Tunis Stock Exchange
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Les réserves en devises de la Tunisie ont enregistré une progression exceptionnelle le 6 août 2026. En l’espace d’une journée, les avoirs nets en devises de la Banque centrale de Tunisie ont augmenté de 1 383,4 millions de dinars, soit l’équivalent d’environ 472 millions de dollars sur la base du taux de change de la veille. Ils se sont ainsi établis à 24 928 millions de dinars, représentant environ 8,503 milliards de dollars, contre 23 544,6 millions de dinars — soit 8,031 milliards de dollars — le 5 août 2026. Cette forte progression s’est également traduite par une amélioration sensible de la couverture des importations. Les réserves sont passées de 92 jours d’importation le 5 août à 97 jours le 6 août, gagnant ainsi cinq jours en une seule séance. L’hypothèse d’un décaissement d’Afreximbank Par son ampleur, cette variation ne semble pas pouvoir être attribuée aux seuls flux habituels de devises provenant des opérations courantes (recettes touristiques, des transferts des Tunisiens résidant à l’étranger ou des exportations). L’explication la plus probable réside dans l’encaissement de la première tranche du nouveau prêt accordé par la Banque africaine d’import-export, Afreximbank, à la Tunisie. D’un montant global de 500 millions de dollars, ce financement doit être décaissé en deux tranches : une première de 427 millions de dollars, suivie d’une seconde de 73 millions de dollars. La proximité entre les 427 millions de dollars correspondant à la première tranche et la hausse quotidienne de 472 millions de dollars observée dans les réserves constitue un indice particulièrement significatif. L’écart résiduel d’environ 45 millions de dollars pourrait s’expliquer par les autres entrées et sorties de devises enregistrées au cours de la journée, notamment les recettes touristiques, les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger, les recettes d’exportation et les dépenses d’importation. Le financement d’Afreximbank, approuvé par l’Assemblée des représentants du peuple le 29 juillet 2026, est destiné à contribuer au financement du budget de l’État. Le prêt doit notamment permettre de couvrir certains besoins de financement et de renforcer la position de liquidité en devises du pays. Une amélioration importante, mais liée à un nouvel endettement Le passage de 92 à 97 jours d’importation constitue une amélioration notable de la position extérieure immédiate de la Tunisie. Ce renforcement offre à la Banque centrale une marge supplémentaire pour assurer les règlements extérieurs et répondre aux besoins de l’économie en devises. Il convient néanmoins de distinguer une hausse provenant de recettes autonomes — exportations, tourisme ou transferts de la diaspora — d’une augmentation alimentée par un emprunt extérieur. Dans le second cas, les réserves progressent immédiatement, mais cette entrée de devises s’accompagne parallèlement d’une augmentation de la dette extérieure et d’obligations futures de remboursement. En l’absence, à ce stade, d’une communication officielle précisant l’origine exacte de l’opération, les données disponibles permettent de considérer que le bond enregistré le 6 août résulte très probablement du décaissement de la première tranche de 427 millions de dollars du prêt d’Afreximbank, auquel se seraient ajoutés environ 45 millions de dollars de flux nets complémentaires provenant des opérations courantes.
