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ECONOMIE

Inflation et SMIG : en dix ans, les prix ont progressé de 90,1 %, contre 64,1 % pour le salaire minimum.

Pourquoi l'inflation ressentie est-elle souvent supérieure à l'inflation mesurée par l'INS ? Sur le dernier quinquennat, l'inflation a varié de 0 % pour les services hospitaliers à 106 % pour les viandes

Inflation et SMIG : en dix ans, les prix ont progressé de 90,1 %, contre 64,1 % pour le salaire minimum.

Entre juin 2016 et juin 2026, l’indice général des prix à la consommation a augmenté de 90,1 %, tandis que le SMIG mensuel du régime de 48 heures a progressé de 64,1 %. Si les revalorisations du salaire minimum ont absorbé une partie importante du choc inflationniste, elles n’ont pas permis de préserver entièrement le pouvoir d’achat. Derrière la moyenne générale se cachent, en outre, des évolutions extrêmement disparates : sur les cinq dernières années, les prix sont restés stables pour les services hospitaliers, alors qu’ils ont plus que doublé pour les viandes.

Au cours des dix dernières années, entre juin 2016 et juin 2026, l’indice des prix à la consommation familiale de l’ensemble des produits a enregistré une hausse cumulée de 90,1 %.

Sur la même période, le salaire minimum interprofessionnel garanti a progressé de 64,1 % pour le régime de 48 heures par semaine et de 62,3 % pour celui de 40 heures. Le SMIG mensuel brut s’établit actuellement à 554,736 dinars dans le régime de 48 heures et à 470,251 dinars dans celui de 40 heures.

La comparaison fait ainsi ressortir un écart de 26 points de pourcentage entre l’évolution du niveau général des prix et celle du SMIG de 48 heures. Autrement dit, les revalorisations successives du salaire minimum ont compensé une partie substantielle de l’inflation accumulée, mais elles sont restées insuffisantes pour maintenir intégralement le pouvoir d’achat des salariés rémunérés au minimum légal.

Cette moyenne de 90,1 % masque toutefois des trajectoires très contrastées. Parmi les 14 grandes familles de produits et services suivies par l’Institut national de la statistique, l’inflation cumulée sur la décennie varie de seulement 14 % pour les communications à 136 % pour les restaurants et hôtels.

Deux quinquennats marqués par un décrochage différent du SMIG

La décomposition de la décennie en deux périodes quinquennales successives permet de mieux comprendre la formation de cet écart.

Entre juin 2016 et juin 2021, l’inflation cumulée s’est élevée à 34,6 %, tandis que le SMIG mensuel du régime de 48 heures a progressé de 27 %. Le différentiel entre la hausse des prix et celle du salaire minimum a donc atteint 7,6 points de pourcentage.

Durant le quinquennat suivant, allant de juin 2021 à juin 2026, le rythme de hausse des prix s’est accéléré. L’inflation cumulée a atteint 41,3 %, contre une revalorisation de 29,2 % du SMIG de 48 heures. L’écart s’est ainsi creusé à 12,1 points.

Le décrochage entre le SMIG et l’inflation a donc été plus marqué durant le second quinquennat. Malgré une revalorisation plus importante du salaire minimum entre 2021 et 2026, celle-ci n’a pas suffi à suivre l’accélération générale des prix.

2016-2021 : tabac, restauration et hôtellerie en tête

Durant le premier quinquennat, la plus forte inflation cumulée a été enregistrée par le groupe « Boissons alcoolisées et tabac », dont les prix ont progressé de 53,2 %.

Le groupe « Restaurants et hôtels » arrive en deuxième position, avec une hausse de 51,4 %.

Les produits alimentaires occupent la huitième place du classement, avec une inflation cumulée de 35,7 %, légèrement supérieure à la moyenne générale de la période, établie à 34,6 %.

À l’autre extrémité, les communications ont affiché l’évolution la plus modérée, avec une augmentation cumulée des prix limitée à 5,1 % entre 2016 et 2021.

