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Trésorerie des banques cotées : un retournement de 2,7 milliards de dinars, tiré par le recul des flux d'investissement

Cinquième et dernier volet de notre série sur les banques cotées au 30 juin 2026 : leur capacité à générer du cash.

Trésorerie des banques cotées : un retournement de 2,7 milliards de dinars, tiré par le recul des flux d'investissement

Les douze banques ont généré un flux net de trésorerie positif de 1 363 MDT au premier semestre, contre une consommation de 1 366 MDT un an plus tôt, soit un retournement de 2 729 MDT. Les flux d'exploitation progressent de 20,5 % à 2 697 MDT, mais c'est surtout le repli des décaissements d'investissement, de 2 644 MDT à 379 MDT, qui explique le rebond. Ce retournement est très concentré : la BNA à elle seule en fournit 82 %. La trésorerie de clôture du secteur atteint 1 708 MDT, contre 345 MDT à fin 2025, mais elle est la somme de 9 062 MDT de liquidités détenues par sept banques et de 7 354 MDT de positions débitrices dans cinq autres.

Flux d'exploitation : les dépôts collectés font le cash, trois banques en captent 92 %

Le flux de trésorerie provenant des activités d'exploitation du secteur passe de 2 239 MDT à 2 697 MDT, soit +459 MDT (+20,5 %). Les états de flux des banques en donnent la mécanique. Les dépôts de la clientèle encaissés sur le semestre atteignent 3 754 MDT, contre 2 690 MDT un an plus tôt (+1 063 MDT), et constituent le moteur de la génération de cash, alors que les décaissements nets de crédits s'alourdissent de 167 MDT, de 681 MDT à 848 MDT. Autrement dit, une banque qui collecte plus de dépôts qu'elle n'octroie de crédits dégage naturellement un flux d'exploitation positif.

Ce flux est très concentré. La BNA, dont le flux d'exploitation passe de -465 MDT à +1 109 MDT (+1 574 MDT), voit ses dépôts encaissés bondir de 255 MDT à 1 450 MDT alors que ses décaissements nets de crédits tombent de 559 MDT à 141 MDT. Attijari Bank (749 MDT, +112 MDT) et la BIAT (621 MDT, contre 190 MDT un an plus tôt, grâce à des dépôts encaissés de 706 MDT contre 116 MDT) complètent le podium. Ces trois banques génèrent 2 480 MDT, soit 92 % du flux sectoriel. Amen Bank dégage 497 MDT (-178 MDT), la WIB 75 MDT (+8 MDT) et la STB 6 MDT.

Du côté des banques dont le flux se dégrade, la STB (de 895 MDT à 6 MDT, -888 MDT) et la BH Bank (de 798 MDT à -13 MDT, -812 MDT) perdent l'essentiel de leur flux : la première parce que ses crédits, qui avaient libéré 547 MDT au premier semestre 2025, en consomment désormais 225 MDT, la seconde parce que ses dépôts encaissés tombent de 443 MDT à 181 MDT tandis que ses crédits passent d'un encaissement de 146 MDT à un décaissement de 182 MDT. L'UIB (-205 MDT, à -48 MDT), la BT (-181 MDT, à -98 MDT) et la BTE (-11 MDT, à -32 MDT) suivent la même pente. À l'inverse, l'ATB (de -371 MDT à -4 MDT, +368 MDT) et l'UBCI (de -406 MDT à -165 MDT, +241 MDT) sortent en grande partie du rouge, l'UBCI parce que ses dépôts encaissés (355 MDT contre 156 MDT) financent en partie un crédit qui se développe (-526 MDT). Six banques sur douze affichent ainsi un flux d'exploitation négatif.

Flux d'investissement : les revenus du portefeuille financent ses propres acquisitions

Le flux net affecté aux activités d'investissement passe de -2 644 MDT à -379 MDT, un allègement de 2 265 MDT qui explique 83 % du retournement de la trésorerie du semestre. Les états de flux des banques en révèlent les deux ressorts. D'une part, les acquisitions nettes de titres d'investissement tombent de 3 584 MDT à 1 685 MDT (+1 899 MDT). D'autre part, les intérêts et dividendes encaissés sur le portefeuille d'investissement bondissent de 1 088 MDT à 1 446 MDT (+358 MDT, +32,9 %), ce qui prolonge la hausse des revenus du portefeuille-titres analysée dans l'article 3. Ces encaissements financent désormais 86 % des acquisitions nettes, ce qui permet de comprendre que le portefeuille d'investissement croîsse de 1 915 MDT au bilan avec un flux d'investissement de seulement -379 MDT.

