enregistrées dans la balance courante, derrière les exportations de biens et les services de fabrication fournis sur des intrants physiques détenus par des tiers.
Depuis 2022, la balance des paiements de la Tunisie est élaborée conformément à la sixième édition du Manuel de la balance des paiements et de la position extérieure globale du Fonds monétaire international, dite « MBP6 ». L’adoption de ce cadre méthodologique s’est accompagnée de la reconstitution d’une série rétrospective couvrant la période 2018-2022.
Dans cette nouvelle présentation, les revenus du travail regroupent deux grandes catégories : les envois de fonds des travailleurs, classés parmi les revenus secondaires, et la rémunération des salariés, enregistrée au titre des revenus primaires. En 2024, les premiers représentaient 85,3 % du total, contre 14,7 % pour la rémunération des salariés.
Ces revenus peuvent également être ventilés selon la forme prise par les apports des Tunisiens résidant à l’étranger : d’un côté, les flux financiers transférés vers la Tunisie et, de l’autre, les apports en nature.
Il convient, par ailleurs, de préciser que les dépenses de séjour en Tunisie des Tunisiens résidant à l’étranger ne sont plus comptabilisées parmi les revenus du travail, comme elles l’étaient sous l’ancien référentiel MBP5. Elles sont désormais intégrées à la rubrique « voyages à titre personnel » et, par conséquent, aux recettes touristiques.
Une progression de 14,9 % en 2025
Les revenus du travail ont connu une accélération notable au cours des deux dernières années. Après une hausse de 12,7 % en 2024, ils ont progressé de 14,9 % en 2025, passant de 9 938,5 millions de dinars à 11 421 millions de dinars.
La communauté tunisienne établie à l’étranger compte environ deux millions de personnes, dont près de 85 % résident en Europe. Cette forte concentration géographique se reflète dans l’origine des transferts : en 2024, l’Union européenne a représenté 83,1 % des revenus du travail reçus par la Tunisie.
Mais la hausse enregistrée en 2025 ne s’explique pas seulement par l’évolution des transferts financiers. Ceux-ci ont atteint environ 8,8 milliards de dinars, en progression de 6 %, un rythme nettement inférieur à celui de l’ensemble des revenus du travail.
La différence provient de la forte montée des apports en nature.
La part des apports en nature a presque doublé depuis 2020.
Les apports en nature se sont établis à 2 659 millions de dinars en 2025, contre 1 676 millions de dinars en 2024 et 1 161 millions de dinars en 2023. Leur progression a ainsi atteint 58,7 % en 2025, après une hausse déjà exceptionnelle de 44,4 % en 2024.

Cette envolée a profondément modifié la composition des revenus du travail. La part des apports en nature, qui ne représentait que 12,5 % du total en 2020, est passée à 16,9 % en 2024, puis à 23,3 % en 2025.
Autrement dit, près d’un dinar sur quatre comptabilisé parmi les revenus du travail en 2025 correspondait à un apport en nature, et non à un transfert financier.
La brochure de la balance des paiements publiée par la Banque centrale de Tunisie précise que cette composante est principalement constituée des importations de véhicules réalisées par les Tunisiens résidant à l’étranger sous le régime fiscal privilégié communément désigné par l’acronyme « FCR ».
Le nouveau régime FCR à l’origine de l’accélération
Selon la Banque centrale, l’envolée des apports en nature observée en 2024 s’explique notamment par les retombées de l’article 24 de la loi de finances pour 2024, qui a renforcé les avantages accordés aux Tunisiens résidant à l’étranger.
Cette disposition leur permet désormais de bénéficier, une fois tous les dix ans, d’une franchise totale ou partielle des droits et taxes dus à l’importation ou à l’acquisition sur le marché local d’un motocycle, d’un véhicule de tourisme ou d’un véhicule utilitaire, y compris les véhicules tout terrain dont le poids total n’excède pas 3,5 tonnes.
Les modalités d’application ont été précisées par le décret n° 2024-370 du 19 juin 2024. Celui-ci prévoit notamment deux possibilités pour les véhicules importés : une franchise totale assortie d’une incessibilité illimitée, ou une franchise partielle permettant la cession du véhicule moyennant le paiement de 25 % ou de 30 % des droits et taxes, selon sa motorisation et sa cylindrée.
Le bénéfice de cet avantage est soumis à plusieurs conditions. Le demandeur doit notamment être âgé d’au moins 18 ans, justifier d’une résidence à l’étranger d’au moins deux années et ne pas avoir séjourné en Tunisie plus de 183 jours par période de 365 jours. Le véhicule importé ne doit pas avoir plus de cinq ans à la date de son entrée sur le territoire tunisien.
Le décret prévoit également que les droits et taxes acquittés dans le cadre de la franchise partielle doivent être financés par des devises importées par le bénéficiaire ou prélevées sur un compte en devises convertibles. Pour une acquisition sur le marché local, le prix du véhicule doit également provenir d’une opération de change ou d’un compte en devises.
Une tendance confirmée en 2026
La dynamique s’est poursuivie au cours des sept premiers mois de 2026. Sur cette période, les revenus du travail ont atteint 6 937 millions de dinars, en hausse de 9,8 % par rapport aux sept premiers mois de 2025.
Dans le même temps, les transferts financiers n’ont progressé que de 5,2 %, pour s’établir à près de 5,3 milliards de dinars. Les apports en nature peuvent ainsi être estimés à environ 1,6 milliard de dinars, contre 1,3 milliard un an auparavant, soit une hausse de 28 %.
Leur poids dans les revenus du travail est ainsi passé de 20,2 % à fin juillet 2025 à 23,6 % à fin juillet 2026.
Les montants relatifs aux apports en nature de 2025 et des sept premiers mois de 2026 ne font pas encore l’objet d’une ventilation directement publiée par la BCT. Ils ont été reconstitués par différence entre, d’une part, le montant global des revenus du travail figurant dans la balance des paiements mensuelle et, d’autre part, les transferts financiers des Tunisiens résidant à l’étranger publiés dans les indicateurs monétaires et financiers quotidiens.
Cette distinction est essentielle pour interpréter correctement l’évolution des revenus du travail. Si leur montant global a fortement augmenté, cette progression traduit de plus en plus la valorisation de biens introduits en Tunisie, principalement des véhicules sous régime FCR, plutôt qu’une hausse équivalente des flux financiers effectivement transférés.
Le régime FCR est ainsi devenu, en l’espace de deux ans, l’un des principaux moteurs de croissance des apports des Tunisiens résidant à l’étranger et un facteur déterminant dans la transformation de leur structure.
Sources : balance des paiements et indicateurs monétaires et financiers quotidiens de la BCT; loi de finances pour 2024 ; décret n° 2024-370 du 19 juin 2024. Calculs et estimations : Tera Finances.


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