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Industrie : l’investissement se redresse, mais la reprise reste très inégale
ECONOMIE

Industrie : l’investissement se redresse, mais la reprise reste très inégale

13/08/2026 13:58 7 vues Par Moez Hadidane

La perception des chefs d’entreprise s’améliore et les investissements industriels déclarés ont progressé de 10,8 % au premier semestre 2026. Cette reprise demeure toutefois concentrée dans quelques secteurs, principalement les industries mécaniques et électriques et l’agroalimentaire, tandis que le textile et la chimie restent en difficulté. Après une année 2025 hésitante, l’investissement industriel tunisien montre des signes de redressement. Les résultats de l’enquête publiée par l’Institut national de la statistique et les données de l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation convergent vers une amélioration au premier semestre 2026. Ils révèlent cependant une reprise très inégalement répartie selon les secteurs et les catégories de projets. Selon l’enquête réalisée en mai 2026 auprès de 1 085 entreprises manufacturières, hors raffinage de pétrole, le solde d’opinion relatif à l’évolution de l’investissement a atteint 24 % au premier semestre, contre 21 % au second semestre 2025. Les anticipations demeurent également favorables : le solde attendu pour le second semestre s’établit à 26 %, alors que les dirigeants interrogés lors de la précédente enquête ne prévoyaient qu’un niveau de 20 % pour le premier semestre. Ces indicateurs ne signifient pas que les investissements ont augmenté de 24 % ou qu’ils progresseront de 26 %. Le solde d’opinion correspond à la différence entre la proportion des entreprises signalant une hausse de leurs investissements et celle déclarant une baisse. Il mesure ainsi le climat ressenti par les industriels, mais pas les montants effectivement engagés. Plus d’investissements, mais moins de projets déclarés Les données de l’APII confirment néanmoins une amélioration des montants annoncés. Les investissements déclarés dans l’industrie ont atteint 1,058 milliard de dinars au premier semestre 2026, contre 955,1 millions de dinars un an auparavant, soit une progression de 10,8 %. Ce rebond intervient après une année 2025 relativement faible. Sur l’ensemble de l’année dernière, les investissements industriels déclarés avaient diminué de 2,1 %, pour s’établir à 2,484 milliards de dinars. La progression enregistrée au premier semestre 2026 s’accompagne toutefois d’une forte baisse du nombre de projets. L’APII en a recensé 1 141, contre 1 443 durant la même période de 2025, soit un recul de 20,9 %. Le montant moyen déclaré par projet augmente donc sensiblement. La reprise paraît portée par un nombre plus réduit d’opérations, mais de taille moyenne plus importante. Sept projets d’au moins 15 millions de dinars concentrent à eux seuls 249,3 millions de dinars, soit près du quart du total déclaré. Les projets recensés devraient permettre, selon leurs promoteurs, la création de 22 582 emplois, contre 15 564 un an plus tôt, soit une hausse de 45,1 %. Ce chiffre correspond cependant à des emplois annoncés et non encore nécessairement créés. Leur réalisation dépendra de l’exécution effective des projets et de leur calendrier de mise en exploitation. Les industries mécaniques et électriques tirent la reprise Les industries mécaniques et électriques constituent le principal moteur de l’amélioration. Dans l’enquête de l’INS, leur solde d’opinion est passé de 35 % au second semestre 2025 à 48 % au premier semestre 2026, soit la progression la plus importante parmi les activités manufacturières. Les données de l’APII confirment cette orientation. Les investissements déclarés dans ce secteur ont atteint 308,3 millions de dinars, en hausse de 31 % sur un an. Les projets recensés affichent également 8 155 emplois potentiels, soit plus du double du niveau déclaré au premier semestre 2025. Cette