La BNA est l'acteur central du mouvement. Son flux d'investissement passe de -454 MDT à +196 MDT (+650 MDT), ses acquisitions nettes de titres chutant de 763 MDT à 164 MDT alors que ses intérêts et dividendes encaissés atteignent 363 MDT. Attijari Bank passe de -381 MDT à +25 MDT (+406 MDT), ses acquisitions tombant de 453 MDT à 142 MDT pendant que ses encaissements sur portefeuille bondissent de 76 MDT à 176 MDT. La STB voit son flux d'investissement passer de -490 MDT à -34 MDT (+455 MDT), l'ATB le porte de -187 MDT à +45 MDT (+232 MDT) et la BH Bank de -302 MDT à -75 MDT (+227 MDT). Sept banques sur douze affichent un flux d'investissement positif : BNA, UBCI (+83 MDT), ATB, Attijari Bank, BT (+22 MDT), UIB (+12 MDT) et BTE (+8 MDT).

Deux banques continuent en revanche d'investir massivement. La BIAT reste la banque qui investit le plus : son flux d'investissement s'établit à -471 MDT contre -510 MDT, ses acquisitions nettes de titres s'élevant même à 671 MDT contre 630 MDT un an plus tôt. Amen Bank, enfin, voit son flux d'investissement passer de -288 MDT à -172 MDT (+115 MDT), tout en continuant d'acquérir 264 MDT de titres nets contre 379 MDT un an plutôt.

Financement : des dividendes qui pèsent pour l'essentiel

Le flux de financement du secteur reste négatif et quasi stable : -977 MDT contre -944 MDT un an plus tôt (-33 MDT). Il est dominé par les dividendes, que les états de flux des banques permettent d'estimer à environ 851 MDT contre 798 MDT au premier semestre 2025 (+53 MDT), soit 87 % des sorties de financement. Ils correspondent, rapportés au résultat net de 2025 (1 571 MDT), à un taux de distribution d'environ 54 %. La BIAT (245 MDT, stable) et Attijari Bank (210 MDT, stable) sont les deux premiers distributeurs, devant Amen Bank (126 MDT, +11 MDT), la BT (95 MDT, stable) et la BNA (74 MDT, +10 MDT). La STB reprend ses versements (31 MDT, contre zéro un an plus tôt), et l'UBCI (26 MDT) et l'UIB (35 MDT) distribuent légèrement plus.

Les flux de financement des banques divergent sur la dette. La BIAT réduit sa sortie nette de 156 MDT à 48 MDT (+108 MDT), grâce à des emprunts nets de 199 MDT contre 90 MDT un an plus tôt, ce qui correspond à la hausse de 246 MDT de son encours d'emprunts et ressources spéciales analysée dans l'article 2. À l'inverse, la BH Bank voit son flux de financement se dégrader de -47 MDT à -166 MDT (-119 MDT), avec environ 150 MDT de sorties liées aux emprunts, et la STB de -102 MDT à -140 MDT (-38 MDT), avec 110 MDT de remboursements. Attijari Bank passe de -176 MDT à -211 MDT (-35 MDT). L'UBCI (de -32 MDT à +13 MDT) et l'ATB (de -41 MDT à +7 MDT) sortent du négatif grâce à de nouvelles ressources, et la WIB bascule de +26 MDT à -10 MDT.

La ligne « autres », qui recouvre l'effet des variations de change sur la trésorerie, reste marginale : elle passe de -16 MDT à +22 MDT (+39 MDT), essentiellement chez la BIAT (+11 MDT, contre -25 MDT) et la BH Bank (+11 MDT).

Flux net de la période : la BNA fait basculer le secteur dans le positif

Le flux net de trésorerie du secteur, c'est-à-dire la variation des liquidités sur le semestre, passe de -1 366 MDT au premier semestre 2025 à +1 363 MDT au premier semestre 2026. Les quatre composantes du retournement de 2 729 MDT sont l'investissement (+2 265 MDT), l'exploitation (+459 MDT), la ligne « autres » (+39 MDT) et le financement (-33 MDT).

