La Société de Transport des Hydrocarbures par Pipelines (SOTRAPIL) boucle les neuf premiers mois de 2026 sur un résultat d'exploitation de 6 705,2 mD, en repli de 21,0 % sur un an. Le recul des volumes acheminés par le pipeline Bizerte-Radès, colonne vertébrale de son activité, et la contraction des gains sur la position litrage expliquent l'essentiel de ce fléchissement, tandis que les charges restent maîtrisées et que les produits financiers poursuivent leur progression. Le troisième trimestre, en léger repli sur les revenus mais en hausse sur la rentabilité, esquisse toutefois une stabilisation. Les indicateurs publiés sont provisoires et élaborés sur la base des comptes audités au 30 juin 2026.
Un troisième trimestre qui freine sa glissade
Au troisième trimestre 2026, les revenus du transport de la SOTRAPIL se sont établis à 4 177,1 mD, contre 4 316,3 mD un an plus tôt, soit un recul de 139,2 mD ou de 3,2 %. L'érosion reste réelle, mais elle est nettement moins prononcée que celle observée sur l'ensemble des neuf mois (-9,0 %), signe que le rythme de dégradation s'est ralenti au fil de l'année.
Ce repli trimestriel traduit une baisse de 3,1 % des volumes acheminés, revenus à 446 849 m³ contre 460 969 m³ au troisième trimestre 2025. La faiblesse de l'axe Bizerte-Radès (-5,1 %) a été en partie compensée par la vigueur du pipeline de kérosène aviation Jet A1 (+11,8 %).
Fait notable, le trimestre a bénéficié d'un solde positif de la position litrage de 741,1 mD, en hausse de 72,1 % sur un an. Porté par cet apport, le total des produits d'exploitation du trimestre a progressé de 3,6 % à 4 918,2 mD, tandis que les charges d'exploitation restaient quasi stables (+0,3 %, à 2 300,9 mD). Le résultat d'exploitation trimestriel en ressort à 2 617,3 mD, en hausse de 6,7 %, et la marge d'exploitation gagne 1,55 point à 53,22 %.
Des volumes en retrait, deux pipelines aux trajectoires opposées
À fin septembre 2026, la SOTRAPIL a transporté 1 275 027 m³ d'hydrocarbures, contre 1 408 202 m³ sur les neuf premiers mois de 2025. La baisse atteint 133 175 m³, soit 9,5 %, et contraste avec l'exercice 2025, au cours duquel les volumes avaient soutenu la croissance des revenus.
Le pipeline Bizerte-Radès, qui achemine gasoil, gasoil sans soufre, essence sans plomb et pétrole lampant, concentre l'intégralité du recul. Ses volumes ont fléchi de 11,6 %, à 1 122 275 m³ contre 1 270 244 m³, soit 147 969 m³ de moins.
À l'inverse, le pipeline Jet A1 reliant Radès à l'aéroport de Tunis-Carthage confirme sa bonne orientation, porté par l'activité aérienne. Ses volumes progressent de 10,7 %, à 152 752 m³ contre 137 958 m³, soit 14 794 m³ supplémentaires, sans toutefois compenser la contraction de l'axe principal.
Cette divergence modifie le profil de l'activité. Le pipeline Bizerte-Radès ne représente plus que 88,02 % des volumes transportés, contre 90,20 % un an plus tôt et 89,92 % sur l'ensemble de 2025. Le Jet A1 voit symétriquement sa part grimper à 11,98 %, en hausse de 2,18 points.
Un chiffre d'affaires qui épouse la courbe des volumes
Les revenus du transport cumulés à fin septembre 2026 s'élèvent à 11 962,1 mD, contre 13 151,0 mD à la même date de 2025. Ils reculent de 1 188,9 mD, soit 9,0 %, un rythme légèrement inférieur à celui des volumes grâce à un effet de structure favorable.
Le transport par le pipeline Bizerte-Radès, première source de revenus, recule de 1 273,2 mD, soit 11,1 %, à 10 223,9 mD. Cette baisse est un peu moins marquée que celle des volumes (-11,6 %), le revenu moyen par mètre cube passant de 9,051 à 9,110 dinars. Ce léger gain reflète vraisemblablement une part plus importante de l'essence sans plomb, facturée 9,373 dinars le mètre cube contre 8,723 dinars pour le gasoil selon les tarifs 2025.
Le pipeline Jet A1 constitue le seul relais de croissance. Ses revenus progressent de 128,7 mD, soit 10,7 %, à 1 329,2 mD, au même rythme exact que ses volumes, le tarif étant resté inchangé à 8,702 dinars le mètre cube.
