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Tunisie : la croissance ralentit à 2,3 % au deuxième trimestre 2026
ECONOMIE

Tunisie : la croissance ralentit à 2,3 % au deuxième trimestre 2026

16/08/2026 13:03 7 vues Par Moez Hadidane

Après avoir atteint 2,6 % au premier trimestre, la croissance économique tunisienne a ralenti à 2,3 % au deuxième trimestre 2026. L’agriculture et les services demeurent les principaux moteurs de l’activité, tandis que l’industrie marque presque le pas. Du côté de la demande, la croissance repose entièrement sur la demande intérieure, alors que les échanges extérieurs exercent une contribution négative. Selon les premières estimations des comptes nationaux trimestriels publiées par l’Institut national de la statistique (INS), le produit intérieur brut réel, corrigé des variations saisonnières, a progressé de 2,3 % en glissement annuel au deuxième trimestre 2026, après une croissance de 2,6 % au trimestre précédent. En variation trimestrielle, c’est-à-dire par rapport au premier trimestre 2026, le PIB réel a augmenté de 1,4 %. Cette progression intervient après un recul de 0,3 % au premier trimestre par rapport au quatrième trimestre 2025, traduisant ainsi un redressement de l’activité d’un trimestre à l’autre. Sur l’ensemble du premier semestre 2026, l’économie tunisienne a enregistré une croissance de 2,4 % par rapport à la même période de 2025, contre 2,5 % sur l’ensemble de l’année précédente. L’agriculture reste le premier moteur sectoriel. L’analyse du PIB selon l’optique de la production fait ressortir une croissance principalement soutenue par l’agriculture et les services, tandis que les performances de l’industrie demeurent faibles et très contrastées d’une branche à l’autre. L’agriculture, la sylviculture et la pêche ont enregistré une croissance de 5,5 % en glissement annuel, nettement supérieure à celle de l’ensemble de l’économie. Le rythme de progression du secteur a néanmoins ralenti par rapport au premier trimestre 2026, où il atteignait 7,4 %, et à l’ensemble de l’année 2025, durant laquelle la valeur ajoutée agricole avait augmenté de 11,7 %. En variation trimestrielle, l’activité agricole a progressé de 1,2 %. Avec un poids de 9,2 % dans le PIB, le secteur a apporté 0,51 point de pourcentage à la croissance du deuxième trimestre. Il constitue ainsi la première contribution individuelle parmi les différentes branches d’activité. Cette contribution explique à elle seule plus d’un cinquième de la croissance économique enregistrée au cours du trimestre. Les services apportent plus de la moitié de la croissance. Les services ont conservé une dynamique favorable, avec une progression de leur valeur ajoutée de 1,9 % sur un an et de 1 % par rapport au premier trimestre 2026. Pris dans leur ensemble, ils ont contribué à hauteur de 1,18 point de pourcentage aux 2,3 % de croissance du PIB, soit un peu plus de la moitié de la croissance économique du trimestre. Cette contribution importante tient principalement au poids prépondérant des services dans l’économie, même si leurs taux de croissance restent, pour plusieurs branches, relativement modérés. L’hébergement et la restauration affichent la progression la plus soutenue parmi les principales activités de services, avec une croissance de 4,6 %. Malgré un poids limité à 3,4 % du PIB, cette branche a contribué à hauteur de 0,16 point à la croissance globale. Les services d’information et de communication ont progressé de 3,5 % et apporté 0,13 point de croissance. Le transport et l’entreposage ont augmenté de 1,7 %, pour une contribution de 0,10 point. Certaines branches à forte pondération ont également soutenu l’activité malgré des progressions plus modérées : le commerce et la réparation, qui représentent 11,5 % du PIB, ont progressé de 1,4 % et contribué à hauteur de 0,16 point ; l’administration publique et la défense, dont le poids atteint 9 %, ont enregistré une croissance de 2 % et apporté 0,18 point ; l’enseignement a progressé de 2 %, pour une contribution de 0,13 point ; la santé humaine et l’action sociale ont augmenté de 1,4 %, contribuant à hauteur de 0,06 point ; les activités financières et d’assurance ont progressé de 0,8 %, pour une contribution de 0,04 point. Ces résultats montrent qu’un taux de croissance sectoriel élevé ne se traduit pas nécessairement par une contribution importante au PIB : celle-ci dépend également du poids de la branche dans l’économie. L’industrie manufacturière progresse faiblement. Les industries manufacturières ont enregistré une croissance limitée à 0,9 % en glissement annuel, après 3,1 % au premier trimestre. En variation trimestrielle, leur valeur ajoutée a reculé de 1,5 %, ce qui