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BOURSE, ECONOMIE

Tunis Re publie son deuxième rapport de durabilité : 279 tonnes de CO2 et une trajectoire bas carbone à l'horizon 2030

Tunis Re publie son deuxième rapport de durabilité : 279 tonnes de CO2 et une trajectoire bas carbone à l'horizon 2030

La Société Tunisienne de Réassurance (Tunis Re) a publié son deuxième rapport de durabilité, consacré à l'exercice 2025. Élaboré selon le guide ESG de la Bourse de Tunis et en référence aux normes GRI, le document s'appuie sur une analyse de double matérialité qui retient huit enjeux prioritaires pour 2025-2027. Il chiffre à 279 tonnes de CO2 les émissions directes et indirectes liées à l'énergie de la compagnie et fixe des objectifs à l'horizon 2030 : une baisse de 25 % de ces émissions et de 20 % de l'intensité carbone du portefeuille financier. Le rapport détaille par ailleurs les actions menées en matière sociale, sociétale et de gouvernance.

Un réassureur coté dans le programme ESG de la Bourse

Fondée le 25 mars 1981 à l'initiative des pouvoirs publics, Tunis Re est cotée en Bourse depuis 2010. Son capital s'élève à 100 MDT et reste détenu majoritairement par des institutions financières : le secteur des assurances en détient 55 %, le secteur bancaire 26 %, l'État 5 % et les autres actionnaires 14 %. En 2025, la compagnie a réalisé un chiffre d'affaires de 243,176 MDT et un résultat de 26,980 MDT, pour une rentabilité des fonds propres (ROE) de 10,09 %.

L'activité est largement internationale. La Tunisie ne représente que 42 % du chiffre d'affaires, devant l'Asie (23 %), les pays arabes (18 %), l'Afrique (13 %) et le Maghreb (4 %). Côté solidité financière, AM Best a relevé le 18 juin 2025 la perspective de la compagnie de négative à stable, tout en maintenant sa note à B (Fair) en raison du risque souverain. Fitch Ratings a confirmé le 13 juin 2025 la note nationale AA(tn), assortie d'une perspective stable.

La démarche de durabilité s'est structurée récemment. Tunis Re a réalisé son premier bilan carbone en 2022, puis a été retenue le 18 janvier 2024 pour intégrer le programme ESG Tunisie, mené par la Bourse de Tunis et la Société financière internationale (SFI). Son premier rapport de durabilité, consacré à l'exercice 2024, a été diffusé en août 2025. Le second, qui couvre l'exercice 2025, porte sur l'ensemble des activités relevant du périmètre juridique de la société.

Dans son mot d'introduction, la directrice générale Lamia Ben Mahmoud souligne qu'en tant que réassureur, la compagnie est « confrontée en première ligne » à l'évolution des risques, notamment climatiques, et que cette position exige « une capacité d'anticipation, d'adaptation et d'action responsable ».

Une gouvernance ESG rattachée au Conseil

Le pilotage de la durabilité repose sur deux niveaux. Un comité interne dédié aux enjeux ESG coordonne et suit les actions. Au niveau du Conseil d'administration, le comité des risques et de la conformité a vu son périmètre élargi et a été rebaptisé en 2025 « Comité des risques, de la conformité et de la durabilité ». Présidé par un membre indépendant, il inscrit un point ESG permanent à l'ordre du jour de chacune de ses réunions et examine la stratégie RSE, le plan d'action et le reporting.

Le Conseil, présidé par Slah Kanoun, compte douze membres, huit hommes et quatre femmes, dont 25 % d'administrateurs indépendants. Les femmes représentent 33 % des membres des comités émanant du Conseil et 41 % de ceux des comités internes. La compagnie affiche un objectif de parité dans l'ensemble de ses comités.

Les enjeux prioritaires ont été définis par une analyse de double matérialité, menée avec l'appui d'un cabinet de conseil local. La consultation a porté sur 45 parties prenantes internes, dont 9 administrateurs et 36 cadres, et sur 19 parties prenantes externes. Un comité interne a ensuite évalué l'impact financier de chaque enjeu selon trois critères : l'ampleur de l'impact, son influence stratégique et sa probabilité de survenance.

Le croisement de la matérialité d'impact et de la matérialité financière a débouché sur huit enjeux prioritaires pour 2025-2027. Sur le plan environnemental, il s'agit d'accélérer la transition bas carbone et de réduire l'empreinte écologique des opérations. Sur le plan social, la compagnie vise l'inclusion et la diversité, des conditions de travail équitables et sûres, et la mobilisation du secteur de l'assurance autour des risques émergents. En matière de gouvernance, elle retient la gestion éthique des données, le développement d'une stratégie d'impacts positifs et des achats durables.

279 tonnes de CO2 et des objectifs fixés à 2030

Le bilan carbone actualisé en 2025 établit les émissions de la compagnie à 279 tonnes de CO2. Les émissions directes (scope 1) s'élèvent à 148 tonnes, dont 113 tonnes liées à la consommation de carburant et 35 tonnes d'émissions fugitives. Les émissions indirectes liées à l'électricité (scope 2) atteignent 131 tonnes.

