Valeur sélectionnée :

Sociétés Analyses financières Technique
Publicité
Publicité
ECONOMIE

FMA-Tunisie : une reprise qui s'affermit, sous la vigilance des tensions régionales

D'après les projections du Fonds monétaire arabe (FMA)

FMA-Tunisie : une reprise qui s'affermit, sous la vigilance des tensions régionales

Dans son rapport « Perspectives de l'économie arabe 2026 », publié le 29 juillet 2026, le Fonds monétaire arabe dresse le portrait d'une Tunisie qui, après plusieurs années de convalescence, consolide progressivement sa trajectoire de croissance. L'exercice n'a rien d'anodin : il s'inscrit dans un contexte régional troublé par les tensions géopolitiques qui secouent le Moyen-Orient depuis fin février 2026, avec leur cortège de perturbations sur le commerce, les chaînes d'approvisionnement et les prix de l'énergie. Non productrice de pétrole, la Tunisie y apparaît moins directement exposée que ses voisins exportateurs d'hydrocarbures, sans pour autant échapper aux ondes de choc qui traversent l'économie mondiale.

Une croissance qui retrouve son souffle

Le redressement se lit d'abord dans les chiffres. Après une quasi-stagnation à 0,2 % en 2023, puis un timide 1,6 % en 2024, l'économie tunisienne aurait accéléré à 2,5 % en 2025 selon les estimations du Fonds, qui table désormais sur une poursuite de cette dynamique : 2,6 % en 2026, puis 2,7 % en 2027. Une progression modeste au regard des standards internationaux, mais qui dessine une ligne ascendante régulière, à contre-courant du ralentissement attendu pour l'ensemble des pays arabes importateurs de pétrole en 2026, avant leur rebond commun projeté à 5,0 % en 2027.

Cette embellie repose sur plusieurs moteurs sectoriels convergents. La valeur ajoutée agricole s'est nettement améliorée, portée par des conditions climatiques plus clémentes, tandis que les industries agroalimentaires et les industries mécaniques et électriques poursuivent leur dynamisme. Le secteur des services, en particulier celui lié au tourisme, contribue lui aussi à ce raffermissement progressif. Pour soutenir cette trajectoire, les autorités ont renforcé les dispositifs de sécurité alimentaire et d'approvisionnement agricole : extension des capacités de stockage, soutien aux semences et aux engrais, et réformes du système de distribution destinées à fluidifier la circulation des produits entre producteurs et marchés.

L'accélération attendue en 2027 devrait, quant à elle, s'appuyer davantage sur la mise en œuvre du Plan de développement 2026-2030, dont les grands axes visent à simplifier les procédures administratives, accompagner les porteurs de projets et les entrepreneurs, faire reculer le chômage, et accélérer l'exécution des projets locaux ainsi que la modernisation des infrastructures. Ce plan constitue, aux yeux du Fonds, le principal relais de croissance pour les années à venir, au-delà du simple effet de rattrapage conjoncturel.

Une inflation en repli, mais qui résiste à s'effacer

Sur le front des prix, la Tunisie enregistre une troisième année consécutive de décrue inflationniste : de 9,3 % en 2023, l'inflation est retombée à 7,0 % en 2024, puis à environ 5,3 % en 2025. Le Fonds monétaire arabe estime que les perturbations commerciales et la hausse des coûts de transport et de fret liées aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient ne devraient pas peser significativement sur les prix tunisiens, dont le niveau resterait globalement proche des niveaux actuels sur l'horizon 2026-2027.

Les données infra-annuelles de l'Institut national de la statistique apportent toutefois une nuance à ce scénario apaisé. Au premier trimestre 2026, l'inflation en glissement annuel s'établissait à 4,9 %, avant de remonter à 5,5 % en avril, sous l'effet conjugué de la hausse des prix des produits alimentaires et de l'habillement. À ces pressions ponctuelles s'ajoutent des facteurs plus structurels, que le rapport prend soin de souligner : l'expansion de la masse monétaire et l'accroissement de l'offre de monnaie qui en découle, mais aussi la complexité persistante du système de distribution et la multiplicité des intermédiaires entre producteurs et consommateurs, qui continuent de renchérir le prix final des produits. Sur ces bases, le Fonds anticipe une inflation proche de 5,7 % à la fin de l'année 2026, un palier qui devrait se maintenir quasiment à l'identique en 2027.

Une politique monétaire délibérément prudente

Face à ces pressions inflationnistes renouvelées, la Banque centrale de Tunisie a choisi la prudence : elle a maintenu son taux directeur inchangé à 7,0 % fin mars 2026, refusant tout assouplissement précipité tant que les signaux sur les prix restent mêlés. Cette posture s'inscrit dans un mouvement plus large observé chez plusieurs banques centrales de la région, qui privilégient la stabilité à la relance à court terme, dans un environnement mondial marqué par une volatilité accrue des prix de l'énergie et des matières premières.

Une trajectoire qui reste à consolider

Au final, le diagnostic du Fonds monétaire arabe dessine une économie tunisienne qui avance, mais sans précipitation : une croissance qui se redresse progressivement sans encore renouer avec ses potentiels d'avant-crise, une inflation qui recule mais peine à quitter durablement le seuil des 5 %, et une banque centrale qui privilégie la retenue. Dans ce contexte, la capacité du pays à concrétiser les réformes structurelles inscrites dans le Plan de développement 2026-2030 — simplification administrative, appui à l'entrepreneuriat, modernisation des infrastructures — apparaît comme la variable déterminante pour transformer cette convalescence en reprise durable, et pour permettre à la Tunisie de se rapprocher du rythme de croissance projeté pour l'ensemble des économies arabes importatrices de pétrole.

Source : Fonds monétaire arabe, Rapport sur les perspectives de l'économie arabe 2026, n° 22.

0 Connectez-vous pour aimer et mettre en favori.

Commentaires (0)

Connectez-vous pour commenter.