La récente révision des prix des médicaments en Tunisie a suscité une vive polémique, alimentée par la diffusion de chiffres faisant état d’augmentations dépassant, pour certaines spécialités, 500 %. Si ces variations spectaculaires concernent effectivement quelques produits, elles ne sauraient être généralisées à l’ensemble des médicaments visés par la nouvelle grille tarifaire. À l’origine de cette révision figure la circulaire n° 30/2026 de la Pharmacie centrale de Tunisie, publiée le 24 juillet 2026 et entrée immédiatement en application. Le document actualise les prix de près de 300 références médicamenteuses, principalement importées. Il ne fixe toutefois aucun taux général d’augmentation : chaque spécialité fait l’objet d’un ajustement propre, qui peut aller de quelques millimes à plusieurs dinars, voire se traduire, dans certains cas, par une hausse de plus de 100 %. Des augmentations allant de quelques millimes à plus de 500 % L’absence, dans la circulaire, d’un tableau comparatif présentant simultanément les anciens et les nouveaux tarifs ne permet pas de dégager directement une hausse moyenne. Les pourcentages qui circulent dans le débat public résultent donc d’un rapprochement entre la nouvelle grille de prix et les tarifs antérieurement appliqués. Ces comparaisons font apparaître des écarts considérables d’un médicament à l’autre. La hausse la plus importante identifiée concerne le Basdène 25 mg, utilisé dans le traitement de l’hyperthyroïdie. Son prix est passé de 0,762 dinar à 5 dinars, soit une augmentation de 556,2 %. Autrement dit, son tarif a été multiplié par plus de six et demi. Le Sintrom 4 mg, anticoagulant prescrit notamment à certains patients souffrant de pathologies cardiovasculaires, est passé de 1,563 dinar à 5 dinars, ce qui représente une progression de 219,9 %. Le Cortef 10 mg, utilisé notamment dans le traitement de l’insuffisance surrénalienne, a vu son prix augmenter de 6,401 dinars à 20 dinars, soit une hausse de 212,5 %. D’autres spécialités enregistrent également des augmentations importantes. Celles-ci atteindraient environ 187,5 % pour la Digoxine, 143 % pour le Ster-Dex, 136,5 % pour le Levothyrox 50 microgrammes et 105,1 % pour le Levothyrox 25 microgrammes. Au moins une dizaine de médicaments auraient ainsi connu une progression supérieure à 100 %. Ces pourcentages doivent néanmoins être interprétés avec précaution. Ils concernent des spécialités déterminées, dont certaines étaient commercialisées à des prix particulièrement faibles. Une augmentation de plusieurs centaines de pour cent peut ainsi correspondre, en valeur absolue, à quelques dinars supplémentaires. Elle n’en demeure pas moins significative pour les patients soumis à des traitements réguliers ou cumulant plusieurs prescriptions. Surtout, le taux maximal de 556 % ne constitue ni une moyenne ni une augmentation généralisée des prix des médicaments en Tunisie. Pour une grande partie des références concernées, les ajustements seraient beaucoup plus limités, allant de quelques millimes à quelques dinars. La nouvelle grille comprendrait également certaines révisions à la baisse. La Pharmacie centrale, source officielle de la nouvelle grille La seule source officielle publiquement accessible matérialisant cette révision est la circulaire n° 30/2026 de la Pharmacie centrale de Tunisie. C’est elle qui communique les nouveaux prix et en impose l’application aux différents intervenants du circuit de distribution. Les pharmaciens d’officine ne disposent, à ce titre, d’aucune latitude pour modifier les tarifs. Dès l’entrée en vigueur de la circulaire, ils sont légalement tenus d’appliquer les nouveaux prix officiels, y compris aux médicaments déjà présents dans le circuit de distribution selon les modalités prévues par la réglementation. La publication de la grille par la Pharmacie centrale ne signifie cependant pas nécessairement que cet établissement public décide seul de la politique tarifaire nationale. La PCT agit sous la tutelle du ministère de la Santé et occupe une position centrale dans l’achat, l’importation et la distribution des médicaments étrangers dont elle détient le monopole d’importation. La détermination des prix s’inscrit dans un dispositif faisant intervenir les structures publiques compétentes en matière de santé, de commerce, de remboursement et de régulation pharmaceutique. En novembre 2024, un conseil ministériel restreint avait d’ailleurs décidé la création d’une commission unifiée chargée de veiller périodiquement à la politique des prix des médicaments, sous la tutelle de l’Agence nationale du médicament et des produits de santé et avec la participation des départements ministériels concernés. En pratique, la circulaire de la Pharmacie centrale constitue donc l’acte officiel de publication et de mise en application des nouveaux tarifs. En revanche, les informations rendues publiques ne permettent pas encore de retracer précisément le processus de validation de chaque prix ni d’identifier les critères techniques retenus pour chaque spécialité. Une révision justifiée par les coûts d’importation Les explications relayées par des sources proches de la Pharmacie centrale présentent cette révision comme une mesure destinée