L'évolution sur un an est contrastée. Les émissions liées à l'électricité reculent de 8 tonnes, soit -5,8 %, de 139 à 131 tonnes, grâce notamment au remplacement progressif de l'éclairage par des ampoules LED. À l'inverse, celles liées au carburant progressent de 2 tonnes, soit +1,8 %, de 111 à 113 tonnes. Le rapport ne publie que les scopes 1 et 2 : les émissions indirectes liées à l'activité, notamment au portefeuille de placements, ne sont pas chiffrées.

La compagnie s'est dotée d'une stratégie climat pour 2025-2030. Elle vise une réduction de 25 % de ses émissions internes (scopes 1 et 2) d'ici 2030 et de 20 % de l'intensité carbone de son portefeuille financier, avec un suivi annuel. Elle se fixe aussi l'objectif de se conformer à la norme ISO 14064 relative aux gaz à effet de serre d'ici 2026. Sa politique environnementale prévoit l'intégration de critères carbone dans la gestion des investissements, des exclusions sectorielles ciblées, ainsi que des volets consacrés à la mobilité, au numérique et aux achats.

Sur le plan opérationnel, un cabinet a été retenu le 15 janvier 2026 pour mener les études d'un projet d'installation de panneaux photovoltaïques. La consommation de toners a baissé de 21,1 % en un an et les achats de cartouches neuves d'un tiers, portée par la numérisation des processus : les cartouches recyclées représentent désormais 73,3 % du volume, en hausse de 4,9 points. La compagnie a aussi donné 58 équipements informatiques et mobiliers à des établissements scolaires des régions intérieures.

Formation, inclusion et engagement sectoriel

Tunis Re comptait 106 salariés en 2025, dont 54 % de femmes et 46 % d'hommes, et deux salariés à mobilité réduite. En matière de formation, 93 collaborateurs ont été formés, soit 87,73 % de l'effectif, pour un total de 434,5 jours, soit 4,09 jours par employé. L'investissement moyen s'élève à 2 253 dinars par collaborateur. Deux cadres ont suivi une formation sur la comptabilité carbone et le MACF organisée par la Bourse de Tunis et la Fondation Konrad-Adenauer.

Le rapport recense de nombreuses actions de bien-être au travail : formation au secourisme de 20 % du personnel, ateliers de gestion du stress, campagnes de prévention santé et partenariats sportifs. En matière d'éthique, la totalité des collaborateurs a adhéré à la charte de conformité et a été formée à la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Deux sessions de sensibilisation à la cybersécurité ont également été organisées.

Au-delà de son périmètre, la compagnie met en avant son rôle dans l'écosystème. Elle indique participer au comité restreint du CMF chargé d'élaborer un référentiel sectoriel d'indicateurs ESG pour le secteur financier, aux travaux de la FTUSA sur une stratégie RSE de l'assurance, et, depuis 2024, au comité de pilotage public-privé de la Stratégie nationale de financement des risques de catastrophes. Elle a également développé une offre de cyber-assurance destinée aux PME, en partenariat avec IRIS.

Côté sociétal, Tunis Re a poursuivi la réhabilitation et l'équipement d'établissements scolaires, en s'approvisionnant auprès d'une entreprise locale de Jendouba. Elle a aussi soutenu l'Union tunisienne d'aide aux insuffisants mentaux et mené une action solidaire pendant le Ramadan avec El Amana Takaful. Enfin, des questionnaires ESG destinés aux fournisseurs ont été validés par le comité des risques et commencent à être diffusés.

Une démarche structurée, des jalons encore à franchir

Ce deuxième rapport témoigne d'une démarche qui se structure. L'analyse de double matérialité est documentée, la gouvernance ESG est rattachée au Conseil d'administration et les objectifs climatiques sont chiffrés. Ces éléments répondent à des points que le Conseil du Marché Financier, dans son étude publiée le 30 octobre 2026, jugeait encore insuffisants dans la majorité des rapports ESG des sociétés cotées, à commencer par l'analyse de matérialité.

Plusieurs étapes restent à venir. Le rapport ne fait pas état d'une vérification par un tiers indépendant, et son index précise que les informations sont publiées « en référence » aux normes GRI. Le bilan carbone se limite aux scopes 1 et 2, alors que l'objectif de baisse de 20 % de l'intensité carbone du portefeuille financier supposera de mesurer les émissions associées aux placements. L'année de référence des objectifs de réduction n'est pas précisée.

L'exercice 2026 constituera un premier rendez-vous : la compagnie s'y est engagée à atteindre la conformité à la norme ISO 14064 et à avancer sur son projet photovoltaïque. Pour un réassureur directement exposé aux risques climatiques par son activité de souscription, la capacité à relier ces enjeux à sa performance financière sera le principal indicateur de maturité de sa démarche.

Sources

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