confirme une perte de dynamisme au deuxième trimestre. Cette faible progression annuelle masque toutefois des évolutions très divergentes. Les branches ayant soutenu l’activité manufacturière sont principalement : les industries diverses : +3,7 % ; les industries agroalimentaires : +2,1 % ; les industries mécaniques et électriques : +1,6 % ; les industries des autres produits minéraux non métalliques : +1,2 %. Les industries agroalimentaires et les industries mécaniques et électriques ont chacune apporté environ 0,07 point à la croissance du PIB. Les industries diverses ont contribué à hauteur de 0,06 point. À l’inverse, les industries chimiques ont subi une forte contraction de 7 %, retranchant environ 0,08 point à la croissance. Les industries du textile, de l’habillement et du cuir ont reculé de 0,9 %, avec une contribution négative de 0,02 point. Le raffinage du pétrole a, quant à lui, affiché une forte croissance de 19,2 %. Son poids extrêmement faible dans le PIB sur la période limite cependant son incidence sur la croissance globale. Les industries non manufacturières pénalisées par les mines et les hydrocarbures La valeur ajoutée des industries non manufacturières a diminué de 1,7 % en glissement annuel. Le secteur a néanmoins rebondi de 3 % par rapport au premier trimestre 2026. Cette catégorie regroupe quatre grandes branches : l’extraction de pétrole et de gaz naturel, l’extraction des produits miniers, la production et la distribution d’électricité et de gaz, ainsi que l’eau, l’assainissement et la gestion des déchets. La contraction annuelle provient principalement de deux activités : l’extraction des produits miniers, en baisse de 9,6 %, a retranché 0,08 point à la croissance ; l’extraction de pétrole et de gaz naturel, en repli de 1,1 %, a apporté une contribution négative de 0,02 point. La production et la distribution d’électricité et de gaz ont également légèrement reculé de 0,5 %, avec une contribution négative de 0,01 point. En revanche, la branche de l’eau, de l’assainissement et de la gestion des déchets a progressé de 3,3 %, contribuant positivement à hauteur de 0,03 point. Au total, l’ensemble de l’industrie — manufacturière et non manufacturière — a enregistré une croissance annuelle de seulement 0,3 %, après 2,6 % au premier trimestre. Le secteur industriel a par ailleurs reculé de 0,5 % en variation trimestrielle, confirmant sa quasi-stagnation. Un net rebond de la construction La construction, qui constitue un grand secteur distinct de l’industrie, a enregistré une croissance de 3,6 % en glissement annuel, après une contraction de 7,1 % au premier trimestre. En variation trimestrielle, sa valeur ajoutée a bondi de 16,8 %, soit la plus forte progression parmi les grands secteurs d’activité. Ce rebond doit toutefois être interprété à la lumière du faible niveau d’activité observé au trimestre précédent. Avec un poids de 4,4 % dans le PIB, la construction a contribué à hauteur de 0,16 point à la croissance du deuxième trimestre. Malgré ce redressement, sa valeur ajoutée a encore reculé de 1,8 % sur l’ensemble du premier semestre 2026. PIB optique demande : une croissance entièrement portée par la demande intérieure L’analyse du PIB selon les composantes de la demande confirme le rôle déterminant de la demande intérieure. Constituée principalement des dépenses de consommation et de la formation brute de capital fixe, c’est-à-dire l’investissement, la demande intérieure a progressé de 3,3 % en glissement annuel au deuxième trimestre 2026. Elle a ainsi apporté une contribution positive de 3,61 points de pourcentage à la croissance du PIB. Cette contribution, supérieure au taux de croissance global de 2,3 %, signifie que la demande intérieure a plus que compensé l’effet défavorable des échanges extérieurs. Le solde des échanges extérieurs a en effet retranché 1,33 point de pourcentage à la croissance. Les exportations de biens et services ont progressé de 10,4 %, mais cette hausse a été dépassée par celle des importations, qui ont augmenté de 11,2 %. La croissance du deuxième trimestre repose donc sur une configuration déséquilibrée : la demande intérieure soutient l’activité, tandis que la demande extérieure nette la freine. Cette évolution peut également accentuer les tensions sur le déficit commercial si l’accélération des importations se prolonge. Une trajectoire encore éloignée de l’objectif budgétaire Le budget de l’État pour 2026 a été élaboré sur la base d’une hypothèse de croissance de 3,3 % sur l’ensemble de l’année. Avec une progression limitée à 2,4 % au premier semestre, la réalisation de cet objectif supposerait une accélération très marquée de l’activité durant la seconde moitié de