dynamique prolonge celle observée en 2025, lorsque les investissements déclarés dans les industries mécaniques et électriques avaient déjà augmenté de 13,2 %. Fortement intégré aux chaînes de valeur européennes et largement orienté vers l’exportation, ce secteur semble ainsi disposer d’une meilleure visibilité que plusieurs autres branches de l’industrie tunisienne. L’agroalimentaire contribue également au redressement. Avec 475,1 millions de dinars déclarés au premier semestre, ses investissements ont augmenté de 35,9 %. Il représente à lui seul près de 45 % du montant total annoncé dans l’industrie. Le textile et la chimie restent en retrait La situation est nettement moins favorable dans le textile, l’habillement et le cuir. Le solde d’opinion du secteur est passé de 2 % au second semestre 2025 à -4 % au premier semestre 2026. Il devrait encore se dégrader à -6 % au second semestre, selon les anticipations recueillies par l’INS. Les investissements déclarés confirment cette faiblesse : ils ont diminué de 49,2 %, à 54,2 millions de dinars, tandis que le nombre de projets reculait de 28,8 %. Cette contraction prolonge celle observée sur l’ensemble de 2025, lorsque les montants déclarés avaient déjà baissé de 22,6 %. Les industries chimiques présentent une évolution comparable. Leur solde d’opinion a reculé de 38 % à 29 %, tandis que les investissements déclarés ont chuté de 49,9 %, à 19,2 millions de dinars. Le nombre de projets a diminué de 34 %. Ces résultats montrent que l’amélioration globale ne bénéficie pas uniformément au tissu industriel. Elle repose principalement sur quelques activités, alors que des secteurs historiquement importants pour l’emploi et les exportations restent confrontés à des conditions moins favorables. Les projets exportateurs et étrangers progressent fortement La reprise présente également une composante exportatrice marquée. Les investissements déclarés dans les industries totalement exportatrices ont atteint 452,6 millions de dinars, en hausse de 58,9 %. Ils représentent environ 43 % du total industriel du premier semestre. Les projets à participation étrangère ont, pour leur part, totalisé 274,1 millions de dinars, contre 203,5 millions un an auparavant, soit une augmentation de 34,7 %. Leur nombre a néanmoins diminué, passant de 179 à 168 projets. Là encore, l’amélioration des montants repose sur des opérations moins nombreuses, mais plus importantes. Les investissements à capitaux tunisiens ont progressé plus modérément, de 4,3 %, pour atteindre 783,8 millions de dinars. Une reprise qui doit encore être confirmée La convergence entre l’amélioration du moral des dirigeants et la progression des montants déclarés constitue un signal positif pour l’industrie tunisienne. Elle ne permet toutefois pas encore de conclure à une reprise généralisée de l’investissement productif. Les déclarations enregistrées par l’APII correspondent à des intentions de projets. Elles ne renseignent pas directement sur les décaissements réalisés, l’état d’avancement des investissements ou le nombre d’emplois effectivement créés. La solidité de la reprise dépendra donc de la transformation de ces déclarations en unités opérationnelles, en capacités productives et en emplois durables. Elle devra également être évaluée à travers sa diffusion au-delà des industries mécaniques et électriques et de l’agroalimentaire. Pour l’instant, l’industrie tunisienne paraît moins engagée dans une reprise générale que dans une recomposition : les investissements progressent, mais ils se concentrent dans un nombre limité de projets, de secteurs et d’activités exportatrices. Le véritable test du second semestre sera de savoir si cette dynamique s’élargit ou si les écarts continuent de se creuser au sein du tissu industriel. Sources : INS — Enquête d’opinion auprès des chefs d’entreprises privées, premier semestre 2026 ; APII — Bulletins de conjoncture 2025 et premier semestre 2026.

