Au terme des six premiers mois de 2026, L’Accumulateur Tunisien ASSAD (ATA) affiche un chiffre d’affaires en repli de près d’un cinquième, une rentabilité opérationnelle fortement érodée et un résultat net déficitaire. Le semestre est aussi celui du dénouement du lourd contentieux douanier, dont le règlement à l’amiable pèse désormais sur les fonds propres.
Des revenus freinés par les ventes à l’étranger
Au 30 juin 2026, les revenus d’ATA se sont établis à 41,15 MD, contre 50,73 MD un an plus tôt, soit une baisse de 9,58 MD ou 18,9%. La ventilation publiée dans les notes montre que ce recul est presque entièrement imputable à l’export : les ventes à l’étranger ont chuté de 23,37 MD à 14,00 MD, un repli de 9,37 MD ou 40,1%. Le marché local, qui porte désormais les deux tiers de l’activité, a en revanche fait preuve de résilience, avec des ventes de batteries de démarrage quasi stables à 27,15 MD, en léger retrait de 0,21 MD ou 0,8%.
La dimension intragroupe de l’activité demeure significative : les ventes réalisées avec les parties liées ont atteint 9,85 MD sur le semestre, dont 7,27 MD avec la filiale algérienne Batterie ASSAD Algérie et 2,58 MD avec AS Distribution.
Le total des produits d’exploitation s’inscrit à 41,16 MD, contre 51,00 MD au premier semestre 2025, en baisse de 9,84 MD ou 19,3%. Outre le repli des ventes, les autres produits d’exploitation, essentiellement constitués de loyers et autres services, se sont pratiquement évanouis, passant de 0,27 MD à moins de 0,01 MD. La société n’a enregistré aucune production immobilisée sur les deux périodes.
Une marge brute sous pression
Les achats consommés, qui intègrent la variation des stocks de produits finis et d’encours, ont totalisé 25,19 MD, contre 28,90 MD un an auparavant, en retrait de 3,71 MD ou 12,8%. Les achats d’approvisionnements consommés ont certes reculé de 18,5% à 23,16 MD, dans le sillage de l’activité, mais la société a puisé dans ses stocks de produits intermédiaires, ramenés de 5,19 MD fin 2025 à 3,11 MD. Ce déstockage s’est traduit par une charge de 2,03 MD au titre de la variation des stocks, contre 0,47 MD au premier semestre 2025.
Les achats consommés ayant reculé moins vite que les revenus, la marge brute s’est contractée à 15,96 MD, contre 21,83 MD à fin juin 2025, soit une baisse de 5,87 MD ou 26,9%. Le taux de marge brute perd ainsi 4,2 points, revenant de 43,0% à 38,8%, en deçà également du niveau de 42,8% atteint sur l’ensemble de l’exercice 2025.
L’EBITDA divisé par plus de deux
La société a pourtant resserré ses charges de structure. Les charges de personnel ont diminué de 0,66 MD ou 6,1%, à 10,04 MD, tandis que les autres charges d’exploitation ont reculé de 1,06 MD ou 24,7%, à 3,23 MD. Cette dernière baisse doit beaucoup à la normalisation des droits d’enregistrement et autres taxes, revenus à 0,03 MD après 1,04 MD au premier semestre 2025.
Ces économies n’ont toutefois pas suffi à compenser l’érosion de la marge brute. L’EBITDA s’établit à 2,69 MD, contre 6,84 MD un an plus tôt, en chute de 4,15 MD ou 60,7%. Le taux de marge d’EBITDA revient de 13,5% à 6,5%, loin des 15,8% dégagés sur l’ensemble de l’exercice 2025.
Un résultat d’exploitation quasiment effacé
Les dotations nettes aux amortissements et aux provisions ont reflué de 3,45 MD à 2,24 MD, en baisse de 1,21 MD ou 35,0%. Aucune dotation aux provisions pour risques et charges n’a été constatée sur le semestre, contre 0,79 MD un an plus tôt, et les dotations sur comptes débiteurs ont été ramenées de 0,70 MD à 0,06 MD. Le semestre a par ailleurs bénéficié de reprises sur provisions de 0,12 MD, portant sur les stocks et sur les titres de participation.