à préserver la continuité de l’approvisionnement du marché tunisien. Les médicaments concernés seraient principalement des produits importés dont les prix n’avaient pas été actualisés depuis plusieurs années, alors que leurs prix d’achat sur les marchés internationaux, les frais d’importation et les coûts supportés par la PCT avaient sensiblement progressé. Maintenir certains tarifs à des niveaux très inférieurs à leur coût réel aurait contraint la Pharmacie centrale à supporter un écart croissant entre le prix d’acquisition et le prix de cession. Dans un contexte marqué par les difficultés financières de l’établissement, l’accumulation des créances et les tensions récurrentes sur l’approvisionnement, les ajustements auraient ainsi pour objectif de rendre possible la poursuite des importations et de limiter les ruptures de stock. Cette justification met en lumière l’arbitrage auquel sont confrontées les autorités : préserver des prix accessibles pour les patients tout en assurant la viabilité financière du système d’approvisionnement. Un médicament proposé à un prix administré très faible mais durablement indisponible ne garantit pas davantage l’accès aux soins. À l’inverse, une révision brutale et insuffisamment expliquée peut fragiliser les ménages et compromettre la continuité des traitements. Les pharmaciens affirment ne pas avoir été associés à la décision. Le Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie a indiqué ne pas avoir été informé en amont ni associé à l’élaboration de la nouvelle grille. Il a rappelé que les pharmaciens ne disposent d’aucun pouvoir de décision sur les prix et qu’ils sont tenus d’appliquer les tarifs fixés par les autorités compétentes. L’organisation professionnelle ne rejette pas le principe de toute actualisation, mais demande qu’elle repose sur des critères objectifs et transparents. Elle estime que les révisions devraient tenir compte de l’évolution des prix d’achat, des matières premières, des taux de change, des coûts d’importation ainsi que de la situation économique des officines. La centrale syndicale UGTT a, de son côté, dénoncé des augmentations qu’elle juge sans précédent et appelé les autorités à revenir sur les hausses touchant certains médicaments vitaux. Elle considère que le redressement financier de la Pharmacie centrale et de la Caisse nationale d’assurance maladie ne doit pas être supporté directement par les patients, en particulier ceux atteints de maladies chroniques et les ménages à faibles revenus. Une communication officielle encore insuffisante Au-delà de la hausse elle-même, la polémique révèle surtout un déficit de communication et de transparence. La publication d’une liste de nouveaux tarifs, sans présentation parallèle des anciens prix, des taux de variation, des motifs de chaque ajustement et de leurs conséquences sur le remboursement, laisse le champ libre aux interprétations contradictoires. D’un côté, certaines réactions donnent l’impression que tous les médicaments auraient augmenté de plusieurs centaines de pour cent. De l’autre, les explications évoquant de simples ajustements de quelques millimes ou de quelques dinars tendent à minimiser les augmentations réellement très fortes observées sur plusieurs traitements. À ce stade, ni le ministère de la Santé ni la Pharmacie centrale n’ont rendu public un document explicatif complet indiquant, pour chaque médicament, l’ancien prix, le nouveau tarif, le taux de variation, la justification de l’ajustement et son incidence sur la prise en charge par la CNAM. Une telle publication permettrait pourtant d’évaluer objectivement l’ampleur de la mesure, d’identifier les médicaments vitaux ou essentiels concernés et de mesurer le reste à charge effectif pour les patients. La nécessité de concilier disponibilité et accessibilité La révision du 24 juillet 2026 ne peut donc être résumée à une hausse uniforme des médicaments en Tunisie. Elle porte sur près de 300 références et présente des situations très contrastées : certaines variations demeurent limitées, tandis que d’autres dépassent 100 %, avec un maximum identifié d’environ 556 %. La question centrale dépasse toutefois le seul niveau des prix. Elle porte sur le financement de toute la chaîne du médicament : transferts des caisses sociales vers la CNAM, remboursement des pharmacies et des prestataires, règlement des fournisseurs et capacité de la Pharmacie centrale à honorer ses engagements envers les laboratoires étrangers. Tout retard dans cette chaîne fragilise l’approvisionnement du marché et, à terme, l’accès des patients aux traitements. À défaut d’une réforme structurelle et d’un mécanisme de tarification clairement documenté, les autorités risquent de devoir arbitrer régulièrement entre deux difficultés également préoccupantes : des médicaments financièrement accessibles mais indisponibles, ou des traitements disponibles à des prix de plus en plus lourds pour les patients. La transparence sur les critères de fixation des prix, les coûts réellement supportés et les modalités de remboursement apparaît ainsi indispensable. Elle constitue la condition nécessaire pour rétablir la confiance et engager un débat éclairé sur le financement durable du médicament en Tunisie.