La BNA est l'acteur du semestre : son flux net passe de -1 029 MDT à +1 205 MDT, soit un retournement de 2 233 MDT qui représente 82 % de celui du secteur. Attijari Bank passe de +79 MDT à +564 MDT (+484 MDT), la BIAT de -502 MDT à +114 MDT (+615 MDT) et l'ATB de -599 MDT à +48 MDT (+647 MDT), tandis que l'UBCI réduit sa consommation de 360 MDT à 70 MDT (+290 MDT) et la BTE de 73 MDT à 29 MDT (+44 MDT). Amen Bank génère 173 MDT (contre 258 MDT, -85 MDT) et la WIB 49 MDT (contre 78 MDT).

Dans l'autre sens, quatre banques passent du positif au négatif ou aggravent leur situation. La BH Bank passe de +458 MDT à -243 MDT (-701 MDT), la STB de +303 MDT à -169 MDT (-471 MDT), l'UIB de +99 MDT à -87 MDT (-186 MDT) et la BT de -80 MDT à -190 MDT (-110 MDT). Six banques sur douze consomment ainsi de la trésorerie au premier semestre 2026 (BH Bank, BT, STB, UIB, UBCI et BTE), comme un an plus tôt, mais ce ne sont plus les mêmes : la BNA, l'ATB et la BIAT ont quitté ce groupe, la BH Bank, la STB et l'UIB l'ont rejoint.

Trésorerie de clôture : 1 708 MDT, solde de deux mondes

La trésorerie de fin de période du secteur s'établit à 1 708 MDT au 30 juin 2026, contre 345 MDT au 31 décembre 2025 : +1 363 MDT, soit un niveau près de cinq fois supérieur, et un contraste marqué avec la position négative de -685 MDT observée au 30 juin 2025. Ce chiffre agrégé est toutefois un solde net entre deux groupes de banques très dissemblables.

Sept banques détiennent des liquidités positives, pour 9 062 MDT au total. La BIAT en détient 3 422 MDT, soit 38 % du total, en hausse de 114 MDT depuis fin 2025, devant Attijari Bank (1 960 MDT, +563 MDT), l'UIB (1 159 MDT, -87 MDT), l'ATB (1 063 MDT, +48 MDT) et la STB (896 MDT, -169 MDT). La BT (286 MDT, -190 MDT) et la WIB (276 MDT, +48 MDT) ferment la marche. À l'autre extrémité, cinq banques présentent une trésorerie négative, c'est-à-dire un recours net au refinancement, pour 7 354 MDT au total. La BNA, avec -5 292 MDT, en concentre 72 %. Elle a pourtant amélioré sa position de 1 205 MDT depuis fin 2025, de -6 497 MDT à -5 292 MDT, grâce notamment à la collecte de dépôts. La BH Bank la suit avec -1 501 MDT (une dégradation de 243 MDT), puis l'UBCI (-188 MDT, contre -118 MDT), la BTE (-188 MDT, contre -159 MDT) et Amen Bank (-186 MDT, contre -359 MDT, une amélioration de 173 MDT).

La lecture de la trésorerie de clôture s'éclaire ainsi par ce qui a précédé : les banques qui ont le mieux collecté (BNA, Attijari Bank) reconstituent leurs liquidités, tandis que celles dont le flux d'exploitation s'est dégradé (BH Bank, STB, UIB, BT) voient les leurs diminuer.

Ce que dit le premier semestre 2026

Ce cinquième article boucle la série par ce qui compte pour une banque, le cash. Les banques cotées ont collecté des dépôts, distribué environ 850 MDT de dividendes, financé leurs acquisitions de titres avec les revenus de leur portefeuille et reconstitué leur trésorerie, mais cette embellie repose sur peu de banques : la BNA, Attijari Bank et la BIAT génèrent 92 % des flux d'exploitation, la BNA seule 82 % du retournement du flux net. Six banques sur douze consomment encore de la trésorerie.

Au terme de cette lecture, le semestre des banques cotées se résume en cinq traits. Une collecte de dépôts solide (+3,9 %) et de qualité, tirée par les dépôts à vue. Un crédit à l'arrêt (+0,4 % net), au profit d'un portefeuille-titres dont les revenus (+20,1 %) portent désormais le PNB. Des charges opératoires portées par les salaires, qui font monter le coefficient d'exploitation à 48,6 %. Un coût du risque en hausse de 13 % qui absorbe presque tout le gain d'exploitation, et un résultat net (+2,7 %, 891 MDT) qui doit sa hausse à des éléments ordinaires, avec une seule banque en perte, l'ATB. Un ROE de 6,43 % sur le semestre, en léger recul. Douze banques, donc, mais trois trajectoires : celles qui gagnent en rentabilité, celles qui la maintiennent, et celles, ATB, BH Bank et STB, dont les résultats se dégradent.

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