Le résultat d’exploitation ressort ainsi à 0,46 MD, contre 3,66 MD au 30 juin 2025, soit un recul de 3,20 MD ou 87,6%. Rapporté au total des produits d’exploitation, le taux de marge d’EBIT s’effondre à 1,1%, contre 7,2% au premier semestre 2025 et 10,0% sur l’exercice 2025.
Des charges financières alourdies par la disparition des gains de change
Les charges financières nettes se sont élevées à 3,48 MD, contre 3,33 MD un an auparavant, en hausse de 0,15 MD ou 4,4%. Cette progression masque en réalité une baisse du coût de l’endettement. Hors effet de change, les intérêts et agios ont reculé de 10,1%, de 3,87 MD à 3,48 MD, grâce au repli des intérêts sur crédits à moyen et long terme, ramenés de 0,88 MD à 0,56 MD, et des échelles d’intérêts, revenues de 0,51 MD à 0,20 MD. Les intérêts sur crédits de gestion et marges sur financements Zitouna sont restés quasiment stables à 2,32 MD, tandis que les agios sur escomptes ont progressé de 0,24 MD à 0,40 MD.
C’est donc le change qui a fait la différence : les gains et pertes de change se sont neutralisés au premier semestre 2026, autour de 0,18 MD chacun, alors qu’ils avaient laissé un gain net de 0,54 MD un an plus tôt, avec 1,28 MD de gains contre 0,74 MD de pertes.
Face à ces charges, les produits des placements ont atteint 0,51 MD, contre à peine 4 483 dinars au premier semestre 2025. Ils sont exclusivement constitués de dividendes. Les autres gains ordinaires ont également apporté une contribution notable de 0,63 MD, contre 0,01 MD un an plus tôt, provenant quasi intégralement de la plus-value réalisée sur la cession de titres de participation, dont le prix a atteint 0,92 MD. Le portefeuille ne comprend plus les participations dans S.M.U et dans le Mediterranean Institute of Technology. Les autres pertes ordinaires sont demeurées marginales, à 1 969 dinars.
Au total, le passage du résultat d’exploitation au résultat des activités ordinaires avant impôt se décompose comme suit : aux 0,46 MD d’EBIT s’ajoutent 0,51 MD de dividendes et 0,63 MD de gains ordinaires, tandis que se retranchent 3,48 MD de charges financières nettes et un montant négligeable de pertes ordinaires. Le résultat des activités ordinaires avant impôt est ainsi déficitaire de 1,89 MD, contre un bénéfice de 0,34 MD au 30 juin 2025, soit une dégradation de 2,22 MD.
Retour sur la perte ordinaire de l’exercice 2025
Les comptes comparatifs au 31 décembre 2025 font apparaître d’autres pertes ordinaires de 16,16 MD, un montant sans commune mesure avec les 0,12 MD publiés dans les états financiers annuels de 2025. L’écart tient au retraitement opéré en application de la norme comptable tunisienne n°11 : la société a logé dans ce poste la charge totale de 16,03 MD relative aux amendes douanières faisant l’objet de l’échéancier convenu avec l’administration. Ce retraitement fait basculer le résultat des activités ordinaires après impôt de 2025, publié à un bénéfice de 4,12 MD, à une perte de 11,92 MD.
Cette amende est l’aboutissement d’un long contentieux. En juillet 2024, le tribunal de première instance de Ben Arous avait condamné la société à des amendes de 234 MD pour trois chefs d’infraction liés à l’importation et à la détention de vieilles batteries. Lors de l’audience du 3 juillet 2026 devant la cour d’appel de Tunis, la Douane a abandonné deux chefs d’accusation pour ne retenir que la détention sans titre de mouvement légal de marchandises prohibées, portant sur 80 MD. Le 31 juillet 2026, elle a proposé une conciliation fixant la pénalité à 16 MD, payable par trimestrialités sur cinq ans jusqu’au 27 avril 2031. ATA y a adhéré en réglant la première tranche de 1,6 MD le 14 août 2026.
