Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage tunisien s’est replié de 15 % à 14,9 %. Cette amélioration apparente ne s’accompagne cependant pas d’une progression de l’emploi : le nombre estimé de personnes occupées a diminué de 58 200 en trois mois. Le recul du chômage tient principalement à la contraction de la population active, qui compte 77 500 personnes de moins. Une évolution qui soulève plusieurs interrogations sur les sorties du marché du travail, en particulier chez les femmes.
Les indicateurs de l’emploi et du chômage publiés par l’Institut national de la statistique (INS) au titre du deuxième trimestre 2026 présentent une situation à première vue paradoxale. Entre les deux premiers trimestres de l’année, la Tunisie compte à la fois moins de personnes occupées et moins de chômeurs. Dans le même temps, le taux de chômage diminue légèrement.
Cette configuration n’est pourtant pas contradictoire. Elle s’explique par une contraction importante de la population active, c’est-à-dire de l’ensemble formé par les personnes qui travaillent et celles qui sont sans emploi, mais qui en recherchent activement un et sont disponibles pour travailler.
La légère baisse du taux de chômage ne traduit donc pas une amélioration généralisée du marché du travail. Elle intervient alors que le nombre estimé d’occupés recule et qu’une part plus importante de la population en âge de travailler se retrouve en dehors de la population active.
Une population active en baisse de 77 500 personnes
Au deuxième trimestre 2026, la population active tunisienne est estimée à 4,1905 millions de personnes, contre 4,268 millions au premier trimestre. Elle a ainsi diminué de 77 500 personnes, soit une contraction de 1,8 % en trois mois.
Cette baisse est d’autant plus notable que la population âgée de 15 ans et plus a continué d’augmenter. Elle est passée de 9,2985 millions à 9,3758 millions de personnes entre les deux trimestres, soit une progression d’environ 77 300 personnes.
Le taux d’activité, qui rapporte la population active à la population âgée de 15 ans et plus, est ainsi revenu de :
- 45,9 % au premier trimestre 2026 ;
- à 44,7 % au deuxième trimestre ;
- soit une diminution de 1,2 point de pourcentage.
Autrement dit, sur 100 personnes âgées de 15 ans et plus, moins de 45 participent désormais au marché du travail, soit en occupant un emploi, soit en en recherchant activement un.
Par différence, le nombre estimé de personnes inactives âgées de 15 ans et plus serait passé d’environ 5,031 millions à 5,185 millions, ce qui représente une augmentation proche de 155 000 personnes.
Cette variation ne signifie cependant pas nécessairement que 155 000 personnes précédemment actives sont devenues inactives au cours du trimestre. Une partie de l’augmentation provient également de la croissance estimée de la population âgée de 15 ans et plus. Par ailleurs, l’Enquête nationale sur l’emploi mesure des stocks de population à deux périodes différentes et ne suit pas individuellement le parcours de chaque personne.
Le nombre estimé d’occupés recule de 58 200
Le nombre de personnes occupées s’est établi à 3,5681 millions au deuxième trimestre 2026, contre 3,6263 millions au trimestre précédent.
Le stock estimé d’occupés a donc diminué de 58 200 personnes, soit 1,6 %, en trois mois.
Cette variation doit être formulée avec précision. Elle ne signifie pas nécessairement que 58 200 postes de travail ont été détruits. L’enquête mesure le nombre de personnes considérées comme occupées pendant une courte période de référence, généralement une semaine. Elle ne comptabilise pas directement les créations et les suppressions de postes intervenues au cours du trimestre.
Des emplois ont pu être créés tandis que d’autres disparaissaient. Certaines personnes ont pu quitter leur emploi, être remplacées ou changer de situation professionnelle. La diminution de 58 200 correspond donc à une variation nette du nombre estimé de personnes occupées, et non à un décompte administratif de postes supprimés.
Elle indique néanmoins que le deuxième trimestre ne s’est pas caractérisé par une augmentation globale de la population en emploi.