l’année, avec une croissance moyenne en glissement annuel nettement supérieure à 4 %. Une telle accélération paraît, à ce stade, exigeante au regard de la quasi-stagnation de l’industrie, de la contribution négative des échanges extérieurs et du ralentissement observé dans l’agriculture. Les prévisions des institutions financières sont d’ailleurs généralement plus prudentes que l’hypothèse budgétaire, même si elles diffèrent selon les organismes et les dates de publication. Il serait donc préférable de présenter 2,6 % en 2026 et 2,7 % en 2027 comme un scénario de référence ou un consensus indicatif, et non comme la prévision unanime de la majorité des institutions. À titre d’exemple, le FMI affiche actuellement une prévision de croissance de 2,1 % pour la Tunisie en 2026. Le scénario gouvernemental retient 3,3 %, tandis que les projections du FMI sont plus prudentes. Les délestages pourraient peser sur le troisième trimestre. Les coupures d’électricité et les opérations de délestage intervenues en juillet constituent un risque supplémentaire pour l’activité du troisième trimestre. Leur incidence pourrait se manifester à travers l’interruption temporaire de la production, la désorganisation des chaînes de fabrication, l’augmentation des coûts d’exploitation et les pertes subies par certaines entreprises ne disposant pas de solutions énergétiques de secours. Il convient néanmoins de rester prudent : leur effet macroéconomique dépendra de leur durée, de leur fréquence, de leur répartition géographique et de l’exposition des secteurs concernés. Elles pourraient freiner la croissance du troisième trimestre, mais les informations disponibles ne permettent pas encore d’en quantifier précisément l’impact. Les premières estimations de la croissance au troisième trimestre 2026 devraient être publiées par l’INS autour du 15 novembre 2026, conformément au calendrier trimestriel habituel de l’Institut. En définitive, les résultats du deuxième trimestre décrivent une économie toujours en croissance, mais dont la dynamique reste fragile et inégalement répartie. L’agriculture et les services assurent l’essentiel de l’expansion, alors que l’industrie demeure presque à l’arrêt. Le rebond de la construction constitue un signal encourageant, mais la contribution négative du commerce extérieur et les risques énergétiques pourraient compliquer l’accélération nécessaire pour atteindre l’objectif de croissance retenu dans le budget 2026.

Tunisie : le chômage recule, mais le nombre d’occupés baisse aussi-Analyse
ECONOMIE

Tunisie : le chômage recule, mais le nombre d’occupés baisse aussi-Analyse

16/08/2026 12:36 8 vues Par Moez Hadidane

Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage tunisien s’est replié de 15 % à 14,9 %. Cette amélioration apparente ne s’accompagne cependant pas d’une progression de l’emploi : le nombre estimé de personnes occupées a diminué de 58 200 en trois mois. Le recul du chômage tient principalement à la contraction de la population active, qui compte 77 500 personnes de moins. Une évolution qui soulève plusieurs interrogations sur les sorties du marché du travail, en particulier chez les femmes. Les indicateurs de l’emploi et du chômage publiés par l’Institut national de la statistique (INS) au titre du deuxième trimestre 2026 présentent une situation à première vue paradoxale. Entre les deux premiers trimestres de l’année, la Tunisie compte à la fois moins de personnes occupées et moins de chômeurs. Dans le même temps, le taux de chômage diminue légèrement. Cette configuration n’est pourtant pas contradictoire. Elle s’explique par une contraction importante de la population active, c’est-à-dire de l’ensemble formé par les personnes qui travaillent et celles qui sont sans emploi, mais qui en recherchent activement un et sont disponibles pour travailler. La légère baisse du taux de chômage ne traduit donc pas une amélioration généralisée du marché du travail. Elle intervient alors que le nombre estimé d’occupés recule et qu’une part plus importante de la population en âge de travailler se retrouve en dehors de la population active. Une population active en baisse de 77 500 personnes Au deuxième trimestre 2026, la population active tunisienne est estimée à 4,1905 millions de personnes, contre 4,268 millions au premier trimestre. Elle a ainsi diminué de 77 500 personnes, soit une contraction de 1,8 % en trois mois. Cette baisse est d’autant plus notable que la population âgée de 15 ans et plus a continué d’augmenter. Elle est passée de 9,2985 millions à 9,3758 millions de personnes entre les deux trimestres, soit une progression d’environ 77 300 personnes. Le taux d’activité, qui rapporte la population active à la