Impôt, résultat net et modifications comptables
Malgré un résultat avant impôt déficitaire, la société supporte une charge d’impôt sur les sociétés de 0,10 MD, contre 0,11 MD un an plus tôt, en retrait de 10,6%. Aucun élément extraordinaire n’a été enregistré sur le semestre.
Le résultat net des activités ordinaires ressort ainsi en perte de 1,99 MD, contre un bénéfice de 0,23 MD au premier semestre 2025, soit une dégradation de 2,21 MD.
En dessous de cette ligne, l’état de résultat enregistre un effet négatif des modifications comptables de 16,03 MD, qui porte la perte nette après modifications comptables à 18,02 MD. Il s’agit de la constatation des amendes douanières correspondant à l’échéancier conclu en 2026. Conformément au système comptable des entreprises, ce montant a été imputé sur les capitaux propres d’ouverture, en contrepartie d’un passif envers la Douane. Le bilan fait ainsi apparaître un échéancier douanier de 18,17 MD, dont 13,72 MD à plus d’un an et 4,45 MD à moins d’un an, qui englobe également le reliquat de 2,1 MD dû au titre de l’amnistie obtenue dans l’affaire douanière de Kasserine.
Pour rappel, l’exercice 2025 avait déjà supporté 20,02 MD de modifications comptables. Celles-ci portaient principalement sur des provisions sur les titres et les créances détenus sur les filiales ENAS et AS Distribution, respectivement de 10,31 MD et 6,85 MD, ainsi que sur 2,85 MD d’amendes douanières liées à l’affaire de Kasserine.
Une rentabilité en territoire négatif
Rapporté au total des produits d’exploitation, le résultat net avant modifications comptables fait ressortir un taux de marge nette de -4,8%, contre 0,4% au premier semestre 2025.
La rentabilité financière suit la même trajectoire. Calculé sur les capitaux propres avant résultat de la période, qui intègrent les modifications comptables, le ROE non annualisé ressort à -6,6% au 30 juin 2026, contre 1,0% un an plus tôt. Annualisé, il s’établit à -13,1%, un niveau certes moins dégradé que les -28,3% de l’exercice 2025 retraité, lourdement grevé par la charge douanière.
Les capitaux propres s’élèvent à 28,28 MD au 30 juin 2026, contre 30,26 MD à fin 2025 après retraitement. Ils restent soutenus par les réserves spéciales de réévaluation de 39,05 MD, issues de la réévaluation des terrains et constructions menée en 2025, qui compensent des résultats reportés négatifs de 32,87 MD.
Un besoin en fonds de roulement en léger reflux
Le besoin en fonds de roulement s’établit à 37,11 MD au 30 juin 2026, contre 38,97 MD au 31 décembre 2025, en baisse de 1,86 MD ou 4,8%. Cette détente provient du déstockage, les stocks nets ayant reculé de 2,06 MD à 19,45 MD, et de la hausse de 1,80 MD des autres passifs courants, à 20,20 MD. Elle a été en partie neutralisée par la progression de 0,91 MD des créances clients nettes, à 50,38 MD, et par le repli de 0,98 MD des dettes fournisseurs, à 14,91 MD.
Le poids des créances intragroupe demeure le principal point d’attention. Les créances sur les sociétés du groupe totalisent 38,88 MD en valeur brute au sein du poste clients, dont 29,74 MD sur Batteries Assad Algérie. La direction indique avoir entamé leur rapatriement et travailler sur une augmentation de capital de cette filiale. Les créances sur AS-DIST Europe, de 7,30 MD, sont provisionnées à hauteur de 6,48 MD, et celles sur ENAS, de 3,98 MD, à hauteur de 3,78 MD. Les commissaires aux comptes ont d’ailleurs formulé des observations sur les créances détenues sur Batteries Assad Algérie et sur Assad International.
