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ECONOMIE

Solaire : 630 MW installés, mais la Tunisie dépend encore des importations d’électricité

Solaire : 630 MW installés, mais la Tunisie dépend encore des importations d’électricité

La capacité photovoltaïque tunisienne a atteint environ 630 MW à fin juin 2026, tandis que la part des énergies renouvelables s’est élevée à 9,2 % de la production électrique nationale. Cette progression ne suffit toutefois pas encore à absorber la hausse de la demande : les achats extérieurs couvrent toujours 10 % des besoins du marché local.

Le solaire occupe une place croissante dans le système électrique tunisien. À fin juin 2026, le pays disposait d’environ 630 mégawatts de capacités photovoltaïques installées, selon la dernière note de conjoncture de l’Observatoire national de l’énergie et des mines.

Ce total comprend près de 500 MW de panneaux installés sur les toitures résidentielles et 130 MW sur les réseaux de moyenne et haute tension, principalement dans l’industrie, les services et l’agriculture.

Cette montée en puissance commence à modifier le mix électrique. La part des énergies renouvelables a atteint 9,2 % de la production nationale au premier semestre 2026, contre environ 6 % durant la même période de 2025.

Le gaz naturel continue néanmoins de dominer très largement la production, tandis que les achats d’électricité auprès des pays voisins restent nécessaires pour répondre aux besoins du marché local et maintenir l’équilibre du réseau.

Une production nationale en hausse de 5 %

La production nationale d’électricité a atteint 9 550 gigawattheures au premier semestre 2026, contre 9 058 GWh à fin juin 2025. Elle a ainsi progressé de 5 % en un an.

Ce total inclut la production de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz, celle des producteurs indépendants, les achats auprès de producteurs tiers locaux et l’autoproduction solaire raccordée aux réseaux de basse et moyenne tension.

La STEG reste le principal producteur du pays. Sa production s’est établie à 8 655 GWh, en hausse de 1 % par rapport au premier semestre 2025. Elle représente environ 91 % de la production électrique nationale.

Le gaz naturel a fourni à lui seul 8 565 GWh, contre 8 388 GWh un an auparavant. Sa contribution a augmenté de 2 % et représente encore 90,8 % du mix électrique.

Les installations fonctionnant au fuel et au gasoil n’ont produit que 0,5 GWh. La production hydraulique est restée marginale, à 6 GWh, tandis que l’éolien a enregistré une forte contraction.

Malgré l’accélération du photovoltaïque, le système électrique tunisien demeure donc presque entièrement tributaire du gaz naturel.

Le solaire devient la principale énergie renouvelable

La progression des renouvelables au premier semestre provient essentiellement du solaire.

La production photovoltaïque des producteurs indépendants est passée de 30 GWh à fin juin 2025 à 290 GWh un an plus tard. L’Observatoire fait ainsi apparaître une hausse de 871 %.

L’autoproduction solaire a, de son côté, progressé de 42 %, pour atteindre 485 GWh contre 341 GWh au premier semestre 2025.

La production solaire directement assurée par la STEG s’est établie à 18,6 GWh, en légère baisse de 3 %. En additionnant la production de la STEG, celle des producteurs indépendants et l’autoproduction, le photovoltaïque a fourni près de 794 GWh au cours des six premiers mois de 2026.

Le solaire représente ainsi l’essentiel des 9,2 % d’électricité renouvelable produits en Tunisie. Sa part dans le mix national est évaluée à 8,41 %, contre seulement 0,7 % pour l’éolien et 0,06 % pour l’hydraulique.

La forte augmentation de la production des producteurs indépendants doit cependant être interprétée avec prudence. Depuis décembre 2025, l’électricité produite par les centrales solaires réalisées sous le régime des concessions est intégrée à la rubrique consacrée aux producteurs indépendants. L’évolution constatée entre les deux semestres reflète donc à la fois la mise en service de nouvelles capacités et une modification du périmètre statistique.

La production éolienne recule fortement

La progression du solaire a été partiellement neutralisée par la baisse de la production éolienne.

Les installations éoliennes n’ont produit que 66 GWh au premier semestre 2026, contre 154 GWh durant la même période de 2025. Leur production a ainsi chuté de 57 % en un an.

Cette diminution rappelle que la performance des énergies renouvelables ne dépend pas uniquement de la capacité installée. Elle varie également en fonction des conditions météorologiques, de la disponibilité technique des installations et de leur raccordement effectif au réseau.

La production hydraulique a augmenté de 17 %, mais elle est passée de seulement 5 à 6 GWh. Son poids dans le mix électrique reste donc très faible.

Au total, les énergies renouvelables ont fourni environ 866 GWh au premier semestre 2026. Leur progression est importante, mais leur volume demeure encore très inférieur aux 8 565 GWh produits à partir du gaz naturel.

Pourquoi les 630 MW ne peuvent pas être comparés directement à la pointe

La capacité photovoltaïque installée est exprimée en mégawatts, alors que la production électrique est mesurée en mégawattheures ou en gigawattheures.

Les 630 MW correspondent à la puissance maximale théorique que les installations solaires pourraient délivrer simultanément dans des conditions optimales. Ils ne signifient pas que cette quantité d’électricité est disponible en permanence.

