La monnaie unique est tombée le 1er octobre à 1,1215 dollar en séance, son niveau le plus faible depuis seize mois. Une Fed plus offensive que la BCE, le choc énergétique lié au conflit au Moyen-Orient et les doutes sur les finances publiques françaises expliquent ce repli.
Un plus bas de seize mois
L'euro a clôturé la séance du jeudi 1er octobre à 1,124 dollar, au terme de quatre séances consécutives de baisse entamées le 28 septembre. En cours de séance, la paire EUR/USD est même descendue à 1,1215 dollar.
Pour retrouver une clôture inférieure, il faut remonter au 16 mai 2025 (1,116 dollar). Le creux de cet épisode avait été atteint le 12 mai 2025, à 1,107 dollar en séance. Vendredi 2 octobre, l'euro a légèrement rebondi pour clôturer autour de 1,125 dollar.
Le mouvement s'est accéléré ces dernières semaines. En septembre, l'euro a cédé 2,5 %, sa plus forte baisse mensuelle depuis quatorze mois. Depuis le début de l'année, le recul atteint 4,3 %. Surtout, la monnaie unique a perdu 6,6 % depuis son sommet du 27 janvier 2026, lorsqu'elle avait touché 1,204 dollar, son plus haut niveau en cinq ans.
La Fed plus offensive que la BCE
Le premier moteur de la baisse est la divergence des politiques monétaires. La Réserve fédérale américaine a relevé en septembre son taux directeur de 3,75 % à 4,00 %. Et le discours reste ferme : la présidente de la Fed de Dallas, Lorie Logan, a estimé jeudi qu'au moins un demi-point de resserrement supplémentaire serait nécessaire pour ramener l'inflation vers sa cible.
En face, la BCE a bien relevé son taux directeur de 2,40 % à 2,65 % le 16 septembre, mais les marchés anticipent un rythme de resserrement plus graduel qu'outre-Atlantique, avec une prochaine hausse envisagée au plus tôt en décembre.
Cet écart se lit directement sur le marché obligataire : le rendement du Trésor américain à 10 ans avoisine 5,28 %, contre environ 3,45 % pour le Bund allemand. Un différentiel de plus de 180 points de base qui attire les capitaux vers les actifs libellés en dollars.
Le choc énergétique pèse sur la zone euro
Le conflit entre les États-Unis et l'Iran, qui entre dans son huitième mois, maintient le Brent à un niveau élevé : le baril a clôturé au-dessus de 102 dollars le 2 octobre. Pour la zone euro, importatrice nette d'énergie, ce choc est doublement pénalisant.
D'un côté, il alimente l'inflation : la hausse des prix a accéléré à 3,8 % en septembre, son plus haut niveau depuis septembre 2023, essentiellement sous l'effet des carburants. De l'autre, il freine une croissance déjà fragile, attendue à seulement 0,9 % cette année.
Ce cocktail limite la marge de manœuvre de la BCE. Isabel Schnabel, membre du directoire et réputée parmi les plus « faucons », a indiqué que les prochains mois serviraient à mesurer l'ampleur du choc énergétique avant de fixer le niveau approprié des taux. Une posture attentiste que les marchés interprètent comme un frein à un resserrement agressif, et donc comme un handicap pour l'euro.
La France sous la menace d'une dégradation
À ces facteurs s'ajoute un risque propre à la deuxième économie de la zone. Le 1er octobre, Moody's a publié une note sévère sur la dette française : notée Aa3 avec une perspective négative, la France pourrait voir sa note dégradée lors de l'évaluation officielle du 23 octobre. L'agence pointe la hausse des rendements obligataires et la fragmentation politique qui bloque tout plan durable d'assainissement budgétaire. Une incertitude qui entretient la prudence des investisseurs envers l'euro. (Voir notre article sur ce sujet)
Le dollar renoue avec son statut de refuge
Dans ce contexte d'incertitude géopolitique, le billet vert profite pleinement de son rôle de valeur refuge. Le Dollar Index, qui mesure la devise américaine face à un panier de grandes monnaies, a culminé jeudi à 102,20 points, un sommet inédit depuis plus d'un an.
Le rebond de vendredi rappelle toutefois que la tendance reste sensible aux statistiques américaines. L'économie des États-Unis n'a créé que 29 000 emplois en septembre, loin des 90 000 attendus, et le taux de chômage est remonté à 4,2 %. De quoi tempérer les anticipations de nouvelles hausses de taux de la Fed et offrir un peu d'air à l'euro.
Quelles perspectives ?
Plusieurs rendez-vous détermineront la suite du mouvement : la prochaine réunion de la Fed, la décision de la BCE en décembre, l'évolution des prix de l'énergie et l'examen du budget français. Les modèles de Trading Economics anticipent un retour de l'EUR/USD vers 1,15 dollar d'ici la fin du trimestre, un scénario qui suppose une détente du côté américain.


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