L’Energy Information Administration américaine anticipe désormais un prix moyen du Brent de 86,81 dollars en 2026. Cette prévision se rapproche de la moyenne de 88,4 dollars déjà observée depuis janvier, alors que le budget tunisien repose sur une hypothèse de 63,3 dollars. L’écart accentue les risques pesant sur la compensation énergétique et les équilibres budgétaires.
Le risque pétrolier pourrait s’installer dans la durée. L’Energy Information Administration américaine a fortement relevé sa prévision du prix moyen du Brent pour 2026, désormais fixée à 86,81 dollars le baril.
Cette révision s’explique notamment par la persistance des perturbations au Moyen-Orient. L’agence américaine estime qu’environ 600 000 barils par jour de production régionale pourraient rester indisponibles jusqu’à la fin de 2027, même en cas d’amélioration progressive des échanges et du transport maritime.
Les perturbations avaient atteint environ 5,5 millions de barils par jour en juillet 2026, soit plus de 5 % de la consommation mondiale. L’EIA prévoit une production mondiale moyenne de 100,8 millions de barils par jour en 2026, face à une demande estimée à 104 millions de barils par jour. Cette insuffisance de l’offre contribue à maintenir les prix à des niveaux élevés. Reuters, EIA – Short-Term Energy Outlook
Pour la Tunisie, la nouvelle prévision ne constitue pas uniquement une information sur les marchés internationaux. Elle renforce un risque budgétaire déjà visible dans les données des premiers mois de l’année.
Une moyenne de 88,4 dollars depuis janvier
Entre le début de janvier et le 11 août 2026, le prix moyen coté du Brent s’est établi à environ 88,4 dollars le baril. Il dépasse ainsi de 20,1 dollars, soit 29,4 %, la moyenne annuelle de 68,3 dollars enregistrée en 2025.
Le niveau observé en 2026 est également supérieur aux moyennes de 79,8 dollars en 2024 et de 82,2 dollars en 2023.
La prévision de 86,81 dollars publiée par l’EIA demeure légèrement inférieure à la moyenne enregistrée depuis le début de l’année. Elle indique néanmoins que l’agence américaine ne prévoit pas un recul suffisamment marqué des cours au cours des prochains mois pour ramener la moyenne annuelle vers les niveaux de 2025.
Cette évolution modifie la nature du risque pour la Tunisie. Il ne s’agit plus seulement de supporter quelques séances de forte hausse liées aux événements géopolitiques, mais de faire face à un prix moyen durablement supérieur à l’hypothèse retenue pour construire le budget de l’État.
Un écart de 25,1 dollars avec l’hypothèse budgétaire
Le budget tunisien pour 2026 a été élaboré sur la base d’un prix moyen du Brent de 63,3 dollars le baril. La moyenne de 88,4 dollars observée jusqu’au 11 août dépasse cette hypothèse de 25,1 dollars, soit un écart de près de 40 %.
Même la nouvelle prévision annuelle de l’EIA, fixée à 86,81 dollars, reste supérieure de 23,51 dollars à l’hypothèse budgétaire tunisienne.
Selon les estimations figurant dans les documents préparatoires du budget, chaque hausse d’un dollar du prix du Brent entraîne une augmentation de 164 millions de dinars des dépenses de compensation des hydrocarbures.
Sur cette base, un écart annuel moyen de 25,1 dollars correspondrait mécaniquement à une pression supplémentaire théorique d’environ 4,12 milliards de dinars. En retenant la prévision de 86,81 dollars de l’EIA, l’incidence théorique atteindrait environ 3,86 milliards de dinars.
Ces montants ne constituent toutefois pas une prévision définitive du dépassement budgétaire. La sensibilité de 164 millions de dinars permet de mesurer l’ordre de grandeur du risque, mais son application mécanique suppose notamment que l’écart de prix se maintienne sur l’ensemble de l’année et que les autres variables restent inchangées.
L’incidence réelle dépendra des volumes importés, du calendrier des achats, des prix des différents produits énergétiques, de la consommation nationale, de la production locale d’hydrocarbures et du taux de change du dinar face au dollar.
Une enveloppe de compensation fortement réduite en 2026
Le budget initial consacré à la compensation des hydrocarbures, au profit notamment de la STEG et de la STIR, a été fixé à 4,993 milliards de dinars en 2026.
Cette enveloppe est inférieure de 2,119 milliards de dinars, soit près de 29,8 %, aux 7,112 milliards de dinars inscrits en 2025. Elle recule également de 2,093 milliards de dinars par rapport aux 7,086 milliards prévus en 2024.
