Le déficit courant de la Tunisie s’est creusé à 4,694 milliards de dinars au cours des huit premiers mois de 2026, soit 2,5 % du PIB, contre 2,724 milliards et 1,6 % du PIB un an auparavant. L’alourdissement de la facture des importations énergétiques constitue un facteur majeur de cette dégradation des équilibres extérieurs, dans un contexte de tensions sur les prix internationaux de l’énergie.
Les données présentées à l’occasion de la réunion du Conseil d’administration de la Banque centrale de Tunisie (BCT), le 7 octobre 2026, font ressortir une détérioration sensible du solde des paiements courants. À fin août, le déficit s’est accru de 1,970 milliard de dinars, soit une hausse de 72,3 % par rapport à la même période de 2025. Rapporté au PIB, il s’est aggravé de 0,9 point.
Une facture énergétique en hausse de 2,5 milliards de dinars
Les importations énergétiques ont atteint 11,3 milliards de dinars à fin août 2026, contre 8,8 milliards un an plus tôt. Cette augmentation de 2,5 milliards de dinars, soit 28,4 %, a pesé sur la balance commerciale et, par conséquent, sur le solde courant.
Selon les éléments rapportés par la BCT, les prix internationaux de l’énergie évoluent à des niveaux nettement supérieurs aux hypothèses retenues dans les prévisions de juin. Les incertitudes entourant le rétablissement des conditions d’approvisionnement entretiennent les tensions sur les marchés énergétiques et renchérissent les coûts de production et de distribution.
L’ampleur de la hausse de la facture énergétique souligne le rôle central de ce poste dans la dégradation des comptes extérieurs. Le déficit courant dépend toutefois également des autres échanges de biens, des services et des flux de revenus et de transferts. L’augmentation des importations énergétiques ne se traduit donc pas mécaniquement, dinar pour dinar, par une hausse équivalente du déficit courant.
En huit mois, un déficit déjà supérieur à celui de toute l’année 2025
La trajectoire retracée par le graphique de Tera Finances met en évidence le retournement intervenu après l’amélioration de 2023 et de 2024.
Après avoir atteint 12,3 milliards de dinars, soit 8,8 % du PIB, en 2022, le déficit courant avait été ramené à 3,5 milliards en 2023, puis à 2,6 milliards en 2024, correspondant respectivement à 2,3 % et 1,6 % du PIB. Il s’était ensuite creusé à 4 milliards de dinars, soit 2,4 % du PIB, sur l’ensemble de 2025.
Avec près de 4,7 milliards de dinars à fin août 2026, le déficit cumulé sur huit mois dépasse ainsi déjà, en valeur, celui enregistré durant toute l’année précédente. Cette comparaison illustre l’ampleur des tensions, sans préjuger du résultat de fin d’année : les flux commerciaux, touristiques et les transferts évoluent au fil des mois. À période comparable, l’aggravation reste néanmoins marquée, avec près de 2 milliards de dinars de déficit supplémentaire.
Les réserves de change à 92 jours d’importations
Cette dégradation des paiements courants s’accompagne d’un recul des avoirs nets en devises. Au 6 octobre 2026, ceux-ci s’établissaient à 23,7 milliards de dinars, soit 92 jours d’importations, contre 24,3 milliards et 104 jours un an auparavant.
La baisse atteint ainsi environ 600 millions de dinars en valeur et 12 jours en couverture des importations. Ces deux indicateurs traduisent des évolutions distinctes : la couverture dépend à la fois du montant des réserves et du niveau des importations utilisé pour son calcul.
La BCT souligne, dans ce contexte, la nécessité de préserver un niveau adéquat de réserves de change, notamment à travers une meilleure maîtrise du déficit énergétique et de ses effets sur les paiements extérieurs.
L’énergie, une vulnérabilité au-delà des échanges extérieurs
Les tensions énergétiques affectent également les perspectives d’inflation et les marges de manœuvre de l’économie. Selon la BCT, le maintien prolongé de prix internationaux élevés serait susceptible d’accentuer les vulnérabilités macroéconomiques et financières.
L’inflation a atteint 5,6 % en septembre 2026, contre 5,4 % en août, une accélération principalement liée aux produits alimentaires frais. Dans cet environnement, le Conseil d’administration a maintenu le taux directeur à 7 %.
Pour les équilibres extérieurs, la facture énergétique demeure un point de vigilance majeur. Son alourdissement accroît les besoins de financement extérieur et renforce l’enjeu de la maîtrise du déficit énergétique pour préserver les réserves en devises.



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