Les revenus du transport par canalisations banales, adossés aux volumes de l'axe Bizerte-Radès au tarif uniforme de 0,300 dinar le mètre cube, reculent en miroir de 11,6 %, à 336,7 mD, soit 44,4 mD de moins. Les frais de stockage, facturés sur une base forfaitaire, restent figés à 72,3 mD.
Le poids du pipeline Bizerte-Radès dans le chiffre d'affaires s'en trouve allégé. Il revient à 85,47 % des revenus du transport, contre 87,42 % à fin septembre 2025 et 87,17 % sur l'ensemble de l'exercice 2025, soit un retrait de 1,95 point sur un an. La part du Jet A1 grimpe dans le même temps à 11,11 %, contre 9,13 % un an plus tôt et 9,38 % sur l'exercice 2025. Les canalisations banales et le stockage pèsent respectivement 2,81 % et 0,60 %.
Rapportés aux réalisations annuelles de 2025, les revenus des neuf premiers mois de 2026 en représentent 70,0 %, contre 77,0 % un an plus tôt à la même date. Les volumes transportés suivent le même profil, avec 69,8 % du total 2025 contre 77,1 % à fin septembre 2025. Pour égaler les revenus de 2025, fixés à 17 078,4 mD, la société devrait réaliser 5 116,3 mD au quatrième trimestre, un niveau sensiblement supérieur aux 3 927,4 mD, enregistrés au dernier trimestre 2025.
La position litrage, un apport volatil en net recul
Les autres produits d'exploitation, intégralement constitués du solde positif de la position litrage, totalisent 1 860,7 mD à fin septembre 2026, contre 2 365,9 mD un an plus tôt. Ils accusent une baisse de 505,2 mD, soit 21,4 %, et ne représentent que 59,1 % du niveau atteint sur l'ensemble de 2025 (3 150,8 mD).
Ce poste mesure les gains nets dégagés sur les écarts entre les quantités de produits pétroliers livrées aux clients et celles qu'ils ont commandées. Ces écarts sont valorisés à la fin du dernier cycle de transport de chaque mois, à la clôture de l'exercice et à chaque changement de la structure des prix des carburants. Ils sont donc tributaires à la fois des volumes et de l'évolution des prix à la pompe, ce qui leur confère une forte volatilité.
L'exercice 2025 avait illustré cette sensibilité, ces gains ayant bondi de 40,5 % pour contribuer de manière décisive à la hausse du bénéfice. En 2026, la tendance s'est retournée sur le premier semestre, avant un net rebond au troisième trimestre : avec 741,1 mD, celui-ci concentre à lui seul 39,8 % des gains cumulés de la période.
Des produits d'exploitation amputés d'un dixième
Sous l'effet conjugué de ces deux évolutions, le total des produits d'exploitation s'établit à 13 822,9 mD à fin septembre 2026, contre 15 517,0 mD un an plus tôt. Le repli atteint 1 694,1 mD, soit 10,9 %.
La baisse des revenus du transport en explique 70,2 %, soit 1 188,9 mD, et celle des gains sur la position litrage 29,8 %, soit 505,2 mD. Le recul plus marqué de cette seconde composante renforce mécaniquement le poids du cœur de métier : les revenus du transport représentent désormais 86,54 % des produits d'exploitation, contre 84,75 % à fin septembre 2025.
Des charges contenues, mais une structure de coûts rigide
Face à des produits en repli, les charges d'exploitation ont été tenues. Elles totalisent 7 117,6 mD à fin septembre 2026, contre 7 029,0 mD un an plus tôt, soit une hausse modérée de 88,6 mD ou de 1,3 %.
Les charges de personnel, premier poste de dépenses, s'élèvent à 4 369,3 mD, en progression de 109,3 mD ou de 2,6 %. Après le bond de 11,8 % enregistré sur l'ensemble de 2025, sous l'effet des recrutements, des augmentations salariales conventionnelles et du relèvement des cotisations sociales, leur rythme s'est nettement assagi. Elles absorbent néanmoins 61,39 % des charges d'exploitation, contre 60,61 % un an plus tôt.
Les autres charges d'exploitation progressent de 32,9 mD, soit 2,9 %, à 1 160,1 mD, et pèsent 16,30 % des charges totales, contre 16,04 % à fin septembre 2025. Aucun solde négatif de la position litrage n'a été enregistré sur la période.