La production effective dépend de l’ensoleillement, de l’heure de la journée, des saisons, du rendement des équipements, des arrêts techniques et de la capacité du réseau à recevoir l’électricité produite.

Cette distinction est essentielle pour comparer le solaire à la pointe de consommation, qui a atteint 4 750 MW à fin juin 2026, contre 4 531 MW un an auparavant. La pointe a ainsi progressé de 5 %.

Même si l’ensemble des 630 MW photovoltaïques produisait simultanément à sa puissance maximale, il ne représenterait qu’environ 13 % de cette pointe. Dans la pratique, la contribution instantanée peut être inférieure et devient nulle pendant la nuit en l’absence de stockage.

La capacité solaire installée ne peut donc pas être soustraite mécaniquement de la pointe de consommation. Son apport dépend de la concordance entre les heures de production photovoltaïque et les périodes durant lesquelles la demande atteint son maximum.

Les achats extérieurs couvrent encore 10 % des besoins

En additionnant la production nationale, les échanges transfrontaliers et les achats extérieurs, l’électricité disponible pour le marché local a atteint 10 596 GWh au premier semestre 2026. Elle a augmenté de 4 % par rapport aux 10 149 GWh enregistrés à fin juin 2025.

Les achats auprès de Sonelgaz en Algérie et de la General Electricity Company of Libya, ou Gecol, se sont établis à 1 016 GWh, contre 1 030 GWh un an auparavant. Ils ont donc légèrement diminué de 1 %.

Ces achats, réalisés principalement auprès de l’Algérie, ont néanmoins couvert environ 10 % des besoins du marché local.

Le terme d’importations doit être distingué des « achats tiers » figurant dans le tableau de l’Observatoire. Ces derniers, évalués à 120 GWh, correspondent à de l’électricité achetée auprès de producteurs présents sur le marché national et sont intégrés à la production nationale. Les 1 016 GWh achetés à Sonelgaz et à la Gecol constituent, pour leur part, les approvisionnements extérieurs.

Le recours aux importations ne signifie pas nécessairement que la Tunisie manque en permanence d’une quantité équivalente de capacités de production. Les échanges transfrontaliers peuvent également servir à équilibrer le réseau, à couvrir les pointes ou à compenser l’indisponibilité temporaire de certaines unités.

Le maintien d’une part de 10 % montre toutefois que l’augmentation de la production nationale et le développement du solaire ne permettent pas encore au pays de satisfaire seul l’ensemble de ses besoins électriques.

La hausse de la demande absorbe une partie des nouvelles capacités

La progression de la production renouvelable intervient dans un contexte de hausse continue de la consommation et de la pointe électrique.

Entre les premiers semestres 2025 et 2026, la production nationale a augmenté de 492 GWh. Dans le même temps, l’électricité disponible pour le marché local a progressé de 447 GWh.

L’augmentation de l’offre a donc été largement absorbée par la croissance des besoins. La pointe de 4 750 MW exerce également une pression accrue sur les capacités de production, les interconnexions et les moyens de gestion du réseau.

Cette situation explique pourquoi le développement du solaire ne se traduit pas immédiatement par une disparition des achats extérieurs. Les nouvelles capacités doivent simultanément accompagner l’augmentation de la demande, remplacer progressivement la production fossile et réduire les importations.

Le développement du solaire doit s’accompagner d’une adaptation du réseau

Le passage de 6 % à 9,2 % d’électricité renouvelable en un an marque une évolution significative. Il montre que les investissements photovoltaïques commencent à produire un effet mesurable sur le mix national.

Cette progression reste cependant concentrée sur une source intermittente. Plus la part du solaire augmente, plus le réseau doit être capable de gérer des variations rapides de production entre les heures ensoleillées, la soirée et la nuit.

Le développement des renouvelables doit donc s’accompagner d’investissements dans le réseau de transport et de distribution, les interconnexions, les outils de pilotage, les capacités de réserve et, lorsque cela est économiquement justifié, les solutions de stockage.

L’efficacité énergétique constitue également un levier essentiel. Sans maîtrise de la consommation, une partie des nouvelles capacités continuera d’être absorbée par la hausse de la demande, sans réduire sensiblement la dépendance au gaz et aux achats extérieurs.

Une transition désormais visible, mais encore incomplète

Les chiffres du premier semestre montrent que le solaire tunisien a franchi une nouvelle étape. Avec environ 630 MW installés et près de 794 GWh produits, le photovoltaïque représente désormais une composante identifiable du système électrique national.

Cette évolution n’a toutefois pas encore transformé la structure fondamentale du secteur. Le gaz naturel fournit toujours plus de 90 % de la production et les achats extérieurs couvrent 10 % des besoins du marché local.

L’enjeu ne consiste donc plus seulement à installer de nouvelles capacités photovoltaïques. Il faut s’assurer qu’elles produisent effectivement, qu’elles peuvent être intégrées au réseau et que leur développement progresse plus rapidement que la demande.

La Tunisie avance ainsi dans sa transition électrique, mais la progression du solaire reste, pour l’instant, insuffisante pour réduire fortement sa dépendance au gaz et aux importations d’électricité.

Source : Observatoire national de l’énergie et des mines, « Conjoncture énergétique à fin juin 2026 » et « Conjoncture énergétique à fin décembre 2025 ».

 

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