Comment les occupés et les chômeurs peuvent-ils diminuer simultanément ?
La population âgée de 15 ans et plus est répartie, au regard du marché du travail, entre trois grandes catégories :
- les personnes occupées ;
- les chômeurs ;
- les personnes inactives.
Selon la méthodologie de l’INS, une personne est considérée comme chômeuse si elle est sans travail, recherche un emploi et est disponible pour travailler. Une personne sans emploi qui ne remplit pas l’ensemble de ces critères est classée parmi les inactifs.
Une personne qui perd son emploi ne devient donc pas automatiquement chômeuse au sens statistique. Si elle ne recherche pas activement un nouveau travail, n’est pas immédiatement disponible, reprend des études, part à la retraite, se consacre principalement aux tâches ménagères ou quitte durablement le marché du travail, elle peut être classée parmi les inactifs.
Au deuxième trimestre 2026, la diminution de la population active se décompose ainsi :
- 58 200 personnes occupées de moins ;
- 19 300 chômeurs de moins ;
- soit environ 77 500 actifs de moins.
Le nombre d’occupés et celui des chômeurs peuvent donc parfaitement diminuer simultanément si le nombre de personnes classées en dehors de la population active augmente.
Cela ne permet toutefois pas d’affirmer que les 58 200 personnes qui ne figurent plus parmi les occupés sont toutes devenues inactives. Entre les deux périodes, certains occupés ont pu devenir chômeurs, certains chômeurs retrouver un emploi, tandis que d’autres personnes sont entrées dans la population active ou en sont sorties.
Il s’agit de mouvements bruts que les données agrégées publiées par l’INS ne permettent pas de reconstituer.
Pourquoi le taux de chômage diminue-t-il ?
Le taux de chômage est calculé en rapportant le nombre de chômeurs à la population active. Au premier trimestre 2026, la Tunisie comptait 641 700 chômeurs pour 4,268 millions d’actifs, soit un taux de chômage de 15 %.
Au deuxième trimestre, le nombre de chômeurs est revenu à 622 400, tandis que la population active s’est contractée à 4,1905 millions de personnes. Le taux de chômage s’est ainsi établi à 14,9 %.
Cette légère baisse s’explique par le fait que le nombre de chômeurs a diminué de 3 %, soit plus rapidement que la population active, qui a reculé de 1,8 %.
Elle ne résulte donc pas d’une progression du nombre d’occupés. Il s’agit d’une baisse du chômage dans un marché du travail qui s’est simultanément contracté.
Une évolution également visible sur un an
Une comparaison entre deux trimestres successifs peut être influencée par la saisonnalité de certaines activités, notamment dans l’agriculture, le commerce, les services ou les activités familiales.

La note méthodologique de l’INS indique que l’échantillon est réparti sur l’ensemble de l’année afin de mieux prendre en compte les variations saisonnières. Elle ne précise toutefois pas que les résultats trimestriels diffusés sont corrigés des variations saisonnières.
Il est donc utile de compléter la comparaison trimestrielle par une évolution sur un an.
Entre le deuxième trimestre 2025 et celui de 2026 :
- la population active a diminué d’environ 69 400 personnes ;
- le nombre d’occupés a reculé de 40 700 ;
- le nombre de chômeurs a diminué de 28 700 ;
- le taux d’activité est revenu de 46,2 % à 44,7 % ;
- le taux de chômage a baissé de 15,3 % à 14,9 %.
La contraction de l’activité et du nombre d’occupés ne se limite donc pas à la comparaison avec le premier trimestre 2026. Elle apparaît également en glissement annuel.
Une contraction presque entièrement concentrée chez les femmes
La ventilation par sexe révèle l’un des résultats les plus marquants du trimestre.
La population active masculine est restée presque stable, autour de 2,888 millions de personnes. En revanche, la population active féminine est passée d’environ 1,379 million à 1,303 million, soit une baisse proche de 76 000 femmes actives.