Liquidités et endettement
Les placements et autres actifs financiers ont progressé de 0,10 MD ou 17,6% par rapport au 31 décembre 2025, à 0,66 MD. Ils sont composés de prêts au personnel à moins d’un an, pour 0,48 MD, et de titres SICAV, pour 0,18 MD. Les liquidités et équivalents de liquidités ont, à l’inverse, reculé de 0,20 MD ou 20,0%, à 0,78 MD.
L’endettement financier brut atteint 73,40 MD au 30 juin 2026, contre 73,07 MD à fin 2025, en hausse de 0,33 MD ou 0,4%. Sa structure s’est toutefois déplacée vers le court terme. Les emprunts à plus d’un an ont reculé de 2,77 MD ou 21,8%, à 9,95 MD, sous l’effet des reclassements d’échéances, et ce malgré la mise en place d’un nouveau financement Chiraet de 5,85 MD. Les concours bancaires et autres passifs financiers ont, eux, augmenté de 3,10 MD ou 5,1%, à 63,45 MD, dont 39,22 MD de crédits de gestion à court terme.
La dette financière nette s’établit ainsi à 71,96 MD, contre 71,53 MD au 31 décembre 2025, en hausse de 0,43 MD ou 0,6%. Elle représente près de 2,5 fois les capitaux propres, sans compter l’échéancier douanier de 18,17 MD qui s’y ajoute désormais au passif.
Un flux d’exploitation en hausse, une trésorerie en recul
Le flux de trésorerie lié à l’exploitation a atteint 5,89 MD au premier semestre 2026, contre 4,53 MD un an plus tôt, en hausse de 1,36 MD ou 30,0%. Il a été porté par la réduction des stocks et par la variation des fournisseurs de 4,86 MD. Cette dernière intègre toutefois un ajustement de 5,85 MD lié au financement Chiraet de la Banque Zitouna, sans lequel les dettes fournisseurs auraient reculé.
Le flux lié aux activités d’investissement est légèrement positif, à 0,03 MD, contre un décaissement net de 0,56 MD au premier semestre 2025. Les acquisitions d’immobilisations, de 0,92 MD, ont été plus que couvertes par les encaissements de 0,95 MD provenant de la cession d’immobilisations financières.
Le flux lié aux activités de financement s’est en revanche creusé à -8,01 MD, contre -4,94 MD un an plus tôt, soit une hausse des décaissements nets de 3,07 MD ou 62,3%. Il reflète le remboursement de 2,80 MD d’emprunts et une réduction de 5,21 MD des crédits de gestion.
Au total, la variation de trésorerie de la période est négative de 2,09 MD, contre -0,97 MD au premier semestre 2025, soit une dégradation de 1,12 MD. La trésorerie de clôture ressort ainsi à -8,06 MD au 30 juin 2026, contre -5,97 MD au 31 décembre 2025, une détérioration de 2,09 MD ou 34,9%, qui traduit la place croissante des découverts bancaires, portés à 8,84 MD.
Conclusion
Le premier semestre 2026 marque un net coup d’arrêt pour ATA après la reprise opérationnelle de 2025. L’effondrement des ventes à l’export, non compensé par un marché local stable, a entraîné une contraction de la marge brute que les efforts de maîtrise des charges n’ont pu absorber, faisant basculer le résultat courant dans le rouge. La baisse du coût de la dette a été annulée par la disparition des gains de change.
Au-delà de l’exploitation, le semestre solde l’essentiel du risque douanier : l’amende ramenée à 16 MD, à comparer aux 234 MD initialement prononcés, lève une incertitude majeure, au prix d’un passif supplémentaire étalé jusqu’en 2031 et d’une nouvelle ponction sur des fonds propres déjà soutenus par la réévaluation. Restent en suspens les deux vérifications fiscales en cours, portant sur l’exercice 2021 et sur les exercices 2022 à 2025, dont l’issue ne peut être estimée à ce stade, ainsi que la question du recouvrement des créances sur les filiales, au premier rang desquelles Batteries Assad Algérie. La capacité de la société à relancer l’export et à rapatrier ces créances sera déterminante pour alléger un endettement net qui demeure élevé.


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