2021-2026 : l’alimentation et l’habillement accélèrent fortement

La structure de l’inflation s’est sensiblement transformée durant le deuxième quinquennat.

Les articles d’habillement ont enregistré la plus forte hausse, avec une inflation cumulée de 60,2 %. Ils sont suivis de très près par les produits alimentaires, dont les prix ont progressé de 59 %.

L’accélération est particulièrement spectaculaire pour l’alimentation. Son inflation cumulée a augmenté de 23,3 points par rapport au quinquennat précédent, au cours duquel elle s’était établie à 35,7 %.

Les chaussures se classent en troisième position, avec une hausse cumulée de 57,4 %. Le groupe « Restaurants et hôtels » maintient également un rythme très élevé, avec une nouvelle progression de 55,8 %.

L’enseignement apparaît, pour sa part, à la cinquième place du classement, avec une inflation cumulée de 42,4 %, légèrement supérieure à la moyenne générale de 41,3 %.

Les communications demeurent une nouvelle fois le groupe le moins inflationniste. Leurs prix n’ont augmenté que de 8,5 % entre 2021 et 2026. Cette évolution relativement contenue peut notamment s’expliquer par les économies d’échelle, la concurrence entre opérateurs et l’amortissement progressif des infrastructures technologiques.

De 0 % pour les services hospitaliers à 106 % pour les viandes

L’éclatement des 14 grandes familles de consommation en 51 produits et services, selon la nomenclature publiée par l’INS, révèle des écarts encore plus spectaculaires.

Les services hospitaliers ont conservé exactement le même niveau de prix entre juin 2021 et juin 2026. Leur inflation cumulée ressort ainsi à 0 %.

Les services de téléphonie, d’assurance et les services postaux ont également enregistré des augmentations relativement modérées, inférieures à 10 % sur le dernier quinquennat.

À l’opposé, quatre produits appartenant au groupe alimentaire figurent parmi les six postes ayant subi les plus fortes hausses de prix.

Hors alimentation, les vêtements ont augmenté de 64,2 %, tandis que les services d’hébergement ont enregistré une envolée de 78,9 %.

Dans l’alimentation, les prix des poissons ont progressé de 62 %. Ils sont suivis par les légumes, en hausse de 66,1 %, puis par les fruits, dont les prix se sont envolés de 68,9 %.

En tête du classement figurent les viandes, qu’elles soient ovines, bovines ou issues de la volaille, avec une inflation cumulée de 106 %. En l’espace de cinq ans, leur niveau de prix a ainsi plus que doublé.

L’inflation ressentie se concentre sur les dépenses essentielles.

C’est précisément au niveau de ces produits que se forme une grande partie de l’inflation effectivement ressentie par les ménages, notamment ceux appartenant aux catégories moyennes et modestes.

L’indice général des prix repose sur un panier moyen comprenant des produits et services dont les évolutions sont très différentes. Or, les ménages aux revenus les plus faibles consacrent généralement une part plus importante de leur budget à l’alimentation et aux autres dépenses essentielles, c’est-à-dire aux postes qui ont subi certaines des hausses les plus importantes.

Une inflation annuelle de 4 % ou 5 % peut paraître relativement limitée lorsqu’elle est observée sur une seule année. Son accumulation produit toutefois des effets considérables. Une hausse de 5 % répétée pendant cinq années successives représente, par exemple, une augmentation totale de près de 28 %.

Cette progression peut passer presque inaperçue d’une année à l’autre, mais elle finit par modifier profondément les habitudes de consommation et les arbitrages budgétaires des ménages.

Sur la décennie écoulée, les différentes revalorisations du SMIG ont permis d’absorber une partie importante de l’inflation. Elles n’ont toutefois pas suffi à neutraliser complètement la hausse générale des prix, et encore moins l’envolée de certaines dépenses essentielles comme l’alimentation, l’habillement, l’hébergement ou la restauration.

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