Par déduction, les postes non détaillés dans les indicateurs, à savoir les achats d'approvisionnements consommés, la variation des stocks et les dotations aux amortissements et aux provisions, totalisent 1 588,2 mD, contre 1 641,8 mD un an plus tôt. Ils reculent de 53,6 mD, soit 3,3 %. À titre de repère, ces postes s'élevaient à 2 197,2 mD sur l'ensemble de 2025, dont 947,8 mD d'achats consommés et 1 249,4 mD de dotations, ces dernières intégrant une provision annuelle de 309,4 mD au titre des droits de servitude du pipeline Bizerte-Radès.
La rigidité d'une structure de coûts dominée par la masse salariale se lit dans les ratios. Les charges d'exploitation absorbent 51,49 % des produits d'exploitation, contre 45,30 % un an plus tôt, soit une dégradation de 6,19 points. Les seules charges de personnel représentent 36,53 % des revenus du transport, contre 32,39 % à fin septembre 2025.
Un résultat d'exploitation amputé d'un cinquième
L'effet ciseau entre des produits en baisse et des charges en légère hausse se répercute pleinement sur la rentabilité opérationnelle. Le résultat d'exploitation s'établit à 6 705,2 mD à fin septembre 2026, contre 8 488,0 mD un an plus tôt, soit un repli de 1 782,7 mD ou de 21,0 %.
La marge d'exploitation, rapportée au total des produits d'exploitation, revient à 48,51 %, contre 54,70 % à fin septembre 2025, en recul de 6,19 points. Mesurée sur les seuls revenus du transport, elle passe de 64,54 % à 56,05 %, soit 8,49 points de moins. Elle reste néanmoins à un niveau élevé, caractéristique d'une activité d'infrastructure à forte intensité capitalistique.
Rapporté au résultat d'exploitation audité de l'exercice 2025, soit 10 121,1 mD, le cumul des neuf premiers mois de 2026 n'en représente que 66,2 %, contre 83,9 % un an plus tôt à la même date. Le quatrième trimestre 2025 n'avait cependant dégagé que 1 633,1 mD, les écritures de clôture, dont les provisions annuelles, pesant traditionnellement sur la fin d'exercice.
Le redressement du troisième trimestre, avec un résultat d'exploitation en hausse de 6,7 %, témoigne à cet égard d'une amélioration en fin de période.
Les produits financiers, un amortisseur précieux
Dans ce contexte, les produits financiers jouent pleinement leur rôle d'amortisseur. Ils atteignent 4 202,5 mD à fin septembre 2026, contre 4 110,8 mD un an plus tôt, en hausse de 91,7 mD ou de 2,2 %. Au seul troisième trimestre, ils progressent de 0,7 %, à 1 373,9 mD. Le cumul de neuf mois couvre déjà 76,4 % des 5 502,8 mD, encaissés sur l'ensemble de 2025.
Ces revenus sont adossés à une trésorerie abondante. À fin 2025, les actifs financiers, placements et liquidités de la société totalisaient près de 63,8 MD, soit 87,9 % du total du bilan. Ils comprennent notamment 37,0 MD de prêts obligataires rémunérés à 9,8 %, 19,0 MD de placements à court terme, dont 14,0 MD de dépôts à terme bancaires et 5,0 MD de bons du Trésor, ainsi que 5,4 MD de liquidités.
Le poids des produits financiers s'en trouve accru : ils équivalent à 30,40 % des produits d'exploitation, contre 26,49 % un an plus tôt. Dépourvue d'endettement, la société n'a supporté que 6 dinars de charges financières, contre 1 111 dinars à fin septembre 2025.
En ajoutant au résultat d'exploitation les produits financiers nets de charges financières, la société dégage un agrégat indicatif de 10 907,7 mD, contre 12 597,7 mD un an plus tôt. Le recul est ramené à 13,4 %, contre 21,0 % pour le seul résultat d'exploitation. Cet agrégat ne tient compte ni des autres gains et pertes ordinaires, ni de la contribution sociale de solidarité, ni de l'impôt sur les sociétés.
En définitive
Les neuf premiers mois de 2026 marquent une pause dans la trajectoire de la SOTRAPIL, après un exercice 2025 qui avait vu le bénéfice net progresser de 6,6 % à 9 519,9 mD. La contraction de 11,6 % des volumes sur l'axe Bizerte-Radès et le reflux des gains sur la position litrage ont réduit les produits d'exploitation de 10,9 % et le résultat d'exploitation de 21,0 %.
Trois éléments tempèrent ce constat : la croissance soutenue du pipeline Jet A1, la stabilité des charges d'exploitation et la progression des produits financiers. Le troisième trimestre, marqué par une hausse de 6,7 % du résultat d'exploitation, indique une amélioration en fin de période. Le niveau d'activité du dernier trimestre et l'évolution de la position litrage, sensible aux ajustements des prix des carburants, détermineront l'issue de l'exercice.




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