Valeur sélectionnée :

Sociétés Analyses financières Technique
Publicité
Publicité
BOURSE

Tunisair : l’écart se creuse entre les revenus passagers et les charges d’exploitation

Tunisair : l’écart se creuse entre les revenus passagers et les charges d’exploitation

Au premier semestre 2026, Tunisair affiche une progression de son activité commerciale, avec davantage de passagers transportés et une amélioration de plusieurs indicateurs opérationnels. Mais cette dynamique est largement éclipsée par la forte augmentation des coûts. Alors que les revenus passagers ne progressent que de 2,1 %, les principales charges d’exploitation retenues dans notre analyse bondissent de près de 20 %. Résultat : l’écart entre ces revenus et ces charges, encore légèrement positif au premier semestre 2025, devient fortement négatif en 2026.

Les revenus passagers progressent de seulement 2,1 %

Au cours des six premiers mois de 2026, Tunisair a généré 724 millions de dinars (MD) de revenus passagers, contre 709 MD durant la même période de 2025, soit une progression de 2,1 %. Les chiffres monétaires publiés par la compagnie sont provisoires.

Cette hausse s’accompagne d’une progression plus importante du trafic. Tunisair a transporté 1,197 million de passagers, contre 1,156 million au premier semestre 2025, soit une augmentation de 3,5 %.

La croissance du nombre de voyageurs est ainsi supérieure à celle des revenus qu’ils génèrent. La recette moyenne par passager recule d’ailleurs légèrement, passant de 613 dinars à 605 dinars, soit une baisse de 1,3 %.

Le coefficient de remplissage s’établit à 74 %, contre 74,8 % un an auparavant, tandis que la part de marché de Tunisair progresse légèrement, de 21,8 % à 22,3 %.

Une nette amélioration de l’utilisation de la flotte

Plusieurs indicateurs témoignent parallèlement d’une amélioration de l’exploitation de la flotte.

Le taux de ponctualité, correspondant aux vols accusant moins de 15 minutes de retard, atteint 47 %, contre 42 % au premier semestre 2025, soit une amélioration de 5 points.

L’utilisation moyenne de la flotte progresse encore plus fortement, passant de 7,50 à 9,42 heures par jour et par avion, soit une hausse de près de 26 %.

Cette amélioration intervient alors que le nombre d’avions en exploitation reste inchangé à 19 appareils. La composition de la flotte évolue néanmoins : Tunisair dispose de 7 avions en propriété, contre 5 au premier semestre 2025, tandis que le nombre d’appareils en leasing financier passe de 5 à 3. Les 9 appareils exploités en location longue durée restent inchangés.

Les charges augmentent près de dix fois plus vite que les revenus passagers

C’est toutefois du côté des coûts que se situe la principale évolution du semestre.

Les huit postes de charges retenus dans notre analyse — assistance au sol, catering, redevances aéroportuaires, loyers d’avions, assurances avions, entretien et réparation, carburant et personnel — atteignent ensemble 840 MD au premier semestre 2026, contre 702 MD durant la même période de 2025.

Ils augmentent ainsi de 138 MD, soit 19,7 % en un an, alors que les revenus passagers n’ont progressé que de 15 MD, soit 2,1 %.

Cette divergence modifie radicalement l’équilibre observé entre ces deux agrégats.

Au premier semestre 2025, les 709 MD de revenus passagers permettaient encore de couvrir les 702 MD de charges retenues, laissant un écart positif de 7 MD.

Un an plus tard, Tunisair génère 724 MD de revenus passagers, mais supporte 840 MD de charges, faisant apparaître un écart négatif de 116 MD.

En douze mois, cet écart s’est donc dégradé de 123 MD.

Il ne s’agit pas du résultat d’exploitation comptable de Tunisair, puisque cette comparaison porte uniquement sur les revenus passagers et les postes de charges sélectionnés, sans prendre en compte les autres produits et charges de la compagnie. Elle met néanmoins clairement en évidence le décrochage entre l’évolution des revenus générés par le transport de passagers et celle des principaux coûts d’exploitation.

Carburant et maintenance expliquent l’essentiel du dérapage

Deux postes concentrent l’essentiel de cette hausse.