population âgée de 15 ans et plus, est ainsi revenu de : 45,9 % au premier trimestre 2026 ; à 44,7 % au deuxième trimestre ; soit une diminution de 1,2 point de pourcentage. Autrement dit, sur 100 personnes âgées de 15 ans et plus, moins de 45 participent désormais au marché du travail, soit en occupant un emploi, soit en en recherchant activement un. Par différence, le nombre estimé de personnes inactives âgées de 15 ans et plus serait passé d’environ 5,031 millions à 5,185 millions, ce qui représente une augmentation proche de 155 000 personnes. Cette variation ne signifie cependant pas nécessairement que 155 000 personnes précédemment actives sont devenues inactives au cours du trimestre. Une partie de l’augmentation provient également de la croissance estimée de la population âgée de 15 ans et plus. Par ailleurs, l’Enquête nationale sur l’emploi mesure des stocks de population à deux périodes différentes et ne suit pas individuellement le parcours de chaque personne. Le nombre estimé d’occupés recule de 58 200 Le nombre de personnes occupées s’est établi à 3,5681 millions au deuxième trimestre 2026, contre 3,6263 millions au trimestre précédent. Le stock estimé d’occupés a donc diminué de 58 200 personnes, soit 1,6 %, en trois mois. Cette variation doit être formulée avec précision. Elle ne signifie pas nécessairement que 58 200 postes de travail ont été détruits. L’enquête mesure le nombre de personnes considérées comme occupées pendant une courte période de référence, généralement une semaine. Elle ne comptabilise pas directement les créations et les suppressions de postes intervenues au cours du trimestre. Des emplois ont pu être créés tandis que d’autres disparaissaient. Certaines personnes ont pu quitter leur emploi, être remplacées ou changer de situation professionnelle. La diminution de 58 200 correspond donc à une variation nette du nombre estimé de personnes occupées, et non à un décompte administratif de postes supprimés. Elle indique néanmoins que le deuxième trimestre ne s’est pas caractérisé par une augmentation globale de la population en emploi. Comment les occupés et les chômeurs peuvent-ils diminuer simultanément ? La population âgée de 15 ans et plus est répartie, au regard du marché du travail, entre trois grandes catégories : les personnes occupées ; les chômeurs ; les personnes inactives. Selon la méthodologie de l’INS, une personne est considérée comme chômeuse si elle est sans travail, recherche un emploi et est disponible pour travailler. Une personne sans emploi qui ne remplit pas l’ensemble de ces critères est classée parmi les inactifs. Une personne qui perd son emploi ne devient donc pas automatiquement chômeuse au sens statistique. Si elle ne recherche pas activement un nouveau travail, n’est pas immédiatement disponible, reprend des études, part à la retraite, se consacre principalement aux tâches ménagères ou quitte durablement le marché du travail, elle peut être classée parmi les inactifs. Au deuxième trimestre 2026, la diminution de la population active se décompose ainsi : 58 200 personnes occupées de moins ; 19 300 chômeurs de moins ; soit environ 77 500 actifs de moins. Le nombre d’occupés et celui des chômeurs peuvent donc parfaitement diminuer simultanément si le nombre de personnes classées en dehors de la population active augmente. Cela ne permet toutefois pas d’affirmer que les 58 200 personnes qui ne figurent plus parmi les occupés sont toutes devenues inactives. Entre les deux périodes, certains occupés ont pu devenir chômeurs, certains chômeurs retrouver un emploi, tandis que d’autres personnes sont entrées dans la population active ou en sont sorties. Il s’agit de mouvements bruts que les données agrégées publiées par l’INS ne permettent pas de reconstituer. Pourquoi le taux de chômage diminue-t-il ? Le taux de chômage est calculé en rapportant le nombre de chômeurs à la population active. Au premier trimestre 2026, la Tunisie comptait 641 700 chômeurs pour 4,268 millions d’actifs, soit un taux de chômage de 15 %. Au deuxième trimestre, le nombre de chômeurs est revenu à 622 400, tandis que la population active s’est contractée à 4,1905 millions de personnes. Le taux de chômage s’est ainsi établi à 14,9 %. Cette légère baisse s’explique par le fait que le nombre de chômeurs a diminué de 3 %, soit plus rapidement que la population active, qui a reculé de 1,8 %. Elle ne résulte donc pas d’une progression du nombre d’occupés. Il s’agit d’une baisse du chômage dans un marché du travail qui s’est simultanément contracté. Une évolution également visible sur un an Une comparaison entre deux trimestres successifs peut être influencée par la saisonnalité de certaines activités, notamment