La réduction de la compensation programmée pour 2026 reposait donc sur un environnement énergétique nettement plus favorable que celui effectivement observé depuis le début de l’année.
Si l’on ajoutait mécaniquement les 4,12 milliards de dinars correspondant à l’écart entre le Brent moyen observé et l’hypothèse budgétaire, les besoins théoriques approcheraient 9,11 milliards de dinars. Un tel calcul doit toutefois être interprété avec prudence : il ne tient pas compte des ajustements de consommation, des achats déjà sécurisés, de la production nationale, des différences entre les cours du brut et les prix des produits importés, ni des éventuelles mesures prises par les entreprises publiques.
Il met néanmoins en évidence la faible marge offerte par l’enveloppe initiale lorsque le pétrole s’éloigne durablement de l’hypothèse de 63,3 dollars.
La facture énergétique augmente de 33,5 % au premier semestre.
Les données du commerce extérieur montrent que la pression ne se limite plus aux simulations budgétaires.
Au cours des six premiers mois de 2026, les importations tunisiennes de produits énergétiques ont atteint 8,502 milliards de dinars, contre 6,370 milliards de dinars durant la même période de 2025. Leur valeur a ainsi augmenté de 2,132 milliards de dinars, soit 33,5 % en un an.
La facture du premier semestre 2026 dépasse également de 894,4 millions de dinars, soit près de 11,8 %, les 7,608 milliards de dinars enregistrés durant les six premiers mois de 2024.
Cette progression pèse directement sur le déficit commercial énergétique et accroît les besoins en devises. Elle peut également dégrader la situation financière de la STEG et de la STIR si la hausse des coûts d’approvisionnement n’est pas entièrement couverte par les tarifs appliqués ou par les transferts budgétaires.
Les chiffres disponibles portent toutefois sur l’ensemble des produits énergétiques. Leur progression ne peut donc pas être attribuée exclusivement au Brent. Elle résulte également des quantités importées, du prix du gaz et des produits raffinés, de la structure des achats et du taux de change.
Le taux de change amortit partiellement le choc, sans l’annuler.
Le taux de change moyen observé entre janvier et le 10 août 2026 s’est établi à environ 2,911 dinars pour un dollar.
Comme les achats énergétiques sont largement facturés en dollars, l’évolution du dinar peut amplifier ou réduire l’incidence de la hausse du pétrole. Une appréciation du dinar permet d’amortir une partie du renchérissement du baril, tandis qu’une dépréciation augmente simultanément le coût en monnaie nationale de chaque unité importée.
Dans le contexte actuel, la variable dominante reste toutefois l’écart considérable entre le prix du Brent et l’hypothèse budgétaire. Même un taux de change relativement stable ne suffit pas à neutraliser une différence dépassant 23 dollars selon la prévision de l’EIA et 25 dollars selon la moyenne observée jusqu’au 11 août.
Un risque qui dépendra désormais de la durée du choc
La nouvelle prévision de l’EIA modifie les perspectives du marché. L’agence américaine n’anticipe plus un rétablissement rapide de l’ensemble de la production du Moyen-Orient et estime qu’une partie des capacités restera indisponible jusqu’à la fin de 2027.
L’évolution des négociations concernant le détroit d’Ormuz, la sécurité des infrastructures énergétiques et le rétablissement des exportations régionales resteront déterminants. Une amélioration rapide pourrait entraîner un recul des cours pendant les derniers mois de l’année et réduire la moyenne annuelle. À l’inverse, la prolongation des perturbations maintiendrait une forte prime de risque.
Pour la Tunisie, la question centrale n’est donc plus de savoir si le Brent franchira ponctuellement 90 dollars, mais à quel niveau s’établira sa moyenne sur l’ensemble de l’année.
Plus cette moyenne restera proche des 86,81 dollars désormais anticipés par l’EIA — ou des 88,4 dollars déjà observés — plus la pression sera forte sur la compensation, la facture d’importation et le déficit commercial énergétique.
En l’absence d’une actualisation officielle de l’exécution budgétaire, il convient d’éviter de présenter le résultat de la sensibilité de 164 millions de dinars comme un dépassement déjà réalisé. Mais les données disponibles montrent que le risque n’est plus seulement théorique : il apparaît déjà dans la hausse de plus de 2,1 milliards de dinars des importations énergétiques au premier semestre 2026.


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