Les dépenses de carburant atteignent 242 MD au premier semestre 2026, contre 165 MD un an auparavant. Elles augmentent ainsi de 77 MD, soit 46,7 %.

Tunisair explique cette évolution notamment par la flambée du Brent et l’élargissement du crack spread entre le prix du pétrole brut et celui du kérosène Jet A-1 au deuxième trimestre 2026. Selon la compagnie, le prix moyen de la tonne de Jet A-1 a quasiment doublé durant cette période.

Les charges d’entretien et de réparation enregistrent une augmentation encore plus spectaculaire : elles passent de 15 MD à 60 MD, soit une multiplication par quatre.

À eux seuls, le carburant et l’entretien génèrent ainsi 122 MD de charges supplémentaires par rapport au premier semestre 2025.

Les autres évolutions sont plus contenues. Les dépenses d’assistance au sol passent de 69 à 79 MD, celles de catering de 20 à 22 MD, les redevances aéroportuaires de 232 à 235 MD et les charges de personnel de 106 à 114 MD. À l’inverse, les loyers d’avions diminuent de 91 à 84 MD, tandis que les assurances restent stables à 4 MD.

Les coûts financiers portent l’écart à 170 MD

La pression ne s’arrête pas aux charges d’exploitation retenues.

Les charges financières atteignent 23 MD au premier semestre 2026, contre 13 MD un an auparavant, soit une hausse de près de 77 %. Les redevances de leasing financier diminuent parallèlement de 39 à 31 MD.

Ces deux postes représentent donc ensemble 54 MD, contre 52 MD au premier semestre 2025.

En les ajoutant à l’écart de -116 MD entre les revenus passagers et les principales charges d’exploitation retenues, l’écart cumulé atteint ainsi -170 MD au premier semestre 2026.

Au premier semestre 2025, le même calcul aboutissait à -45 MD : +7 MD entre revenus passagers et charges retenues, auxquels s'ajoutaient 52 MD de charges financières et de redevances de leasing financier.

En un an, l’écart cumulé s’est donc dégradé de 125 MD.

L’endettement remonte à 728 MD

La structure financière reste également sous pression. Pour l’effectif, l’endettement et la liquidité, la comparaison est effectuée avec la situation à fin 2025.

L’endettement atteint 728 MD à fin juin 2026, contre 674 MD à fin décembre 2025, soit une augmentation de 54 MD ou 8 %. Tunisair explique cette hausse par la mise en place de nouveaux crédits en 2025 et au début de 2026.

La trésorerie évolue néanmoins favorablement : les liquidités et équivalents de liquidité atteignent 153 MD, contre 121 MD à fin 2025, soit une progression de 32 MD ou 26,4 %.

Dans le même temps, l’effectif poursuit sa diminution. Tunisair compte 2 465 employés, contre 2 586 à fin 2025, soit 121 salariés de moins et une baisse de 4,7 %.

Le trafic progresse, mais l’écart entre revenus et charges se creuse

Le premier semestre 2026 met ainsi en évidence un paradoxe pour Tunisair. La compagnie transporte davantage de passagers, améliore sa part de marché, sa ponctualité et surtout l’utilisation de sa flotte. Mais ces progrès opérationnels ne suffisent pas à absorber l’accélération des coûts.

Le constat est particulièrement visible lorsqu’on rapproche les revenus passagers des principales charges d’exploitation : l’écart passe de +7 MD au premier semestre 2025 à -116 MD au premier semestre 2026.

Et après prise en compte des charges financières et des redevances de leasing financier, il passe de -45 MD à -170 MD.

La problématique centrale pour Tunisair ne semble donc plus être seulement celle du volume de trafic. Avec des revenus passagers en hausse de 2,1 % face à des charges d’exploitation retenues en progression de près de 20 %, le véritable enjeu réside désormais dans la capacité de la compagnie à contenir ses coûts, en particulier ceux du carburant et de la maintenance, afin que l’amélioration de l’activité puisse se traduire par une amélioration de ses équilibres économiques.

0 Connectez-vous pour aimer et mettre en favori.

Commentaires (0)

Connectez-vous pour commenter.