Immobilier : pourquoi les prix augmentent-ils malgré la baisse des transactions ?
ECONOMIE

Immobilier : pourquoi les prix augmentent-ils malgré la baisse des transactions ?

13/08/2026 13:10 17 vues Par Moez Hadidane

Au quatrième trimestre 2025, les prix de l’immobilier bâti ont progressé de 5,6 % sur un an, tandis que les transactions reculaient et que l’encours des crédits logement diminuait de 1,2 %. Ce paradoxe apparent décrit moins un marché dynamique qu’un marché devenu plus difficile d’accès. Le marché immobilier tunisien présente une évolution singulière : les prix continuent d’augmenter alors que les ventes et le financement bancaire s’essoufflent. D’après l’indice publié par l’Institut national de la statistique, les prix des biens immobiliers bâtis ont progressé de 5,6 % sur un an au quatrième trimestre 2025. Cette hausse atteint 5,7 % pour les appartements et 5,6 % pour les maisons. Les terrains constructibles ont, pour leur part, enregistré une augmentation de 3,9 %. Par rapport au trimestre précédent, le mouvement est plus modéré : les prix des biens bâtis n’ont progressé que de 0,3 %, avec une hausse de 1,8 % pour les maisons et une baisse de 0,3 % pour les appartements. Ces chiffres ne traduisent pourtant pas une accélération des achats. Au contraire, le volume des transactions a continué de diminuer au cours des trois derniers mois de 2025. Des transactions en recul dans toutes les catégories En données corrigées des variations saisonnières, les transactions immobilières ont reculé, par rapport au troisième trimestre, de 4,9 % pour les appartements, de 2,4 % pour les maisons et de 2,9 % pour les terrains résidentiels. La progression des prix ne peut donc pas être interprétée comme le résultat d’une forte demande. Elle s’accompagne, au contraire, d’un rétrécissement du marché : moins de biens changent de propriétaire, mais les opérations effectivement conclues le sont à des prix moyens plus élevés. Cette divergence peut notamment s’expliquer par la rigidité des prix immobiliers. Contrairement à d’autres marchés, les vendeurs ne diminuent pas nécessairement leur prix lorsque la demande ralentit. Certains préfèrent reporter la vente ou retirer leur bien du marché plutôt que d’accepter une réduction importante. L’indice de l’INS repose en outre sur les transactions effectivement enregistrées. Lorsque leur nombre diminue, sa variation peut être influencée par la composition des ventes : la proportion de biens récents, bien situés ou de meilleure qualité peut augmenter parmi les opérations conclues. Sans données détaillées sur le nombre absolu de ventes et leurs caractéristiques, cet effet ne peut toutefois pas être mesuré précisément. Le crédit logement s’est contracté en 2025 L’évolution du financement bancaire renforce l’hypothèse d’un problème d’accessibilité. Selon les données de la Banque centrale de Tunisie, l’encours des crédits logement accordés aux particuliers s’est établi à 13,407 milliards de dinars à fin décembre 2025, contre 13,573 milliards un an auparavant. Il a ainsi diminué de 1,2 %, soit une contraction de près de 166 millions de dinars. Cette évolution marque un retournement par rapport à 2024, année durant laquelle l’encours avait progressé de 1,1 %, après être passé de 13,421 milliards de dinars à fin 2023 à 13,573 milliards à fin 2024. La tendance s’est poursuivie durant les premiers mois de 2026. À fin juin, l’encours des crédits logement s’élevait provisoirement à 13,304 milliards de dinars, en baisse de 0,8 % par rapport à décembre 2025 et de 1,1 % sur un an. L’encours ne doit cependant pas être confondu avec le montant des nouveaux prêts accordés pendant l’année. Sa diminution signifie que les remboursements et les sorties de crédits ont été supérieurs aux nouveaux financements nets. Elle constitue néanmoins un indice clair de l’affaiblissement du soutien bancaire à l’acquisition immobilière. Un marché de moins en moins accessible La combinaison d’une hausse des prix, d’une baisse des transactions et d’une contraction du crédit suggère que le marché immobilier tunisien est confronté à une diminution de la demande solvable. Les ménages qui ne disposent pas d’une épargne suffisante dépendent généralement du crédit pour financer leur acquisition. Lorsque le montant pouvant être emprunté devient insuffisant par rapport au prix demandé, l’achat est reporté ou abandonné. Le marché se concentre alors davantage sur les acquéreurs disposant d’un apport personnel élevé ou capables de financer une part importante de l’opération sans recours bancaire. Dans ce contexte, l’augmentation des prix ne constitue pas nécessairement un signe de bonne santé. Elle peut au contraire aggraver l’écart entre la valeur des biens proposés et la capacité financière des ménages. La conséquence n’est pas immédiatement une baisse généralisée des prix, mais un allongement des délais de vente et une diminution du nombre d’opérations. Les données disponibles ne permettent toutefois pas de mesurer le délai moyen de commercialisation, la proportion des achats réalisés sans crédit ou l’évolution des prix initialement demandés par rapport aux prix finalement négociés. Des évolutions très différentes selon les régions La moyenne nationale masque également d’importantes disparités. Au quatrième trimestre 2025, les prix des biens bâtis ont augmenté de 6,9 % sur un an dans la région du Sahel, qui comprend notamment Nabeul, Sousse, Monastir et Mahdia. La progression n’a été que de 2,9 % dans le Grand Tunis. Les terrains constructibles ont, quant à eux, enregistré une hausse de 5,3 % dans le Sahel, de 4,8 % dans le Grand Tunis et de 3,6 % à Sfax et dans le Sud. Ils ont reculé de 1,1 % dans le Nord-Ouest. Ces écarts confirment qu’il n’existe pas un marché immobilier tunisien uniforme. L’attractivité du littoral, la disponibilité du foncier, la nature des biens proposés et le profil des acquéreurs peuvent produire des évolutions très différentes d’une région à l’autre. Une hausse des prix qui ne signifie pas une reprise Les données du quatrième trimestre 2025, publiées avec plusieurs mois de retard, doivent être interprétées avec prudence. Elles ne permettent pas encore d’évaluer complètement la situation du marché en 2026. Elles mettent néanmoins en évidence une tendance importante : la hausse des prix immobiliers ne s’accompagne plus d’une augmentation des transactions ni du crédit logement. Le marché semble ainsi moins porté par une demande dynamique que par la résistance des prix, la rareté de certains biens et la capacité financière d’un nombre plus limité d’acquéreurs. Pour les ménages, le véritable indicateur n’est donc pas seulement l’évolution du prix au mètre carré. Il réside dans l’écart croissant entre le coût d’un logement, l’épargne disponible et le financement bancaire accessible. Tant que cet écart persistera, les prix pourront continuer à progresser sur les transactions conclues, tout en laissant une part croissante de la demande à l’écart du marché. Sources : Institut national de la statistique — Indice des prix de l’immobilier, quatrième trimestre 2025 ; Banque centrale de Tunisie — encours des crédits aux particuliers.

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