Le taux d’activité masculin a diminué de 63,9 % à 63,3 %, tandis que celui des femmes a reculé beaucoup plus fortement :
- 28,9 % au premier trimestre ;
- 27,1 % au deuxième trimestre ;
- soit une baisse de 1,8 point.
La même divergence apparaît au niveau de l’emploi. Le nombre d’hommes occupés a augmenté d’environ 14 000, pour atteindre 2,546 millions. À l’inverse, le nombre de femmes occupées a reculé de près de 72 000, à 1,0221 million.
La totalité de la diminution nette du nombre d’occupés s’explique donc statistiquement par la baisse de l’emploi féminin, que la progression observée chez les hommes n’a que partiellement compensée.
Cette évolution se retrouve dans les taux de chômage :
- le taux de chômage masculin a diminué de 12,3 % à 11,8 % ;
- celui des femmes a augmenté de 20,7 % à 21,6 %.
La baisse du taux de chômage national masque ainsi une dégradation de la situation des femmes actives.
Retraites, découragement, migration : des hypothèses, pas encore des conclusions
Plusieurs phénomènes peuvent théoriquement expliquer la diminution de la population active.
Les sorties à la retraite
Les départs à la retraite entraînent une sortie de l’emploi et, le plus souvent, de la population active. Le vieillissement progressif de la population tunisienne peut donc contribuer structurellement à la baisse du taux d’activité.
La publication trimestrielle ne présente cependant pas l’évolution des actifs et des occupés par tranche d’âge. Il est donc impossible d’évaluer la contribution exacte des retraites à la diminution observée.
Le découragement dans la recherche d’emploi
Une personne sans emploi qui renonce à en rechercher activement un n’est plus comptabilisée parmi les chômeurs, même si elle souhaiterait travailler. Elle rejoint alors la population inactive ou la main-d’œuvre potentielle.
La réforme méthodologique introduite en 2019 permet à l’INS d’identifier les personnes disponibles pour travailler mais ne recherchant pas activement un emploi, ainsi que les situations de découragement.
Ces données ne figurent toutefois pas dans la publication trimestrielle. Le recul du nombre de chômeurs est compatible avec des sorties liées au découragement, mais il ne permet pas d’en mesurer l’importance.
L’émigration
Le départ à l’étranger de personnes qui travaillaient ou recherchaient un emploi en Tunisie peut également réduire la population active résidente.
Le questionnaire de l’enquête recueille des informations sur la migration interne et externe. Mais les indicateurs publiés ne permettent pas d’établir un lien direct entre les mouvements migratoires et la baisse de 77 500 actifs.
L’émigration constitue donc une explication possible, mais non démontrée par la publication du deuxième trimestre.
Les études et les responsabilités familiales
La poursuite d’études, la santé, les responsabilités familiales, les difficultés de garde des enfants et les tâches ménagères peuvent aussi conduire certaines personnes à ne plus participer au marché du travail.
Cette hypothèse mérite une attention particulière compte tenu de la forte contraction de l’activité féminine. Mais, là encore, seule une ventilation des sorties d’activité selon leur motif permettrait de déterminer si les obligations familiales expliquent une partie significative de cette évolution.
Des données complémentaires que l’INS gagnerait à publier
La note méthodologique montre que l’Enquête nationale sur l’emploi recueille des informations plus détaillées que celles figurant dans la publication trimestrielle. Elle couvre notamment les raisons de l’absence d’emploi, la disponibilité, le découragement, la migration et la population active potentielle.
La publication de ces données permettrait de mieux interpréter la contraction actuelle du marché du travail.
Plusieurs informations seraient particulièrement utiles :
- les mouvements entre emploi, chômage et inactivité ;
- les motifs de sortie de la population active ;
- le nombre de personnes découragées ;
- la main-d’œuvre potentielle ;
- la variation des actifs et des occupés par âge et par secteur ;
- les effets de la migration ;
- les intervalles de confiance associés aux estimations ;
- la méthode d’actualisation des pondérations démographiques ;
- la base de sondage actuellement utilisée ;
- le caractère brut ou corrigé des variations saisonnières des séries.