dans l’agriculture, le commerce, les services ou les activités familiales. La note méthodologique de l’INS indique que l’échantillon est réparti sur l’ensemble de l’année afin de mieux prendre en compte les variations saisonnières. Elle ne précise toutefois pas que les résultats trimestriels diffusés sont corrigés des variations saisonnières. Il est donc utile de compléter la comparaison trimestrielle par une évolution sur un an. Entre le deuxième trimestre 2025 et celui de 2026 : la population active a diminué d’environ 69 400 personnes ; le nombre d’occupés a reculé de 40 700 ; le nombre de chômeurs a diminué de 28 700 ; le taux d’activité est revenu de 46,2 % à 44,7 % ; le taux de chômage a baissé de 15,3 % à 14,9 %. La contraction de l’activité et du nombre d’occupés ne se limite donc pas à la comparaison avec le premier trimestre 2026. Elle apparaît également en glissement annuel. Une contraction presque entièrement concentrée chez les femmes La ventilation par sexe révèle l’un des résultats les plus marquants du trimestre. La population active masculine est restée presque stable, autour de 2,888 millions de personnes. En revanche, la population active féminine est passée d’environ 1,379 million à 1,303 million, soit une baisse proche de 76 000 femmes actives. Le taux d’activité masculin a diminué de 63,9 % à 63,3 %, tandis que celui des femmes a reculé beaucoup plus fortement : 28,9 % au premier trimestre ; 27,1 % au deuxième trimestre ; soit une baisse de 1,8 point. La même divergence apparaît au niveau de l’emploi. Le nombre d’hommes occupés a augmenté d’environ 14 000, pour atteindre 2,546 millions. À l’inverse, le nombre de femmes occupées a reculé de près de 72 000, à 1,0221 million. La totalité de la diminution nette du nombre d’occupés s’explique donc statistiquement par la baisse de l’emploi féminin, que la progression observée chez les hommes n’a que partiellement compensée. Cette évolution se retrouve dans les taux de chômage : le taux de chômage masculin a diminué de 12,3 % à 11,8 % ; celui des femmes a augmenté de 20,7 % à 21,6 %. La baisse du taux de chômage national masque ainsi une dégradation de la situation des femmes actives. Retraites, découragement, migration : des hypothèses, pas encore des conclusions Plusieurs phénomènes peuvent théoriquement expliquer la diminution de la population active. Les sorties à la retraite Les départs à la retraite entraînent une sortie de l’emploi et, le plus souvent, de la population active. Le vieillissement progressif de la population tunisienne peut donc contribuer structurellement à la baisse du taux d’activité. La publication trimestrielle ne présente cependant pas l’évolution des actifs et des occupés par tranche d’âge. Il est donc impossible d’évaluer la contribution exacte des retraites à la diminution observée. Le découragement dans la recherche d’emploi Une personne sans emploi qui renonce à en rechercher activement un n’est plus comptabilisée parmi les chômeurs, même si elle souhaiterait travailler. Elle rejoint alors la population inactive ou la main-d’œuvre potentielle. La réforme méthodologique introduite en 2019 permet à l’INS d’identifier les personnes disponibles pour travailler mais ne recherchant pas activement un emploi, ainsi que les situations de découragement. Ces données ne figurent toutefois pas dans la publication trimestrielle. Le recul du nombre de chômeurs est compatible avec des sorties liées au découragement, mais il ne permet pas d’en mesurer l’importance. L’émigration Le départ à l’étranger de personnes qui travaillaient ou recherchaient un emploi en Tunisie peut également réduire la population active résidente. Le questionnaire de l’enquête recueille des informations sur la migration interne et externe. Mais les indicateurs publiés ne permettent pas d’établir un lien direct entre les mouvements migratoires et la baisse de 77 500 actifs. L’émigration constitue donc une explication possible, mais non démontrée par la publication du deuxième trimestre. Les études et les responsabilités familiales La poursuite d’études, la santé, les responsabilités familiales, les difficultés de garde des enfants et les tâches ménagères peuvent aussi conduire certaines personnes à ne plus participer au marché du travail. Cette hypothèse mérite une attention particulière compte tenu de la forte contraction de l’activité féminine. Mais, là encore, seule une ventilation des sorties d’activité selon leur motif permettrait de déterminer si les obligations familiales expliquent une partie significative de cette évolution. Des données complémentaires que l’INS gagnerait à publier La note méthodologique montre que l’Enquête nationale sur l’emploi recueille