La note publiée en août 2026 ne fait état d’aucune réforme spécifique introduite entre le premier et le deuxième trimestre. Elle rappelle néanmoins que le plan de sondage, la taille de l’échantillon, les questionnaires et les méthodes de collecte ont évolué au fil du temps.
Elle ne précise pas si les estimations de 2026 intègrent les résultats du Recensement général de la population et de l’habitat de 2024. Elle ne fournit pas non plus de marges d’erreur permettant d’apprécier la significativité statistique des variations trimestrielles.
Le chômage des jeunes recule, celui des diplômés augmente.
Le taux de chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans a diminué de 37,5 % à 35,4 % entre les deux premiers trimestres de 2026.
Cette amélioration de 2,1 points reste insuffisante pour modifier le constat structurel : plus d’un jeune actif sur trois demeure au chômage.
Le taux atteint :
- 34,6 % chez les jeunes hommes ;
- 37,1 % chez les jeunes femmes.
La situation s’est, en revanche, nettement détériorée pour les diplômés de l’enseignement supérieur. Leur taux de chômage est passé de 24,2 % à 26,6 %, soit une augmentation de 2,4 points.
L’écart entre les sexes est particulièrement important :
- 14,2 % chez les hommes diplômés ;
- 35,6 % chez les femmes diplômées.
Plus d’une femme diplômée active sur trois se trouve ainsi au chômage, contre environ un homme diplômé sur sept. Ces chiffres confirment les difficultés persistantes d’insertion professionnelle des diplômées et l’inadéquation entre une partie des qualifications disponibles et les besoins du marché.
Une évolution contrastée entre milieux urbain et rural
Le taux de chômage rural a reculé de 16,5 % à 15 % entre les deux premiers trimestres de 2026.
Dans le même temps, le taux urbain a augmenté de 14,4 % à 14,8 %.
La convergence des deux taux ne résulte donc pas d’une amélioration uniforme. Elle combine une baisse sensible du taux rural et une légère dégradation en milieu urbain.
La diminution du chômage rural pourrait être liée à des mouvements saisonniers dans l’agriculture ou à une contraction de la population active. En l’absence de données détaillées sur les volumes d’emploi et d’activité par milieu, il reste impossible de départager ces explications.
Une baisse du taux de chômage à interpréter avec prudence
Le recul du taux de chômage de 15 % à 14,9 % constitue une amélioration statistique, mais sa portée économique demeure limitée.
Trois évolutions dominent le deuxième trimestre 2026 :
- la population active compte 77 500 personnes de moins ;
- le nombre estimé d’occupés diminue de 58 200 ;
- le taux d’activité recule de 1,2 point, à 44,7 %.
Le principal enseignement du trimestre ne réside donc pas dans la baisse d’un dixième de point du taux de chômage, mais dans la contraction de la participation au marché du travail, avec une concentration particulièrement forte chez les femmes.
Le défi pour l’économie tunisienne ne consiste pas uniquement à faire baisser le nombre de chômeurs au sens statistique. Il est également de créer suffisamment d’opportunités professionnelles, de maintenir les personnes dans l’activité et de permettre à celles qui souhaitent travailler de rechercher effectivement un emploi.
En l’état des informations disponibles, les retraites, le vieillissement, le découragement, les responsabilités familiales, la migration et la saisonnalité peuvent tous contribuer à l’évolution observée. Mais aucun de ces facteurs ne peut être présenté comme l’explication principale sans données complémentaires.
La baisse du chômage au deuxième trimestre 2026 doit donc être lue avec prudence : le taux recule légèrement, mais le nombre de personnes qui travaillent diminue également et le marché du travail tunisien compte sensiblement moins d’actifs.


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