des informations plus détaillées que celles figurant dans la publication trimestrielle. Elle couvre notamment les raisons de l’absence d’emploi, la disponibilité, le découragement, la migration et la population active potentielle. La publication de ces données permettrait de mieux interpréter la contraction actuelle du marché du travail. Plusieurs informations seraient particulièrement utiles : les mouvements entre emploi, chômage et inactivité ; les motifs de sortie de la population active ; le nombre de personnes découragées ; la main-d’œuvre potentielle ; la variation des actifs et des occupés par âge et par secteur ; les effets de la migration ; les intervalles de confiance associés aux estimations ; la méthode d’actualisation des pondérations démographiques ; la base de sondage actuellement utilisée ; le caractère brut ou corrigé des variations saisonnières des séries. La note publiée en août 2026 ne fait état d’aucune réforme spécifique introduite entre le premier et le deuxième trimestre. Elle rappelle néanmoins que le plan de sondage, la taille de l’échantillon, les questionnaires et les méthodes de collecte ont évolué au fil du temps. Elle ne précise pas si les estimations de 2026 intègrent les résultats du Recensement général de la population et de l’habitat de 2024. Elle ne fournit pas non plus de marges d’erreur permettant d’apprécier la significativité statistique des variations trimestrielles. Le chômage des jeunes recule, celui des diplômés augmente. Le taux de chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans a diminué de 37,5 % à 35,4 % entre les deux premiers trimestres de 2026. Cette amélioration de 2,1 points reste insuffisante pour modifier le constat structurel : plus d’un jeune actif sur trois demeure au chômage. Le taux atteint : 34,6 % chez les jeunes hommes ; 37,1 % chez les jeunes femmes. La situation s’est, en revanche, nettement détériorée pour les diplômés de l’enseignement supérieur. Leur taux de chômage est passé de 24,2 % à 26,6 %, soit une augmentation de 2,4 points. L’écart entre les sexes est particulièrement important : 14,2 % chez les hommes diplômés ; 35,6 % chez les femmes diplômées. Plus d’une femme diplômée active sur trois se trouve ainsi au chômage, contre environ un homme diplômé sur sept. Ces chiffres confirment les difficultés persistantes d’insertion professionnelle des diplômées et l’inadéquation entre une partie des qualifications disponibles et les besoins du marché. Une évolution contrastée entre milieux urbain et rural Le taux de chômage rural a reculé de 16,5 % à 15 % entre les deux premiers trimestres de 2026. Dans le même temps, le taux urbain a augmenté de 14,4 % à 14,8 %. La convergence des deux taux ne résulte donc pas d’une amélioration uniforme. Elle combine une baisse sensible du taux rural et une légère dégradation en milieu urbain. La diminution du chômage rural pourrait être liée à des mouvements saisonniers dans l’agriculture ou à une contraction de la population active. En l’absence de données détaillées sur les volumes d’emploi et d’activité par milieu, il reste impossible de départager ces explications. Une baisse du taux de chômage à interpréter avec prudence Le recul du taux de chômage de 15 % à 14,9 % constitue une amélioration statistique, mais sa portée économique demeure limitée. Trois évolutions dominent le deuxième trimestre 2026 : la population active compte 77 500 personnes de moins ; le nombre estimé d’occupés diminue de 58 200 ; le taux d’activité recule de 1,2 point, à 44,7 %. Le principal enseignement du trimestre ne réside donc pas dans la baisse d’un dixième de point du taux de chômage, mais dans la contraction de la participation au marché du travail, avec une concentration particulièrement forte chez les femmes. Le défi pour l’économie tunisienne ne consiste pas uniquement à faire baisser le nombre de chômeurs au sens statistique. Il est également de créer suffisamment d’opportunités professionnelles, de maintenir les personnes dans l’activité et de permettre à celles qui souhaitent travailler de rechercher effectivement un emploi. En l’état des informations disponibles, les retraites, le vieillissement, le découragement, les responsabilités familiales, la migration et la saisonnalité peuvent tous contribuer à l’évolution observée. Mais aucun de ces facteurs ne peut être présenté comme l’explication principale sans données complémentaires. La baisse du chômage au deuxième trimestre 2026 doit donc être lue avec prudence : le taux recule légèrement, mais le nombre de personnes qui travaillent diminue également et le marché du travail tunisien compte sensiblement moins d’actifs.

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